#26 Lac Titicaca, j’irai dormir chez vous

De la rive bolivienne, nous passons sur la rive péruvienne du lac Titicaca. Le passage de frontière se passe sans encombres, bien que l’on commence à sentir l’ombre du coronavirus se rapprocher. Les douaniers péruviens portent des masques et des thermomètres sont disposés sur des tables, mais aucun contrôle médical ne nous est imposé. Un visa de 90 jours nous est directement accordé, ça devrait être large (sic) !

Nous débarquons dans la ville de Puno sans avoir totalement arrêté nos plans : soit nous y passons la nuit, soit nous tentons de filer directement sur Llachon, un petit village situé sur une péninsule avancée sur le lac où nous avons une réservation, mais seulement à partir du lendemain. Selon nos sources informelles, les derniers collectivos pour le village de Llachon s’arrêtent de circuler à 16h, trop tard pour nous.
C’est Heberson, un chauffeur de taxi contacté par Véronique juste avant de quitter Copacabana, qui précipite la décision : il nous attend gentiment à la gare routière de Puno, sans qu’on s’y attende… Absolument adorable, il fait tout pour nous faciliter la vie et nous partons donc avec lui à Llachon. Après quelques coups de fil, il nous trouve même un hébergement pour la nuit à la dernière minute.

C’est donc à la nuit tombée que nous débarquons à Llachon. Chargés de nos gros sacs, nous traversons quelques jardins privés avant d’arriver dans la maison de Théodosia, une villageoise d’une soixantaine d’années, chez qui nous allons passer la nuit. Sa nièce et son neveu, Victor, tiennent chacun une pension dans le village. Victor nous accueille chaleureusement et reste dîner avec nous. Il prolonge la sensation d’arrivée en douceur au Pérou en nous faisant passer une excellente soirée. 
Nous ne nous en rendrons compte que le lendemain matin, mais la maison est littéralement à 2 pas du lac Titicaca.

Comme notre arrivée à Llachon a été plus rapide que prévu, nous avons une journée tranquille à passer chez Theodosia avant de rejoindre l’hébergement réservé. Une journée juste à flâner qui s’avère finalement l’une des plus belles. Petit à petit, nous nous laissons gagner par la douceur de Theodosia et elle-même abandonne sa réserve bienveillante au profit d’un vrai partage. Ce sont les enfants qui servent de catalyseurs : Sarah et Thomas d’un coté, et Luz Delia, 12 ans, et Ruth Alexandra, 6 ans, les petites-nièces de Theodosia qui habitent juste à côté et qui viennent régulièrement l’aider.

Une petite séance d’essayage de costumes traditionnels fait rapidement tomber quelques barrières ; sur les locaux, ça paraît complètement naturel, quand c’est porté par nous, ça fait totalement folklorique…

LE SAVIEZ VOUS?
Chaque village de la région a son chapeau traditionnel. A Llachon, les femmes portent la montera, un chapeau exclusif au village surmonté de deux pompons de chaque côté. Les jeunes filles portent également en permanence une sorte de long bonnet qui descend très bas.

Puis les enfants se mettent naturellement à jouer ensemble, faisant fi de la barrière de la langue. C’est une première tant pour Sarah et Thomas que pour Luz Delia et Ruth Alexandra, pour le plus grand plaisir de Theodosia et le nôtre. Ils courent, rigolent, et parviennent à communiquer ensemble en toute simplicité. Theodosia nous montre ensuite avec fierté ses champs et son jardin. Tous les repas que nous prenons au cours de notre séjour sont élaborés à partir des produits frais de son jardin bio. Elle en est très fière.

La journée se poursuit avec une séance de tressage de bracelets, petits souvenirs que nous conserverons de cette famille (et inversement car Sarah leur a offert un bracelet brésilien).

L’après-midi, nous embarquons les filles pour une promenade le long du lac Titicaca. Une marelle et d’autres jeux s’improvisent avec les enfants dans une douce insouciance.

De fait, le changement de logement est un peu difficile. Nous serions bien restés plus longtemps avec Theodosia et les filles pour prolonger ces moments tous simples, juste authentiques… Mais nous avons une réservation à honorer et basculons donc chez Eustaquio et Luzmila, situés un peu avant l’entrée du village.

Et rapidement, malheureusement, nous sentons que l’ambiance est différente. Ils sont très gentils, mais après l’expérience chez Theodosia, nous restons un peu sur notre faim… Nous avons davantage l’impression d’être à l’hôtel que véritablement chez l’habitant. Le contraste en émotions est tellement fort qu’un sentiment de déception s’installe imperceptiblement.

