#52 Rio dulce, perdus dans la mangrove

Finis la frénésie des chicken bus et le grand air des coffres de pick-up, nous voilà repartis en mode touristique plus classique en louant une voiture pour découvrir la partie est du Guatemala. Un choix dicté par la moindre fréquence des bus, particulièrement depuis la pandémie, et la volonté de profiter d’une plus grande mobilité pour pouvoir accéder à certains endroits non desservis. Au volant de notre SUV de location, nous avalons les kilomètres dès la première journée avec 6 heures de route depuis Antigua pour rejoindre la ville de Rio Dulce. La route est bonne mais très empruntée par les camions, modèles trucks américains, qui se succèdent, lentement, sans fin, sur les voies. Pour éviter de doubler son temps de route, il n’y a pas vraiment d’autres choix que d’enchaîner les dépassements. Peu importe que la ligne soit continue, au Guatemala, on applique à peu près le même code de la route que dans Fast and Furious. Si jamais Arnaud devait se reconvertir un jour, la carrière de chauffeur de chicken bus au Guatemala est toute tracée…

La ville de Rio Dulce, contrairement à ce que son nom laisse supposer, est aux antipodes de la douceur. Elle ressemble plutôt à une ville latino-américaine telle qu’on peut se l’imaginer : bruyante et très animée. Ville essentiellement de transit, nous nous y arrêtons uniquement pour profiter d’une nuit de repos et laisser la voiture sur place pour quelques jours. La rue principale de Rio Dulce voit défiler des convois de camions rendant plutôt périlleuse la traversée des piétons. Et c’est le long de cet axe que se sont installés les quelques tiendas et restaurants du coin, à hauteur de pots d’échappement et noyés dans le tumulte des moteurs.

Le restaurant dans lequel nous mangeons fait profiter ses clients d’une projection cinéma sur une télévision géante. Le film du soir est on ne peut plus approprié : Mad Max Fury Road ! Le restaurant étant ouvert sur la rue, nous sommes littéralement immergés dans le film en dolby surround intégral et odorama !

La douceur, il faut plutôt aller la chercher dans les méandres du fleuve qui longe la ville éponyme, le rio Dulce. On s’échappe de la fureur de la ville en bateau pour descendre le fleuve. Avant de se jeter dans la mer, celui-ci s’ouvre sur un réseau de canaux naturels au milieu de la mangrove. C’est au cœur de ce labyrinthe que l’on vient se réfugier pour profiter d’une nature seulement perturbée par le vrombissement des bateaux à moteur. Les quelques maisons et tiendas sur pilotis qui se distribuent sur les rives feraient presque penser à une petite Venise au milieu de la jungle.

Caché au détour d’un méandre, notre hôtel n’est accessible qu’après une quarantaine de minutes en bateau. Son seul nom plante le décor : l’ « hotelito perdido », le petit hôtel perdu. Ici, le temps n’a plus prise, nous sommes dans une petite bulle de sérénité et de tranquillité avec pour voisins les hérons. Les hamacs, les balançoires perchées au-dessus de l’eau, le bungalow, le jardin, tout est prétexte à cocooner.

De l’hôtel, nous partons explorer la mangrove en canoës. Nous nous enfonçons dans les petits canaux sans trop savoir où ils mènent. Les racines torturées des arbres se reflétant dans l’eau nous font évoluer dans un décor assez ensorcelant. La quiétude des lieux et les reflets seulement troublés par nos coups de pagaie prolongent la sensation de profiter d’un beau moment hors du temps.

Veillant sur l’embouchure du rio Dulce, la ville de Livingston pourrait paraître également un peu hors du temps. Uniquement accessible en bateau car reliée à aucune route, elle est majoritairement peuplée de Garifunas. Ce peuple issu du métissage entre descendants d’esclaves africains évadés et indiens autochtones a développé sa propre langue et sa propre culture. Curieux de découvrir son atmosphère a priori particulière, nous choisissons de la rejoindre dans le cadre d’une randonnée d’environ 4 heures. Celle-ci se fait nécessairement guidée car le chemin passe par des propriétés privées, et surtout traverse la jungle. Un guide local nous accompagne donc pour éviter de se perdre et/ou faire quelques mauvaises rencontres. La jungle reste la jungle.

Et nous n’avons vraiment pas envie de déranger certains de ses habitants…

D’autant que parfois, il ne faut vraiment pas se fier aux apparences. La petite liane à l’horizontale ci-dessous n’est pas une liane. Lorsque notre guide nous affirme qu’il s’agit en réalité d’un petit serpent, nous croyons d’abord à une blague… avant de finir par distinguer une toute petite tête à l’extrémité gauche.  Rien de dangereux pour autant, juste un petit rappel qu’il faut toujours rester vigilant dans ce type de milieu. 

