#39 Trek de l’Ausangate – 5 jours entre 4 600m et 5 200m

Quitte ou double ! C’est le pari que nous tentons en quittant l’Amazonie pour rejoindre Cusco toujours confinée. Nous y arrivons deux jours avant la date de fin prévue du confinement, sans savoir si celui-ci va être prolongé ou levé… En cas de prolongation, c’est quitte, nous partons du Pérou pour d’autres cieux ; en cas de déconfinement, c’est double, nous restons encore pour tenter ce que nous n’avons pu faire en juillet-août.

Un peu plus de 7 heures de bus sont nécessaires pour retourner à Cusco ; 7 heures de routes bien sinueuses et pas toujours asphaltées qui auront une nouvelle fois bien remué nos estomacs. A notre arrivée de nuit, les lumières, les bruits et l’agitation de la ville nous perturbent un peu après notre mois passé en Amazonie. Un autre monde…

Nous retournons chez Claire et Juan, chez qui nous avons passé le mois de juillet. En les quittant il y a maintenant près de 2 mois, nous espérions bien revenir pour faire des treks avec Juan. Et cette fois semble la bonne, Claire nous apprend que la région de Cusco est déconfinée à partir du 1er octobre, tout comme la plupart des régions du pays. Commencerait-on enfin à apercevoir le bout du tunnel ici ?

Toujours est-il que nous ne perdons pas de temps. Après quelques jours de réacclimatation à l’altitude, nous venons tout de même de remonter de 3 000 mètres en une journée, nous sommes fin prêts à partir en trek ! Et le plus fou, tout à fait légalement, sans violation de couvre-feu, sans plan un peu limite, avec une vraie agence, Trekkinca, l’agence de Claire et Juan. Bref, comme des touristes en temps normal…

Le départ est donné à 4 heures du matin pour 3 bonnes heures de route jusqu’à notre point de départ, situé aux portes de l’imposant mont Ausangate. C’est lui qui nous surplombait du haut de ses 6 380 m lorsque nous étions à 5 000 m face à la montagne colorée de Vinikunka en août. Nous allons désormais en faire le tour durant les 5 prochains jours, soit une boucle de près de 55 kilomètres. Nous retrouvons l’équipe qui va nous accompagner tout au long du trek aux côtés de Juan, notre guide : un cuisinier, un aide-cuisinier et deux muletiers. S’ajoutent 5 chevaux pour porter le matériel et un sixième cheval d’appoint en cas de fatigue d’un des enfants. Une vraie petite expédition qui nous assure un certain niveau de confort, préférable pour un trek en famille… Avant de démarrer, nous profitons de notre premier petit-déjeuner en pleine nature avec l’Ausangate en ligne de mire.

Les locaux sont un peu surpris de nous voir, nous sommes les premiers touristes depuis 7 mois, mais sont tout de même contents de voir l’activité reprendre un peu.

La première journée est une petite mise en route qui permet de tester l’acclimatation à l’altitude et le physique. Nous espérons que nos petits globules rouges démultipliés depuis tant de mois ne nous ont pas quitté durant notre séjour amazonien et vont nous permettre de tenir le rythme. D’autant que nous n’allons pas redescendre en-dessous de 4600 mètres pendant 5 jours !

Pendant que nous marchons avec Juan, les muletiers, le cuisinier et son assistant partent devant avec les chevaux. A notre arrivée au premier campement, ils ont pris en charge toute la logistique pénible d’un trek : les tentes sont montées, les sacs de couchage sont disposés et le repas est en préparation. De bonnes conditions en perspective pour bien vivre les 5 prochains jours, surtout avec les enfants. Un petit refuge fait office de cuisine et salle à manger. Situé sur une route pastorale, nous pouvons observer de très près les alpagas de passage sur le pas de la porte.

Notre première nuit sous tente nous rappelle qu’en haute altitude, le froid peut être particulièrement saisissant, même avec de bons sacs de couchage. Il va falloir s’habituer. Par ailleurs, la météo peut très vite changer. A notre réveil, le beau soleil de la veille a laissé place à une bonne brume qui cache presque totalement l’Ausangate. Le charme de la haute montagne… Le deuxième jour marque une petite montée en puissance avec le passage d’un premier col à 4 900 mètres d’altitude. Nous sommes déjà plus haut que le Mont Blanc, mais c’est pourtant le col le plus bas du trek ; ça donne le ton !

Les muletiers et le cuisinier nous devancent toujours pour tout préparer. Pour la pause déjeuner, ils montent une grande tente pour abriter la cuisine et un coin pour manger, ainsi qu’une petite tente pour les toilettes. Ce petit chapiteau jaune au toit gris va devenir notre phare signifiant l’arrivée prochaine au campement.

Au cours de l’après-midi, nous nous rapprochons de l’Ausangate et longeons un versant de son immense glacier. Notre campement pour la nuit est monté près d’un superbe lac dans lequel se déverse une multitude de cascades alimentées par la fonte du glacier. Par contre, Juan nous prévient : la proximité du glacier va rendre la nuit encore plus froide que la veille. A 19 heures, nous sommes déjà tous dans nos sacs de couchage avec bonnet, chaussettes en alpaga et doudoune et polaire…

Bien vu ! Non seulement la nuit a effectivement été particulièrement froide, mais à notre réveil au matin du troisième jour, une surprise nous attend. Lorsque nous pointons le bout du nez hors de nos tentes, un fin manteau blanc recouvre le sol, la brume cache les montagnes aux alentours et des petits flocons nous picotent le visage. Les cascades de la veille ont presque toutes cessé de couler, la fonte est finie ! Et c’est sous la neige que nous attaquons l’ascension du plus haut col du trek situé à 5 200 mètres d’altitude. Des conditions épiques pour arriver probablement au plus haut point que nous atteindrons durant notre voyage !

