#45 Plongée dans la Riviera maya

Lorsque vous visitez le Mexique, vous ne pouvez pas manquer LA spécialité nationale, que vous retrouvez dans tous les états mexicains. Une composante essentielle du patrimoine culturel mexicain, presque aussi forte que les mariachis ou les narcos du Silanoa. Ça ressemble à des tacos plus ou moins écrasés, ça pimente vos trajets, et ça finit surtout par être indigeste : les topes. Un tope, c’est la version mexicaine de nos bons vieux dos d’âne, cassis, gendarmes couchés et autres ralentisseurs. Sauf qu’ici, il y en a absolument partout. Un véritable cartel des topes ; le moindre petit village s’enorgueillit de ses topes, parfois réalisés de façon artisanale. Mais quelle que soit leur taille ou leur hauteur, ils ont été savamment étudiés pour accomplir une triple mission : casser votre vitesse, vos essieux et vos reins…

Notre route se poursuit en direction de la mer, mais cette fois vers la côte est de la péninsule. Nous nous posons auparavant à Bacalar, lieu de villégiature par excellence pour les amateurs d’eaux turquoises. Le village s’étend en effet sur les rives du lac du même nom, dont les reflets le font aisément passer pour une mer des Caraïbes. D’autant que le lac attirait même les pirates de haute mer pour récupérer du bois précieux.

Attention, la photo ci dessous n’est pas contractuelle… Après avoir subi 4 mois de pluies diluviennes, le niveau du lac est monté et a perdu ses magnifiques reflets. Apparemment, il ne devrait recouvrer ses couleurs turquoises que dans 6 à 8 mois. Pour le moment, il commence à reprendre une teinte verte par endroits.

Il reste toujours très agréable de profiter des jolies installations proposées par certains hôtels donnant directement sur le lac. En échange de quelques consommations, on peut accéder aux petits pontons aménagés, se balancer au-dessus de l’eau ou y plonger en se jetant d’un toboggan.

Si les beaux reflets du lac Bacalar se font attendre, il est toujours possible d’aller nager dans le cénote azul, situé à quelques kilomètres. Il est particulièrement grand et profond, avec une descente à 90 mètres en son centre ! Lorsque le soleil éclaire ses rives, une belle teinte bleutée se révèle et justifie pleinement son nom.

Il y a quelques mois, nous craignions de fêter nos quatre anniversaires au Pérou. A 15 jours près, nous ne sommes pas passés loin ! Au lieu des montagnes andines, Véronique aura finalement passé sa journée d’anniversaire au milieu du lac Bacalar sur un petit catamaran. Un moyen vraiment plaisant pour explorer le lac en toute tranquillité et jeter l’ancre où on veut pour se baigner.

Le lac cache en son sein un des cénotes les plus profonds au-dessus duquel nous ayons eu l’occasion de nager. Le cénote negro vous donne presque une sensation de vertige lorsque vous surplombez à la nage ses 180 mètres de profondeur et ses abysses sombres.

L’anniversaire de Véronique est dignement fêté à la fois sur le bateau avec un petit gâteau offert par le capitaine, et surtout le soir dans un excellent restaurant de Bacalar en dégustant une succulente langouste.

En prenant la direction de la côte, nous abordons la partie du Yucatán qui fait rêver nombre de voyageurs : ses plages de sable fin, sa mer émeraude, ses palmiers. Sur les conseils du capitaine du catamaran, nous faisons une petite halte à Mahahual. Les plages de ce petit village balnéaire accueillent d’ordinaire les bateaux de croisière. Nous l’aurions sûrement évité si le Covid n’avait pas contraint les paquebots à rester à quai. Il faut bien reconnaître que la mer y est très belle. Néanmoins, la plage ne correspond pas vraiment à notre conception de la plage paradisiaque : un alignement interminable de transats, de parasols et de restaurants qui laisse peu d’espace pour les châteaux de sable. Et l’ambiance n’est franchement pas reposante lorsque les vendeurs ambulants, masseuses et autres restaurateurs vous abordent à peu près toutes les deux minutes. L’essentiel reste que les enfants ont pris beaucoup de plaisir à retrouver la mer.

