#63 Manuel Antonio, les animaux à la loupe

Si notre voyage s’était déroulé dans un monde sans pandémie, le 1er mars 2021 aurait été la date de notre retour à la vie normale (à moins que ce ne soit ce voyage la vie normale ?). Retour à l’école, retour au travail, retour dans les bouchons, retour dans le RER, retour à notre vie sédentaire, retour de la routine. Avec la pandémie, nous avons repoussé l’inéluctable de quelques mois. Mais comme un clin d’œil ironique à ce qu’aurait dû être cette journée, nous en passons une bonne partie coincés dans les embouteillages. Il faut savoir qu’au Costa Rica, si vous avez un accident, il ne faut pas déplacer sa voiture et attendre que la police arrive. Et pour que le tout soit dégagé, cela peut prendre longtemps, très longtemps… Qu’importe, le 1er mars 2021 n’est finalement pas une date fatidique, mais symbolique : c’est le premier jour du reste de notre voyage !

Celui-ci se poursuit plein sud vers la côte Pacifique, destination la ville de Quepos. Nous y débarquons sans réservation de logement, comptant à nouveau sur l’activité touristique ralentie et un peu de culot pour décrocher un hôtel à prix raisonnable que nous avons préalablement repéré sur Internet, mais qui s’avère introuvable à l’emplacement indiqué. Quand la chance ne sourit pas, il faut s’en remettre au hasard. En nous arrêtant chez des locaux pour demander notre chemin et des informations sur notre hôtel volatilisé, ou à défaut s’ils ne connaissent pas un petit hôtel sympa, ils nous annoncent avoir une chambre disponible. La chambre s’avère en fait être un joli petit appartement dans une résidence en sommeil depuis la pandémie. Nous n’en demandions même pas tant !

A Quepos, nous sommes aux portes de l’un des parcs naturels les plus courus du pays : Manuel Antonio. Décrit parfois comme un zoo à ciel ouvert, il se dit souvent qu’il n’est pas nécessaire d’y prendre les services d’un guide. Ayant toutefois déjà expérimenté la difficulté de trouver les paresseux et autres animaux dans les parcs, (car il ne faut pas croire qu’en allant au Costa Rica, vous verrez des paresseux sur les lignes électriques ou traverser la route tous les jours…) nous préférons à nouveau nous appuyer sur un œil expert, celui d’Estelle, une française installée au Costa Rica depuis toute petite et l’une des premières guides de Manuel Antonio. D’après le personnel du parc, la meilleure.

Les 3 heures passées avec elle ne démentent pas sa réputation. Estelle a un regard acéré capable de débusquer le grand comme le petit. Cette attention particulière portée sur les petites créatures permet d’en révéler toute la singulière beauté. A travers l’objectif du télescope, Estelle nous fait réaliser qu’elles sont tout aussi fascinantes que les grandes.

Une chose est sûre, sans Estelle, nous serions passés à côté de beaucoup de choses. Et notamment des paresseux. D’abord parce qu’ils sont toujours aussi difficiles à détecter, camouflés et roulés en boule au sommet des arbres. Ensuite, parce que nous n’aurions pas pensé à les chercher dans les cocotiers, pensant qu’ils préféraient les essences plus feuillues. À tort, tant qu’ils ont une branche à laquelle s’accrocher !

Pour vous donner une idée de la difficulté, jouez avec nous à « Où est Charlie le paresseux ? » sur les trois prochaines photos. Vous avez de la chance, le périmètre de recherche est limité par le cadrage…

L’attrait touristique de Manuel Antonio se ressent très vite. Déjà parce que des locaux peu scrupuleux habillés en rangers du parc tentent de vous arnaquer en vous attirant sur leur parking, alors que le parking officiel n’est qu’à quelques mètres de l’entrée. Ensuite, car l’affluence est bien plus importante que ce que nous avons connu jusqu’à présent. Nous ne sommes plus habitués à croiser autant de groupes ! Sachant que selon Estelle il n’y a pas grand-monde en ce moment, nous mesurons notre chance de pouvoir en profiter malgré tout. Le parc attire particulièrement les ticos le week-end pour la beauté de ses plages, appréciées également des iguanes et des singes capucins.

Après notre visite avec Estelle, nous tentons un dernier tour du parc, toujours en quête d’un paresseux, d’un singe ou de tout autre animal. Car malgré l’intérêt indéniable d’un guide, trouver un animal par soit même reste toujours un plaisir. Dans ce cas, il faut repasser aux mêmes endroits pour espérer tomber sur le bon moment. C’est ce qui nous est arrivé en revenant observer un paresseux encore en boule au premier passage. Au deuxième, il s’est réveillé pour nous offrir une séance intense de… grattage. Avec la même méticulosité qu’il mobilise pour se déplacer, il se gratte, se gratte, se gratte, consacrant 5 bonnes minutes à chaque zone de son corps. Cet effort lui prend tellement d’énergie que parfois il semble s’endormir en pleine action !

Ce dernier tour est doublement couronné de succès un peu plus tard avec le passage d’une petite troupe de singes-écureuils, que nous n’avions encore jamais eu la chance de croiser. Forcément, après le paresseux en pleine action, ces petits singes survitaminés nous semblent évoluer sous amphétamines.

Le tableau est désormais complet ; nous avons eu la chance d’avoir pu observer les trois espèces de singes du Costa Rica : hurleurs, capucins et écureuils.

