#34 Ollantaytambo, la dernière forteresse inca

Dans la série « si on nous avait dit qu’on irait », après les ruines de Pisac, voici Ollantaytambo. En cette période si spéciale au Pérou où tout est difficilement accessible, nous nous sommes préparés à renoncer à certains endroits. Le village d’Ollantaytambo en faisait partie dans la mesure où celui-ci est officiellement fermé aux personnes n’y résidant pas (décision unilatérale de la communauté locale). Alors quand nous avons appris que d’autres avaient réussi à y séjourner, nous n’avons pas hésité une seconde ! L’astuce est tout simplement de justifier de la réservation d’un logement pour pouvoir passer les différents barrages…

Ollantaytambo est un village incontournable de la vallée sacrée. En effet, non seulement il est sur le chemin du Machu Picchu (à pied ou en train) mais en plus il est splendide. C’est très probablement l’un des plus beaux villages du Pérou. Conquis puis reconstruit par les Incas, il en a gardé un quartier historique de toute beauté avec ses rues pavées bordées de canaux. La disposition des maisons séparées par les canaux donne une forme en épi de maïs à l’ensemble, les maisons en représentant les grains. Le village a incontestablement beaucoup de charme, surtout quand nous sommes les seuls touristes alors que d’ordinaire tout est bondé !

La place des armes, traditionnellement animée par l’activité touristique, est désormais réquisitionnée par la campagne de prévention sur le Covid déployée par le ministère de la santé péruvien. La livraison de lits d’hôpital avec dispositif d’oxygène est l’occasion de bien mettre en scène l’action gouvernementale. Près de 5 mois après le début de la pandémie, il n’est jamais trop tard…

Quelques restaurants sont tout de même ouverts et ne sont pas mécontents de voir arriver des touristes. Les temps sont durs pour eux, Ollantaytambo étant un village maintenant complétement consacré au tourisme. Quelque soit le restaurant, nous avons le choix des places ; bien pratique pour avoir celles avec la plus belle vue !

Nous avons la chance de loger dans un petit hôtel (officiellement fermé) au cœur des rues pavées. Le jardin, très agréable, a une petite ambiance guinguette parisienne avec son jeu de la grenouille très apprécié des enfants.

Les ruines de la forteresse inca surplombent le village. Cette fois-ci, impossible d’y accéder, le site est fermé depuis le début de la pandémie et aucune porte dérobée n’y donne accès… Différents points de vue permettent tout de même d’en profiter de loin.

Tout le monde se concentre sur le site principal, en passant rarement par les petites ruines de Quellorajay, situées en bas du village et pourtant libres d’accès tout au long de l’année. Les terrasses autour du site sont toujours cultivées par les paysans locaux, redonnant vie à l’ensemble.

Un joli site se cache également plus au cœur de la montagne, après une montée de deux petites heures : Pumamarca et son enceinte très bien conservée. Il servait de point de contrôle sur le chemin d’Ollantaytambo. 

Une nouvelle fois, nous avons le site pour nous tous seuls. Ah si seulement nous pouvions profiter de telles conditions pour visiter le Machu Picchu. Un sacrifice à la Pachamama nous ouvrira peut-être ses portes…

En attendant, un autre lieu exceptionnel, et totalement inespéré, nous ouvre ses portes : Winikunka, la montagne aux 7 couleurs. Là encore, nous y avions renoncé car la route d’accès est contrôlé par une communauté qui ne laisse passer aucun étranger. Sauf que par l’intermédiaire de nos amis Iris et Christian, rencontrés à Cusco et recroisés à Pisac, un chauffeur nous propose de nous faire rentrer et visiter le site. Son frère habite la communauté et visiblement tout est négociable ici… Concrètement, le pays est divisé entre ceux qui attendent désespérément la reprise du tourisme et ceux qui préfèrent s’isoler face à l’épidémie. Une chose les rassemble néanmoins : le besoin d’argent…

Winikunka est à 4 heures de route d’Ollantaytambo. Avec la marche pour atteindre la montagne, il nous faut partir très tôt, rendez-vous est donc pris pour un départ à 3 h du matin ! En temps normal, à part le réveil au beau milieu de la nuit, il n’y aurait pas de difficultés particulières. Mais avec l’état d’urgence en vigueur, nous prenons tout de même quelques risques : d’abord, un couvre-feu s’applique de 22 h à 5 h du matin, et ensuite Winikunka se situe dans une région confinée. Bref, ça sent le cumul d’infractions… 

Nous partons donc en catimini d’Ollantaytambo à 3 h dans une ambiance « exfiltration » que nous commençons à bien connaître, avec la crainte des barrages de police en plus.

Justement, au bout d’une quinzaine de minutes, un contrôle de police nous arrête et passe un savon à notre chauffeur. Il est bon pour une amende de 20 soles pour violation du couvre-feu, mais nous pouvons poursuivre notre route. Après avoir récupéré nos amis Christian et Iris sur le chemin, nous sommes de nouveau arrêtés par la police. Nouveau savon pour le chauffeur et deuxième amende de 40 soles, cette fois pour nombre excessif de passagers dans son véhicule (heureusement, à ce moment-là, nous étions en règle avec le couvre-feu…). Pour autant, nous pouvons toujours continuer ! Après ces petits pics de stress, le passage dans la région confinée se passe sans aucun problème et on nous ouvre bien les portes d’accès à la route de Winikunka. Arrivés au départ de la randonnée, nous avons du mal à croire que nous avons fini par réussir à être là. Ce que nous réalisons bien en revanche, c’est notre chance inouïe de pouvoir profiter des lieux sans personne. Il faut s’imaginer qu’habituellement, ce sont plus de 1 000 touristes par jour qui défilent sur le chemin ! Winikunka a été découverte il y a une douzaine d’années mais est devenue très rapidement le deuxième lieu incontournable au Pérou, après le Machu Picchu.