Et Mahahual s’est révélé après coup comme la meilleure expérience de plage ! La côte de la Riviera maya, si prisée des touristes, n’est définitivement pas pour nous… Justement trop prisée des touristes, elle est devenue une succession d’hôtels qui se sont littéralement accaparés les plages. Le charmant petit village de Tulum d’il y a 15 ans a désormais laissé la place à une grande ville qui a vendu son âme au tourisme de masse à l’américaine. Aux resorts avec accès privé à la plage, nous avons préféré un logement à l’écart de la ville. Le comble est de voir sur la carte que nous sommes en train de longer la mer… sans voir autre chose que des murs d’hôtels ou de restaurants. Ici, l’el dorado est de trouver une plage en accès libre. Après plusieurs échecs, nous avons fini par renoncer. Pour nous, Tulum n’a donc plus d’autre intérêt que son site archéologique.

La façon dont le Mexique gère la distanciation sociale entre visiteurs sur le site provoquerait une crise d’apoplexie à un fonctionnaire du ministère de la santé péruvien. Les gardes vous prennent la température à l’entrée et une seule personne peut se rendre au guichet pour l’achat des entrées, en revanche, ils ne se préoccupent ni de la file d’attente à l’extérieur ni des flux dans les allées du site ! Au moins, cela donne l’impression de visiter dans des conditions presque normales…

Le charme du site tient énormément à son cadre naturel assez exceptionnel. Le promontoire rocheux et la mer turquoise mettent bien en valeur les édifices d’une hauteur pourtant beaucoup plus modeste que tous les autres sites mayas.

Playa del Carmen ne détone pas vraiment dans le paysage très touristique de la Riviera maya. Elle a au moins le mérite d’avoir une plage librement accessible, même s’il faut disputer l’espace aux transats. Au pire, nous avons la chance de disposer d’une piscine sur le toit de notre hôtel.

Là encore, la ville a été colonisée par le tourisme américain. Après un an passé à parler espagnol tous les jours, nous sommes un peu vexés d’être systématiquement interpelés en anglais…

Il reste tout de même quelques endroits relativement préservés à quelques kilomètres. Le petit village de Puerto Morelos respire beaucoup plus la tranquillité. Nous y retrouvons Gonzalo, Sonia, et leurs trois enfants, une famille hispano-uruguayenne francophone contactée via les réseaux sociaux. Ils ont traversé l’Argentine et le Chili en camping-car avant d’être confinés en Uruguay. Ils attendent de recevoir leur camping-car au Mexique afin de poursuivre leur aventure. Au fil de nos discussions, nous nous rendons compte que nous nous sommes croisés sans le savoir au Chili. Ils ont, comme nous, fait un bout de route avec nos amis les Picaflor, et nous étions au même moment à Puyuhuapi. Quel hasard incroyable de les rencontrer près d’un an après au Mexique et de voir qu’eux aussi n’ont pas renoncé !

En réalité, nous sommes venus à Playa del Carmen uniquement pour justifier la présence des palmes dans la valise. Les lieux sont en effet réputés pour la plongée sous-marine. C’est également l’occasion pour Sarah de profiter d’un de ses cadeaux de Noël en avance : un baptême de plongée. Celui-ci se déroule sur les bords de la plage d’Akumal, une jolie plage… à accès payant. Celle ci est connue pour ses tortues qui viennent très près des plages et parfois visibles en snorkeling.

Sarah a parfaitement passé les phases de briefing et d’entraînement à faible profondeur. Que ce soit le vidage de masque ou la respiration dans le détendeur, elle s’en sort très bien. Cependant, ses oreilles ne lui ont pas permis de descendre au-delà de 3 mètres et de profiter pleinement de sa première plongée. Une belle première expérience malgré tout qu’elle pourra retenter un peu plus tard lorsque ses oreilles le lui permettront.

Les jours suivants nous permettent de nous reposer. Grasse mat’ pour les enfants suivi d’un petit tour à la plage et d’une session d’ école… pendant que Véronique enchaîne les sorties pour chausser ses palmes. Au delà des plongées en mer, la région est particulièrement réputée pour ses cénotes. Elles sont même uniques au monde car elles permettent à des plongeurs non spéléologues de découvrir des grottes.

Véronique a choisi de plonger avec un petit club tenu par des français, 02Mexico. Après plusieurs années passées en Thailande, son moniteur, Rémi, est tombé complétement amoureux des cénotes. Quand au propriétaire du club, installé depuis 20 ans à Playa del Carmen, il fait partie des pionniers à avoir exploré les grottes et a contribué à la mise en place des fils d’ariane dans les cénotes. Elle est donc entre de bonnes mains.

LE SAVIEZ VOUS ?