Livingston se révèle une petite ville somme toute assez commune, sans charme particulier. Nous ne ressentons pas vraiment la douce atmosphère caribéenne censée s’en dégager.

A défaut d’être reliée au réseau routier, elle l’est au moins toujours à Internet grâce à un astucieux système de « cabine publique » wifi. Pour un quetzal par heure, vous bénéficiez d’un accès pour une heure sans limitation de données !

Nous sommes surtout surpris de ne croiser que très peu de visages Garifunas. A se demander si nous sommes dans la bonne ville ! Au moins nous en découvrons une spécialité culinaire : la soupe tapado, une délicieuse soupe de coco avec du poisson et des crevettes.

A l’occasion de notre déjeuner, nous en apprenons un peu plus sur l’évolution de Livingston par un Garifuna qui nous aborde gentiment en anglais. Il nous explique que sa communauté se bat pour maintenir la culture et la langue Garifunas face à un refoulement progressif en périphérie de la ville. A voir l’attitude un peu gênée de notre guide et des autres clients du restaurant pendant qu’il nous parlait, nous percevons bien que la soit-disant douceur de vivre caribéenne cache autre chose à Livingston. Nous n’en saurons pas plus car nous n’y restons qu’une partie de l’après-midi.
Nous consacrons l’autre partie à la visite d’une petite curiosité, à quelques kilomètres de la ville : les siete altares. Cette succession de bassins naturels remplis d’une eau limpide compose un ensemble de sept « autels » s’élèvant en escalier pour culminer jusqu’à une petite cascade. L’écoulement de l’eau sur les bords boursouflés des roches érodées est du plus bel effet.

Notre séjour à l’hotelito perdido se termine par une dernière excursion en canoë, dans une partie du fleuve abritant une réserve de lamentins. Nous avons cependant renoncé à l’espoir d’en croiser car le fleuve est loin d’être transparent. Les chances d’apercevoir ne serait-ce qu’un petit bout de museau sortir de l’eau sont donc très maigres. Pour cela, il vaut mieux préférer les eaux cristallines de Floride. L’intérêt de la réserve est ailleurs : un superbe espace de mangrove protégé des incursions des bateaux à moteur. Le superbe dédale de canaux naturels débouchant sur plusieurs lacs est très agréable à parcourir.

Nous aurions bien rallongé encore un peu cette douce parenthèse à l’hotelito perdido. Mais même si nous avons le temps, il faut veiller à en garder pour la suite. Dans un voyage, trouver le subtil équilibre entre prendre son temps et ne pas trop le laisser filer est une quête perpétuelle.

De retour à Rio Dulce, nous retrouvons notre voiture et l’envie de tailler la route dès le lendemain. Nous nous permettons tout de même un rapide détour jusqu’à la cascade de la finca El Paraiso, une chute d’eau qui sonne comme un petit bout de paradis. Elle déverse une eau chauffée par l’activité volcanique souterraine.

La sensation de se baigner dans une rivière plutôt fraîche tout en prenant en même temps une douche bien chaude est assez étonnante et particulièrement agréable.

Un dernier moment de détente avant de se replonger dans la fureur de la route.

Prochaine étape : Retour en terres mayas…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Hotelito perdido, petit havre de paix au cœur du fleuve rio Dulce.
On ne peut que recommander tellement on s’y sent bien. On serait d’ailleurs bien restés quelques jours de plus ! Pour y accéder, il faut emprunter les navettes fluviales entre Rio Dulce et Livingston, ou organiser un transport privé avec l’hôtel (pas forcement plus cher à 4 !)
Ils louent des kayaks et peuvent également vous organiser un tour à Livingston ou sur le lac.
+502 5625 7945

Renta Auto de Guatemala, Location de voiture à Antigua :
Nous recommandons la location d’un SUV ou 4×4 car certaines routes sont en très mauvaises état, en particulier autour de Semuc Champey.
Tarif journalier entre 1 et 10 jours, puis tarif dégressif pour plus de 10 jours.
Ce loueur a été très souple avec nous, avec une réservation sous Whatsapp que nous n’avons réglée que peu de temps avant la prise de la voiture, et surtout la possibilité de prolonger la location sur simple message Whatsapp. Ainsi, notre location prévue pour 10 jours s’est rallongée au fur et à mesure de nos besoins.
+502 5992 5100

Les siete altares :
Pour rejoindre le site, il faut pas loin de 30min de marche sur la plage. En tenir compte pour avoir le temps de faire l’A/R, en profiter, et éventuellement récupérer la navette fluviale de retour. A noter que le site ferme à 16h !