Arrivés en haut, la neige ne nous empêche pas de faire une petite cérémonie d’offrandes à la Pachamama avec Juan. Trois feuilles de coca, un petit caillou choisis par chacun et quelques gouttes de parfum de fleurs sont déposés sous une apacheta, l’équivalent d’un cairn, à la déesse mère.

LE SAVIEZ VOUS ?
Contrairement à ce qui est fréquemment dit (et à ce que nous avons écrit dans un précédent article), la Pachamama ne se résume pas à la déesse de la terre. Elle est la mère du cosmos, du ciel et de la terre. Son aura est très importante dans la culture quechua et son culte toujours très présent dans les Andes. On lui fait des offrandes dans un esprit donnant-donnant : puisqu’elle nous donne de bonnes récoltes, on lui donne les meilleurs produits de la récolte, ou les plus belles choses.

Notre offrande a vraisemblablement apaisé la Pachamama car une fois le col passé, les nuages se dissipent peu à peu et le soleil revient progressivement, dévoilant à nouveau la beauté des paysages.

Notre campement pour la nuit est installé dans un endroit magnifique entouré par les montagnes, les alpagas et même quelques lamas.

Les nuits précédentes n’avaient pas été propices à l’observation des étoiles, cette fois nous avons droit à un spectacle magique. Malgré le froid, nous profitons au maximum de l’incroyable panorama offert par le ciel.

C’est sous un franc soleil que nous débutons le quatrième jour de trek. Le temps a radicalement changé et il faut maintenant se méfier de la réverbération des rayons sur les pentes enneigées. Les paysages ne cessent de nous émerveiller ; nous avons l’impression de marcher au beau milieu d’une carte postale.

Nous passons un troisième et dernier col à 5 100 mètres avant de rejoindre notre dernier campement. Nous nous arrêtons de nouveau au pied de l’Ausangate, mais cette fois près d’une succession de 7 lacs considérés comme sacrés dans la culture quechua. On vient toujours faire des offrandes dans certains d’entre eux.

LE SAVIEZ VOUS ?
L’Ausangate est une montagne sacrée pour les quechuas. On vient y faire des offrandes, célébrer des cérémonies chamaniques. Elle est entourée de lacs sur plusieurs versants, lesquels sont considérés comme étant les réceptacles du sang de la montagne. C’est pourquoi ils ont également un caractère sacré. Certains plus que d’autres, en fonction des croyances et de la tradition chamaniques ; les lacs « femelles » sont ainsi plus vénérés que les lacs « mâles ». Ne nous demandez pas comment on les reconnaît, c’est un secret de chaman… Cette vénération reflète cependant la place particulière de la femme en tant que donneuse de la vie dans la culture quechua, loin du stéréotype machiste sud-américain. L’Inca était ainsi secondé par une impératrice placée sur un pied d’égalité et dont les décisions étaient revêtues de la même autorité que celle de son époux. De même, dans le foyer, la femme quechua jouissait de beaucoup de droits que la femme européenne à la même époque. C’est l’arrivée des espagnols qui a fini par distiller une culture plus machiste…

Nous débutons notre cinquième et dernier jour comme le premier avec un petit-déjeuner en plein air (froid) sous un beau soleil. Le temps d’un rapide lavage de dents près du ruisseau, nous repartons pour une dernière petite marche.

L’Ausangate nous salue en découvrant une dernière fois son sommet. Nous pouvons la quitter sans regrets, elle nous aura gratifiés d’une magnifique expérience malgré le froid et la neige. La maîtrise logistique de l’équipe de Juan nous a énormément facilité la vie et a permis aux enfants de très bien vivre ces cinq jours. Thomas a pu alterner marche et cheval pour lisser l’effort, et Sarah a marché la quasi totalité des 55 kilomètres.

Il faut particulièrement saluer le cuisinier, capable de vous concocter de bons petits plats en toutes circonstances : faire des frites, des petites crèmes au chocolat ou un gâteau à plus de 4 600 mètres d’altitude ne lui pose aucun problème !

Sur le chemin menant à notre point d’arrivée, des villageoises accourent au devant pour installer leur petit étal d’artisanat. Nous sommes les premiers à qui elles peuvent vendre leur production. A voir la chaleur avec laquelle on nous remercie, nous mesurons à quel point les rentrées d’argent ont dû être rares ces derniers mois…

Le trek se termine de la manière la plus relaxante qui soit après ces 5 jours de marche non-stop : un bain dans des thermes bien chaudes.

Parmi toutes les randonnées que nous avons faites depuis le début du voyage, le trek de l’Ausangate grimpe directement dans notre top 5 des plus belles. Une diversité de paysages et des panoramas magnifiques, un bon climat de haute montagne, mais aussi des conditions vraiment adaptées pour en profiter avec un enfant de 7 ans grâce à Juan et son équipe. Thomas était le premier enfant de son âge à faire le trek de l’Ausangate dans l’histoire de Trekkinca ! Encore un grand merci à eux tous !

Prochaine étape : De patience, toujours tu t’armeras…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :
On ne peut que recommander Trekkinca pour effectuer ce tour de l’Ausangate !
C’est une agence de tourisme (treks, excursions, circuits…) solidaire, éthique et francophone basée à Cusco. Ils ne partent qu’en petits groupes, accompagnés d’un guide francophone. En parallèle, ils ont une association, Assolidarité Trekkinca, qui soutient des projets culturels au sein d’écoles rurales dans les Andes.
hello@trekkinca.com
WhatsApp: (+51) 997 762 869
http://www.trekkinca.com