#50 San Jose Calderas, un nouvel an explosif

Il nous est tous arrivé au moins une fois de faire ce fameux rêve où l’on se retrouve en sous-vêtements à l’école ou au travail. Bref, de se sentir en léger décalage vestimentaire avec le lieu où l’on se trouve. Figurez-vous que c’est un peu ce que nous avons ressenti en arrivant à San José Calderas en découvrant l’entrée de la maison de notre hôte comme ceci (et non ce n’était pas en notre honneur !) :

Remontons quelques heures plus tôt pour comprendre comment nous avons fini par débarquer devant cette jolie arche fleurie. Après la quiétude du lac Atitlan, nous avions envie d’assister aux colères du volcan El Fuego, vous savez le petit point orange qui, tel l’œil de Sauron, nous appelait à le rejoindre en haut de la Nariz del indio. Nous avons alors pris contact avec Elvin, un guide vivant à San José Calderas, petit village proche du point de départ du trek vers le volcan. Fêtes de fin d’année obligent, nous ne pourrons partir que le 2 janvier, mais Elvin propose de nous accueillir dans sa famille dès le 30 décembre pour passer la nouvelle année ensemble. Nous quittons donc Virginia afin de prendre la route jusqu’à San José Calderas. A Panajachel, nous nous étions préparés mentalement et physiquement à vivre une nouvelle aventure en chicken bus pour rejoindre notre destination. En vain, nous apprenons une fois arrivés à l’arrêt de bus qu’une sombre histoire de racket de la compagnie de bus par un groupe mafieux a stoppé temporairement la circulation. Nous n’avons alors d’autres choix que de prendre une navette privée, certes plus confortable, mais évidemment nettement plus chère. Qui plus est, le chauffeur nous dépose à Paramos, dernière ville avant Calderas, sous prétexte que son véhicule n’est pas adapté à la suite de la route. Alors que nous attendons un colectivo pour le village, le conducteur d’un pick-up propose de nous déposer, Calderas est sur son chemin. Après avoir hissés bagages et enfants dans le coffre à ciel ouvert du pick-up, nous voilà lancés sur une route au final… parfaitement bitumée !

Lorsque nous arrivons devant sa maison et découvrons la jolie arche fleurie, Elvin nous accueille en costume cravate et, dans un grand sourire, nous annonce que son frère se marie dans une heure ! Lors de nos échanges, il nous avait vaguement parlé d’une petite fête en se gardant bien de nous révéler qu’une cérémonie de mariage allait être célébrée à la maison avec une centaine d’invités attendus ! Notre garde-robe n’est pas vraiment adaptée à l’événement, nous ne sortons pas de la douche, nous n’avons pas de cadeau pour les mariés, et nous sommes les seuls étrangers présents, bref tout va pour le mieux… Qu’importe, Elvin et ses parents nous accueillent aussitôt comme si nous faisions partie de la famille. Nous voilà comme les lointains cousins venus de loin que personne ne connaît au milieu des invités. L’allée de la maison menant à la cour arrière a été joliment décorée, et de longues tables ont été dressées tout au fond pour le repas, empiétant sur l’espace des deux vaches et deux veaux de la famille, remisés pour l’occasion derrière deux grandes feuilles de tôle. Le mariage est célébré par l’équivalent de la maire du village, à qui la réception d’une centaine de personnes en temps de Covid ne pose visiblement aucun problème. Elle a été probablement rassurée par la distribution de gel hydroalcoolique à tous les invités à l’entrée. C’est largement suffisant, sachant que personne ne porte le masque dans Calderas.

Après la lecture des articles du Code civil guatémaltèque sur le mariage et une courte bénédiction d’un pasteur, les invités défilent devant les mariés pour leur remettre leurs présents. Par miracle, nous avons dans nos bagages une boîte encore intacte de rochers Ferrero Rochedor achetée pour Noël. Ces petites gourmandises ne sauvent pas que les soirées de l’ambassadeur ! Au moins notre modeste cadeau éphémère est probablement le plus original parmi les services de marmites, verres, couverts en double ou triple exemplaires qu’ils ouvriront le lendemain…

Le repas suit assez rapidement. Au menu, du poulet accompagné de légumes, de riz et d’une montagne de tortillas, le tout servi dans des barquettes en polystyrène. En voyant la gigantesque marmite de poulet et l’énorme bassine de légumes en cuisine, nous comprenons que quatre invités de plus ne vont pas faire la différence, d’autant que certaines places à table restent vides. Pour arroser le tout, la boisson de fête apparemment de circonstance : une canette de soda à l’orange pour tout le monde

Par contre, au Guatemala, les mariages ne s’éternisent pas ; une fois le plat et la part de gâteau à la crème engloutis, la plupart des invités rentrent chez eux. En à peine deux heures, tout est déjà bouclé. Seuls les plus proches, et les lointains cousins hébergés bien sûr, restent pour ranger.