Cela ne nous empêche pas pour autant de profiter des lieux.
Eustaquio nous emmène sur son petit canot à moteur jusqu’aux îles Uros Titino, des îles flottantes artificielles. Il n’y en a que 7 dans la région de Llachon contre 144 dans la région de Puno. Sauf qu’ici, des familles vivent vraiment sur les îles, tandis qu’à Puno, les habitants accueillent les touristes sur les îles la journée puis repartent quasiment tous le soir dans leur maison en ville…

Nous posons le pied sur l’une des plus grandes. En termes de conditions de vie, on entre encore dans une autre dimension. Chaque île est construite à partir de blocs de tourbe flottante découpés (de 1.5 à 2 m de haut), assemblés et amarrés au fond du lac par des pieux plantés dans le fond du lac pour ne pas dériver, puis recouverts de plusieurs couches de roseaux totora. Les maisons, également en roseaux totora, sont construites légèrement surélevées pour les préserver de l’humidité. La construction d’une île prend 2 ans et doit être entretenue pour tenir une trentaine d’années.

LE SAVIEZ VOUS?
Avant que les Incas n’envahissent la région, les Uros vivait sur la côte du lac Titicaca dans des maisons et des villages traditionnels. Suite aux affrontements, certains peuples ont abdiqué et d’autres ont fui vers la Bolivie. Les Uros, eux, ont imaginé une autre solution: ils ont laissé aux Incas les terres et ont pris possession du lac.

Il y a encore 200 ans, ces familles vivaient sur de petites barques confectionnées en roseaux totora, reliées les unes aux autres formant ainsi des iles. Mais la chute fréquente des enfants dans l’eau et les départs de feu de cuisine les ont poussé à basculer vers le système d’ile flottante.

Les Uros sont restés isolés au centre du lac pendant longtemps. Ils ont largement été ignorés par les espagnols durant la conquête puis plus tard, par le gouvernement péruvien et bolivien. Lors d’une grande tempête en 1986, le peuple Uros à été obligé de se rapprocher du rivage pour réparer leurs îles. De nombreux Uros ont alors quitté les îles flottantes pour rejoindre la société moderne, mais un grand nombre d’entre eux a conservé son mode de vie traditionnel sur les îles.

Traditionnellement, chaque famille vivait sur une île, mais là 5 familles ont fait le choix de se regrouper afin de vivre un peu mieux. Concrètement, elles se partagent un espace de vie d’environ 400 m2, n’ont aucune possibilité de cultiver et la cuisine doit être faite avec précaution pour éviter les incendies. La pêche, la chasse et l’accueil des touristes de passage sont leurs seules activités. Tout déplacement et ravitaillement s’effectue en bateau traditionnel, construit en totora et bouteilles de plastique recyclées. Malgré ces conditions difficiles, les habitants, qui sont d’ailleurs jeunes, tiennent à préserver ce mode de vie.

Avant de repartir, nous achetons quelques souvenirs et faisons un petit tour dans leur barque en roseaux. Nous sommes probablement les seuls touristes ce jour-là…

De retour à Llachon, nous randonnons l’après-midi une dizaine de kilomètres jusqu’à un belvédère offrant une belle vue sur le lac. 

La météo maussade et la petite déception de l’ambiance chez Eustaquio nous amènent finalement à anticiper notre départ. 

Dans le collectivo qui nous fait quitter le village, une farandole de monteras colorées nous accompagne.

Prochaine étape : la ville blanche…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

logement pour 4 personnes, à Llachon, chez Theodosia.
Une expérience extraordinaire. Theodosia est un amour et vous mangerez divinement bien (uniquement la production de son jardin bio).
Pour la contacter, +51 962 323 630 (Juana)
Son neveu fait également chambre et table d’hôte. Après la soirée passée avec lui, on regrette de ne pas avoir passé quelques jours complémentaires chez lui ! +51 940 229 701 (Victor)

logement pour 4 personnes, à Llachon, chez Eustaquio
Propre, bons repas, très gentil, mais loin d’être aussi convivial et authentique que notre autre logement à Lachon. Il possède une barque et propose de vous emmener sur les iles flottantes.
Eustaquio, +51 951 643 190

Taxi de Puno à Lachon, à un tarif vraiment attractif et pour un service de qualité !
Heberson nous a attendu au terminal de bus de Puno, nous a déposé en ville à plusieurs endroits pour que l’on puisse tirer de l’argent, nous a conduit à Lachon et nous a dégoté un super logement.
Il peut aussi proposer des trajets entre Puno / Juliaca / Llachon
Herberson +51 996 525 274

Nous avons fait le choix de ne pas visiter les Iles de Amantani et Taquile, car très similaires à l’Isla del Sol en Bolivie. A noter qu’il y a une navette de bateau locale et économique qui rallie Capachica et l’Ile d’Amantani.

La rando au départ de Llachon vers les belvédères (aller jusqu’aux antennes radios) est vraiment sympa à faire en fin de journée. Attention, le soleil se couche vite ; on a fini par rentrer dans le noir !