Sur la route du retour, après un petit détour à la plage pour rencontrer deux familles françaises également de passage, nous nous arrêtons prendre un verre dans le restaurant incontournable de la région : « El Avión », dont la terrasse permet de contempler de très beaux couchers de soleil. 

Le véritable attrait du restaurant est cependant de l’autre côté, celui où gît la carcasse reconvertie en bar d’un avion cargo Fairchild C-123 surgi des limbes de l’Histoire. Le menu lui consacre un petit récit passionnant.

LE SAVIEZ VOUS ?
Le 3 novembre 1986, un avion de transport est abattu au-dessus du Nicaragua par les forces armées Sandinistes (marxistes) au pouvoir. A son bord, un équipage américain et 50.000 fusils d’assaut AK-47… Après s’être présenté comme des civils agissant pour leur propre compte en soutien des Contra, groupe rebelle combattant les Sandinistes, l’un des survivants de l’équipage finit par avouer avoir été envoyé par la CIA pour livrer des armes. L’incident met au grand jour une des plus grandes opérations secrètes illégales de l’agence américaine sous le deuxième mandat du président Ronald Reagan : le scandale Iran-Contra. Le public apprend qu’en violation totale des lois existantes, de hauts responsables de l’administration ont organisé des vente d’armes à l’Iran afin de financer le mouvement des Contras au Nicaragua. Même si l’enquête a permis de pointer la responsabilité de hauts fonctionnaires de la Maison Blanche, celle-ci n’a jamais pu prouver celle du président. Cet avion abattu à l’origine du scandale n’est autre que le C-123 qui assure désormais la notoriété du restaurant El Avión. Comment a-t-il échoué ici ? Cette partie de l’histoire reste top secrète…

Hormis les marches dans les parcs naturels, nous n’aurons pas beaucoup randonné au Costa Rica. Le pays ne semble pas vraiment ouvert aux chemins libres qui se perdent dans la forêt ou la montagne. Tout est aménagé, délimité, encadré. La petite randonnée des chutes d’eau de Nauyaca, payante évidemment, près de Manuel Antonio nous a tout de même redonné une petite sensation de liberté retrouvée au cœur de la nature. Le chemin, pas très difficile, conduit jusqu’à deux superbes cascades.

La première, assez impressionnante, se prolonge en contrebas en une seconde chute en escalier. Nous ne sommes pas spécialement amateurs de cascades, mais celles-ci sont incontestablement parmi les plus belles que nous ayons vues.

S’il y a bien une chose que le voyage vous fait réaliser, c’est le bonheur que peut procurer… une machine à laver ! Après avoir changé de logement, nous avons le luxe de pouvoir faire une lessive. C’est tout bête, mais pour des voyageurs nomades, c’est énorme. Le linge sale s’accumule souvent pendant des jours voire des semaines avant d’avoir la possibilité ou le temps d’une lessive. Bon encore faut-il savoir comprendre comment fonctionne une machine à laver issue de la préhistoire des machines à laver…

Notre séjour se termine en compagnie d’une nouvelle famille française en voyage. Maud, Dominique et leurs adolescents Macéo et Mila profitent d’un échange de maison sur les hauteurs d’Uvita. Une autre façon de se loger bien tentante au vu de la demeure : belle cuisine, grand salon, super terrasse et trampoline pour les petits et grands.

Nous partageons également avec eux une agréable sortie plage en bordure du parc national marin Ballena, à playa Colonia. Mila initie Sarah au diabolo qui se prend au jeu jusqu’au coucher du soleil, avant un dernier apéro-jeux ensemble.

A l’issue de cette nouvelle étape, notre album de photos animalières s’est encore considérablement étoffé. Il faut bien reconnaître ça au Costa Rica ; pour les animaux, nous n’avons pas connu pays aussi privilégié. Notre passage en revue des animaux emblématiques du pays est à peu près complet. A peu près seulement, car l’un d’entre eux nous laisse encore sur notre faim.

Prochaine étape : La dernière quête du quetzal…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Petite maison pour 4 personnes, à Uvita : Oasis Uvita
Sur booking ou Whatsapp +506 8599 1504
De quoi loger jusqu’à 6 personnes, un peu vieillot (les meubles pourraient être ceux de nos grands-parents), mais propre et pas cher. Et avec machine à laver !

Guide francophone du parc Manuel Antonio : Estelle
On recommande les yeux fermés !
+506 8719 2065

Playa Colonia est gratuite, comme toutes les plages du Costa Rica. Mais pour y accéder, il faut traverser le parc marin ballena sur… 10m. Et le parc est payant ! Le stationnement également…
Une petite astuce est de vous garer sur le parking privé, un peu avant le parc, dont l’entrée est signalée par une antenne satellite peinte en rouge, sur la gauche. De ce parking, vous pourrez rejoindre la plage sans passer par l’entrée officielle du parc marin ballena.

Attention aux parkings non officiels pour Manuel Antonio, parfois loin du parc ! Continuer à rouler le plus loin possible, car le parking n’est qu’à 20m de l’entrée. Quand ce dernier est plein, ils ferment la route pour vous faire stationner à l’avant dernier. et ainsi de suite…

A Manuel Antonio, à coté de « El avion », une très bonne pizzeria : « El wagon« .