Autrefois, la péninsule du Yucatán était un récif corallien plongé à plusieurs mètres de profondeur sous le niveau de la mer. Suite à l’ère glacière il y a environ 65 millions d’années, le niveau des océans s’est abaissé de manière très significative. Un gigantesque plateau calcaire a émergé. Une fois à l’air libre, le corail est mort et s’est retrouvé soumis à l’érosion de l’eau de pluie qui s’est infiltrée dans les fissures de la roche poreuse et a créé de petits trous. Avec le temps, ces petits trous se sont transformés en plus gros trous et cavités, formant ainsi un vaste réseau souterrain de galeries et de grottes, partiellement ou totalement inondées.
A ce stade, on ne parle pas encore de cénote. Leur formation géologique remonte à l’impact de la météorite tombée dans le Yucatán, dans la région de Mérida (celle qui aurait fait disparaitre les dinosaures). Cette météorite a laissé derrière elle un énorme cratère (le cratère de Chicxulub) autour duquel on a pu observer une répartition de cénotes en arc de cercle. Le choc de la météorite aurait fracturé le sol, créant, ainsi, des fissures dans la terre. Ce n’est qu’ensuite, quand les grottes se remplirent d’eau et quand le toit s’est effondré que les cenotes se formèrent.
Les cénotes peuvent être ainsi être entièrement effondrés, créant un bassin à l’air libre, ou partiellement effondrés. La beauté des formes rocheuses, la grâce des nombreuses stalactites et l’effet surprenant des rayons de lumière qui pénètrent dans l’eau en font de véritables merveilles de la nature.

Les deux premières plongées se font sur le site de « El Pit » et « Dos Ojos », très connus pour leurs jeux de lumière. Cette dernière ne sera pas complétement au rendez vous, mais cela ne gâchera en rien cette première expérience en cénote. L’eau y est parfaitement claire et quelle étrange sensation que de s’enfoncer dans la pénombre des caves pour parfois ensuite découvrir un puits de lumière qui vient éclairer les stalactites.

Se contenter de ne faire qu’une ou deux plongées en cénote serait une erreur, car elles sont réellement toutes très différentes. Une des expériences les plus surprenantes est l’immersion sur le site d' »Angelita ».

De la surface, on effectue une descente directe de 30 m qui mène à un épais nuage de sulfure d’hydrogène. Au fond, l’ancien plafond écroulé forme une colline de sédiments qui émerge au centre du nuage. Contrairement aux autres cénotes, les roches du plafond tombé ont bloqué l’entrée de la grotte, il n’y a donc pas d’eau qui coule et le gaz s’accumule. Nous traversons la nappe cotonneuse. L’odeur de souffre est très prononcée et nous sommes dans l’obscurité totale ; la lumière ambiante est piégée par le nuage au-dessus. En dessous, c’est de l’eau salée.

Le moment le plus magique est lorsque l’on ressort de ce nuage pour remonter tranquillement. L’ambiance est surréaliste. On a l’impression d’être dans les airs et non plus dans l’eau.

La seconde plongée de la journée se fait sur le site de « Tajma Ha ». Nous parcourons une succession de tunnels pour déboucher sur différents cénotes.

LE SAVIEZ VOUS ?
Ce que nous appelons l’halocline est l’interface entre l’eau douce et l’eau de mer. De la même manière que vous pouvez voir une thermocline (changement brutal de la température de l’eau), le changement de densité dû au sel est bien plus visible et contrasté que dans le cas d’une thermocline.
Sur le site d’Angelita, cet halocline se matérialise sous la forme d’un nuage, alors qu’à Tajma Ha, où l’eau est extrêmement claire, la vue se trouble complétement lorsque l’on traverse l’halocline, comme si on avait versé des litres de sirop incolore.

L’expérience étant toujours aussi surprenante, Véronique craque pour une troisième journée de plongée en cénote. Sachant que cela ne se trouve nulle part ailleurs, cela serait en effet dommage de ne pas en profiter.

Le choix se porte sur deux cenotes, à plus d’une heure au nord de Playa del Carmen. « Zapote » est à première vue un simple petit trou. Mais une fois immergé, à environ 30 m de profondeur, on découvre une grotte plongée dans le noir total. Lampe à la main, on découvre un plafond de stalactites plus que surprenantes. C’est à couper le souffle. Des stalactites étranges en forme de cloches s’entassent et poussent même les unes sur les autres. Il y en a de suffisamment grosses pour cacher un plongeur. Pourquoi des cloches? L’origine fait encore l’objet de débats…

Au fond , un arbre émerge d’un dense nuage de sulfure d’hydrogène. La grotte continue beaucoup plus bas, mais nous ne sommes pas autorisés à y aller. Au fond à 55 m, découvert en 2010, git le squelette d’un paresseux géant qui aurait 12.000 ans.