Le décrochage des ballons fait le bonheur des enfants. En moins de 5 minutes, Sarah et Thomas font connaissance avec tous les enfants du voisinage. Ils vont se retrouver pour jouer ensemble presque tous les prochains jours.

Après le mariage, et en attendant le départ en trek, nous partageons le quotidien d’Elvin qui vit avec ses parents, Ovidio et Rosa, sa sœur ainsi que son frère et sa jeune épouse. Chacun dispose de sa chambre, mais tout le monde se retrouve dans la pièce commune, la cuisine, pour partager les repas. Le confort est modeste mais largement compensé par la chaleur humaine et la gentillesse qu’ils nous témoignent.

Dans les quelques rues du village, les tiendas permettent de trouver ce que l’on peut pour varier un peu les repas pour les enfants et leur faire plaisir au goûter. Nous partageons les mêmes menus que la famille et il faut avouer qu’une assiette de légumes du mariage au petit-déjeuner, ça vous refroidit un Thomas ! Heureusement qu’il adore les tortillas.

Pour le repas du 31 décembre, Véronique et Sarah participent à la confection de chuchitos, une autre forme de tamales. Le coup de main pour former la galette puis insérer la garniture en sauce n’est pas facile à prendre.

Le soir du réveillon, nous nous réunissons tous dans la cuisine autour de la cuisinière-poêle à bois où l’on s’y réchauffe en même temps que les tortillas. C’est véritablement le cœur de la cuisine, nettement plus convivial que la grande table pourtant juste à côté. Le dîner nous donne l’impression de vivre la scène de Coco lorsque la Abuelita ne cesse de resservir son petit-fils en tamales. Remplacez Mama Elena par Rosa et Miguel par Arnaud, et vous pouvez imaginer le tableau… ou plutôt l’indigestion ! Pour l’occasion, nous partageons une bouteille de vin, une boisson qu’Elvin et sa famille ne boivent pratiquement jamais. Ils consomment beaucoup plus de produits naturels locaux que de produits « manufacturés ». Ils font surtout avec ce qu’ils ont…

A minuit, le traditionnel festival de pétards et feux d’artifice est lancé. Un foyer est allumé devant chaque maison pour faciliter la mise à feu. Les enfants du voisinage partagent leur stock de pétards en tout genre avec Sarah et Thomas.

Vous avez fait quoi, vous, le 1er janvier, pour vous remettre de votre réveillon ? Nous, nous avons participé à la récolte des choux-fleurs ! Ovidio a reçu commande pour en livrer une soixante le jour même. Une belle occasion de donner un coup de main pour les remercier de leur hospitalité. Dans une belle organisation taylorienne, nous nous lançons les choux-fleurs à la chaîne pour faciliter le travail d’Ovidio qui les cueille un à un. Il faut ensuite les remonter jusqu’au pick-up pour le transport, son champ étant situé à quelques kilomètres de la maison. Le travail n’est pas très rémunérateur, les choux-fleurs ne sont vendus que deux quetzals pièce, soit environ vingt centimes d’euros.

La famille a eu la bonne idée de ne pas tout miser sur le tourisme. En plus de leur petite agence de trekking, elle a toujours l’assurance de revenus réguliers via la vente de ses cultures maraîchères. Elle a surtout la chance de posséder des terres agricoles achetées grâce à des années d’économies à une époque où les prix étaient très bas. La vente de leurs légumes est également complétée par celle des fromages que Rosa fabrique avec le lait de leurs deux vaches.

Le fromage frais légèrement relevé au piment tartiné sur les tortillas est délicieux, même au petit-déjeuner !

Les enfants se sont très bien adaptés à cette expérience de vie. Entre les chiens de la maison et les copains du voisinage, il y a toujours de quoi s’occuper.

Nous nous sentons véritablement en famille. Avec les filles en tenue traditionnelle, nous pouvons presque passer pour des membres à part entière du village .

Arrive cependant le jour où il faut bien quitter le cocon familial… L’heure de partir en trek avec Elvin est venue : le Fuego nous appelle. Tout comme le Santiaguito, il est évidemment impossible de gravir ses pentes au risque, cette fois, de se faire à la fois écraser et brûler par un projectile incandescent. Le mieux est donc de le contempler du volcan voisin endormi, l’Acatenango, qui le domine d’une courte tête (3 976 m d’altitude contre 3 763 m pour le Fuego). L’agence d’Elvin dispose d’un campement où nous allons passer la nuit avant de monter jusqu’au sommet le lendemain pour le lever du soleil, puis redescendre au village. Nous ne sommes pas seuls, des touristes guatémaltèques et deux français en vacances, nous accompagnent dans le groupe.