Pour faire la randonnée, il faut absolument être acclimaté à l’altitude : rien que le départ se fait à 4 600 m mais offre déjà un superbe panorama. Il faut ensuite grimper un peu plus de 400 m pour atteindre le point de vue.

Avec de courtes pauses régulières, l’ascension se passe sans problèmes, même pour les enfants. Dommage que nous ne puissions pas faire de treks sur plusieurs jours car nous avons probablement atteint le top de notre forme. Et nous repoussons notre record d’altitude en dépassant enfin les 5 000 m ! 

La succession de couleurs qui habille la montagne ne se voit que sous un certain angle de vue, celui duquel sont prises toutes les photos. Gare aux retouches Photoshop et autres filtres Instagram, beaucoup de clichés affichent des couleurs trop vives par rapport à la réalité. Il n’empêche que l’arc-en-ciel chatoyant qui se déploie devant nous est magique. En plus, nous n’avons pas à faire la queue pendant une demi-heure pour faire nos photos et aucun groupe de touristes ne vient les gâcher. Que du bonheur !

LE SAVIEZ VOUS?
Constamment recouverte de neige, Winikunka a révélé ses couleurs à cause (ou grâce pour une fois…) au réchauffement climatique il y a seulement une douzaine d’années. Il existe une deuxième montagne colorée, Palcoyo, au sud-est de Cusco, beaucoup moins touristique (pour l’instant). Nous avons tenté de la visiter lors de notre transfert de Yanque à Cusco, mais l’accès était impossible… Et une troisième vient d’être découverte pendant le confinement !

Une autre belle surprise est de découvrir de l’autre côté l’imposant mais non moins magnifique Ausangate. Du haut de ses 6 370 m, le monstre de glace semble écrasant.

Nous continuons notre chemin le long du dégradé de la montagne pour passer dans la vallée rouge, une autre merveille géologique toute proche. Du mirador le plus haut de la vallée à 5 069 m, l’incroyable paysage ocre de la vallée s’étend sous nos yeux.

Le retour se déroule à l’image du départ du matin : nous devons franchir deux petits obstacles, locaux cette fois-ci, avant de pouvoir rentrer tranquillement. Une camionnette nous barre d’abord le passage juste à la sortie du site car la communauté réclame les droits d’entrée. Puis le chauffeur a dû parlementer avec un garde-barrière un peu zélé pour nous laisser sortir. Bref, un concentré d’émotions du début à la fin qui rendra cette journée inoubliable !

Bon, par contre nous avons dû manquer quelque chose dans le rituel de sacrifice au temple de Pumamarca. Fidèle à son habitude, le gouvernement nous a sorti une petite surprise de son chapeau : le reconfinement pour un mois de l’ensemble de la région de Cusco à compter du 1er septembre, alors même que nous y avions échappé 15 jours auparavant… Inutile de chercher à comprendre, la logique des décisions gouvernementales a ses raisons que la raison ignore ! Il nous faut non seulement vite déménager dans une province déconfinée pour passer le mois de septembre, mais également décrocher LE sésame du moment pour circuler : un test Covid. Nous nous rendons dans un petit laboratoire privé à Urubamba, la grande ville la plus proche, pour une prise de sang. Le test se révèle négatif pour tous les quatre. Nous respirons, nous ne serons pas reconfinés pendant un mois !

Histoire de bien terminer les environs d’Ollantaytambo, nous nous lançons dans une « petite » randonnée le matin même du départ. Partis à 5 heures du matin pour être sûr d’être rentrés à temps pour le taxi, nous grimpons 10 km sur 1 000 m de dénivelé pour atteindre Intipunku, la porte du soleil. Ancien poste de contrôle stratégique pour l’accès au Machu Picchu, elle s’ouvre sur la magnifique cime enneigée de l’Apu Veronica, le mont sacré Véronique, qui culmine à près de 5 700 m.

Il s’agissait de notre dernier trek à presque 4 000 m d’altitude, nous allons désormais redescendre beaucoup plus bas pendant le mois de septembre… et perdre tout notre capital altitude. Le prix de la liberté !

Prochaine étape : Welcome back to the jungle…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Chambre pour 4 personnes, au Apu Lodge.
Hôtel dans le quartier historique d’Ollantaytambo. Vraiment très mignon et des douches bien chaudes ! Nous avions accès à la cuisine (situation Covid) mais en temps normal c’est petit dej inclus et ouverture du restaurant de l’hôtel.
Whatasapp +44 7856 492114 ou 084 436816

Randonnée de l’Inti Punku
Nous avons mis 4h30 aller et 2h30 retour.
20 km Aller/retour, et 1 000m de dénivelé.
(gratuit)

Randonnée de Pumamarka
Compter 2h pour atteindre les ruines.
(gratuit, mais parfois les locaux demandent un droit d’accès sur le chemin)