Pour la dernière plongée cénote, nous partons à Maravilla, entouré et caché derrière de belles fougères. Le site n’est pas très fréquenté, d’ailleurs il faut une clé pour rentrer sur le site dont seuls quelques clubs de plongée ont le double… Nous croisons très fort les doigts pour que le soleil perce à travers les nuages, car cette plongée perd un peu de son intérêt sans lumière.

Après la descente dans l’eau, on pénètre dans une vaste salle en coupole avec un nuage de sulfure d’hydrogène sur 25 m de distance. Et puis tout d’un coup, la magie opère. A travers l’eau cristalline, on peut voir jusqu’à l’ouverture du cénote, inondée de lumière.


Après ces superbes plongées en cénote, l’appel de la mer est fort. Véronique se décide donc pour deux jours supplémentaires de plongée. La première, aux abords de l’île de Cozumel. Le trajet jusqu’à l’île se fait sous des trombes d’eau, mais cela n’empêche en rien de plonger. Tant que les vagues ne sont pas trop hautes.

La dernière journée de plongée est le cadeau d’anniversaire de Véronique : une sortie pour aller voir les requins bouledogues. Ce requin est considéré comme très dangereux pour l’homme. Néanmoins, le plongeur ne figure pas à son menu. Il affiche même vis-à-vis de lui, la plus grande timidité. Les attaques humaines ne sont constatées qu’en surface (nageurs, surfeurs).
Plusieurs femelles de requins bouledogue se rassemblent de novembre à mars, à proximité de Playa Del Carmen. Elles sont arrivées il y a un peu plus de 2 semaines cette année. Elles viennent là pour la période de gestation, d’où leur tempérament très calme. Il parait néanmoins que les mâles qui eux sont du coté de Cancun sont à éviter… car bien plus agressifs.

Ces premières semaines au Mexique s’avèrent au final riches d’enseignement pour la suite de notre voyage. Grâce à elles, nous avons réalisé à quel point le Covid n’avait pas simplement fait dévier notre itinéraire, il a surtout profondément transformé notre conception du voyage et fait évoluer nos envies. Paradoxalement, la liberté procurée par la voiture nous a un peu enfermés dans un planning de visites afin de rentabiliser chaque jour de location. Les visites font incontestablement partie d’un voyage, mais l’enchaînement peut donner le sentiment d’être des consommateurs cherchant uniquement à cocher les cases d’une liste des choses à faire… Lorsque l’on en entreprend un voyage au long cours, l’une des premières attentes des voyageurs est de partir à la rencontre des habitants des pays traversés. L’expérience tirée de nos premiers mois de voyage est qu’en réalité, on ne prend généralement pas le temps de le faire. On priorise les incontournables à visiter, puis on passe à l’étape suivante car il faut être à tel endroit à telle date. L’expérience péruvienne nous a fait goûter à autre chose : le luxe de prendre son temps et la richesse des rencontres avec les locaux. Ces ingrédients nous ont manqué dans le Yucatán et expliquent pourquoi nous n’avons pas été totalement enthousiasmés. L’ambiance très touristique de la péninsule ne s’y prêtait probablement pas et nous n’avons nous-mêmes pas pris le temps de sortir des sentiers battus. Nous en garderons tout de même de belles images. Du temps, nous avons la chance d’en avoir. Il nous reste désormais à trouver le juste équilibre entre visites et expériences humaines. Maintenant que nos esprits sont au clair, le voyage peut vraiment reprendre !

Prochaine étape : Welcome back to the jungle again…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Sortie en voilier sur le lac Bacalar
 » Kalay Bacalar » Whatsapp +52 55 8693 9302
Bien mieux qu’un bateau à moteur, on vogue dans le silence et on est autorisé à se baigner 🙂

Restaurant à Bacalar

« Los Aluxes » pour passer une journée « carte postale » au bord du lac. Prix raisonnable (si on compare au centre ville !) et donne accès au bord de l’eau, avec balançoires a- dessus de l’eau et toboggan. Les enfants adorent !
« Nixtamal ». Restaurant de gamme supérieure où l’on peut déguster de délicieuses langoustines ou de très bons morceaux de viande cuits à la braise.

Club de plongée à Playa del Carmen
Ils sont français et vous plongez en toute sécurité avec eux. Allez-y les yeux fermés, que ce soit pour un baptême, une plongée cénote ou en mer. :
Whatsapp: Aude +52 1 984 115 3249
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