La randonnée du Santa Maria nous avait été décrite comme étant la plus difficile. C’était visiblement sans connaître celle de l’Acatenango. En effet, bien que le dénivelé soit légèrement inférieur, un peu moins de 1 100 m le premier jour, une pente bien raide vous accueille dès les premières secondes pour ne plus vous lâcher quasiment jusqu’à la fin. Ce n’est cependant pas tellement notre forme physique qui nous inquiète mais plutôt la météo. Le soleil qui nous accompagne laisse progressivement place à une brume de plus en plus épaisse au fur et à mesure de l’ascension.

Arrivés au campement, notre crainte se vérifie, le panorama qui s’étend devant nous est noyé sous la brume. Nous distinguons à peine le Fuego, si ce n’est le bruit impressionnant de ses explosions. L’entendre tout proche en ne voyant rien est particulièrement frustrant… Nous passons l’après-midi dans la tente en attendant des heures meilleures.

Lorsque le dîner est servi à 18h30 autour du feu, la brume continue de nous narguer. Puis, vers 19h00, le voile se lève enfin, le spectacle nocturne commence. Lorsque vous assistez pour la première fois à une explosion du Fuego, vous criez comme un gamin qui s’extasie devant son premier feu d’artifice. C’est d’une beauté et d’une puissance à vous couper le souffle.

Nous bravons un froid de canard accentué par un vent glacial une bonne partie de la soirée pour guetter la prochaine explosion. Le pouvoir hypnotique du monstre de feu est aussi puissant que celui de glace lorsque nous étions restés scotchés devant le glacier Perito Moreno en Argentine. Une fois couchés, difficile de s’endormir lorsque le sol tremble et résonne de sa dernière colère !

LE SAVIEZ VOUS ?
Le Fuego est l’un des volcans les plus actifs d’Amérique centrale. De type strombolien, il est en éruption ininterrompue depuis 2002, avec des phases explosives irrégulières de grande ampleur. En juin 2018, une intense explosion a déversé une nuée ardente sur les habitants d’un village refusant d’être évacués, entraînant la mort d’une centaine de personnes. Actuellement, il est en alerte 4 sur 5 avec des explosions de portée limitée toutes les 20 minutes environ. Plus elles sont espacées, plus la suivante est grosse en raison de la compression des gaz dans le cratère…

Bien nous en a pris d’en profiter car à notre réveil à 4 heures du matin, la brume a repris ses droits. Elvin hésite à donner le départ pour le sommet de l’Acatenango au regard des conditions climatiques. Vers 4h30, une fenêtre météo semble se dégager et nous décidons de tenter l’ascension. Avançant à la lumière de nos lampes frontales, nous affrontons un vent et un froid de plus en plus extrêmes. Après 1h15 de marche avec l’impression de participer à une expédition vers l’Himalaya, nous regrettons d’avoir emmené les enfants avec nous. Au sommet, Thomas est tellement transis de froid qu’il en pleure. Le thermomètre d’Elvin affiche 3 petits degrés, mais la température ressentie à cause du vent doit être largement inférieure à zéro. Nous ne nous attardons pas, de toute façon, l’horizon est complètement bouché.

Thomas redescend dans les bras d’Elvin pendant que nous dévalons les pentes de terre volcanique en semi-glissade presque comme des skieurs pour rejoindre le campement.

Lors de la redescente sur Calderas, la brume ne nous laisse à nouveau que peu d’occasions de profiter du panorama. Les effets de la pleine lune sont apparemment souvent assez néfastes sur les conditions météo.

Le spectacle nocturne était cependant tellement impressionnant qu’il nous donnerait presque envie de retenter l’expérience, surtout avec Elvin. D’un optimisme sans faille, il vous transmet une telle énergie que vous pourriez le suivre n’importe où. Un véritable soleil qui vous irradie d’ondes positives. Nous ne le remercierons jamais assez, ainsi qu’Ovidio et Rosa, de nous avoir accueillis parmi eux aussi chaleureusement. Leur simplicité et la joie de vivre qu’ils vous transmettent, il y a toujours un membre de la famille pour siffloter ou chanter dans la maison, restera une leçon de vie pour nous. Afin de passer encore un peu de temps avec eux, nous restons une dernière journée après le trek. Et lorsque nous les quittons, nous ne savons pas encore si ce sont des adieux ou un simple au revoir.

Prochaine étape : la troisième capitale…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Trek de l’Acatenango sur 2 jours
Il existe de nombreuses agences qui proposent ce trek, à des prix très variables.
Nous avons fait le choix de passer par une petite agence de Calderas, village au pied de l’Acatenango, car ils rémunèrent les guides à leur juste valeur. De plus, ils ont un campement sur place, avec probablement une des plus belle vue. Il est inutile de porter sa tente ou sac de couchage (d’autres agences vous font porter le matériel ou alors il faut rallonger pour avoir un porteur). Elvin vous prêtera également des gants, bonnets ou lampe frontale si nécessaire.
Vous pouvez y aller les yeux fermés (enfin, ouvrez les quand même pour regarder le volcan faire son spectacle !)
https://v-hiking.tours/ ou Elvin +502 4708 2809