#58 D’Ostional à Corozalito, rencontres avec les tortues olivâtres

Mais qu’est-ce qui a bien pu entraîner notre départ précipité de Cabuya ? L’annonce d’un prochain reconfinement ? L’approche d’un ouragan ? L’éruption d’un volcan ? Non, nous ne voulons tout simplement pas manquer l’arrivée des… tortues ! L’animal a beau être lent, il vaut mieux se dépêcher lorsqu’on n’est pas sur place car l’événement ne dure que trois jours, parfois quatre si on est chanceux. Et les routes, dans l’ouest du Costa Rica, ne sont pas toutes bitumées. Le 4×4 est vivement conseillé pour certaines portions, spécialement les passages de gué, car il n’y a pas toujours de pont pour les voitures…

Petit mode d’emploi pour passer un gué :

  • attendre que les locaux passent avec leur voiture afin d’identifier les zones les moins profondes ;
  • si les locaux ne daignent pas montrer le bout de leur nez, envoyer sa femme qui ira se mouiller pour votre sécurité. L’eau ne va pas plus haut que la moitié des mollets? C’est parti !

La plage d’Ostional est « the place to be » pour avoir la chance d’assister à une « arribada », c’est-à-dire à un débarquement amphibie de centaines, voire de milliers de tortues olivâtres venues pondre puis repartir aussitôt. Et le jour J n’a lieu qu’une fois par mois, au gré de l’humeur des tortues. L’association des guides locaux d’Ostional prévient des arribadas via sa page Facebook. C’est par ce biais que nous avons appris qu’elles venaient juste d’arriver le soir de notre installation à Cabuya, et c’est ce qui nous a décidé à filer à Ostional. Il ne nous aura pas fallu beaucoup de temps pour renoncer à notre superbe logement de Cabuya, refaire nos bagages et prendre la route (pas moins de 5 ou 6 h…) pour filer vers Ostional où nous avons réservé un guide car les places sont limitées. Nous prenons un logement juste à côté de la plage pour être aux premières loges le lendemain matin.

Un bon plat de pâtes aux fruits de mer pour prendre des forces, et au lit. Nous avons rendez-vous avec les tortues dès 5 heures du matin…

C’est donc avant le lever du soleil que nous accédons à la plage pour assister à la ponte des tortues. Une petite centaine s’est hissée jusque dans les hauteurs de la plage pour creuser un trou puis y déposer ses œufs. La visite est très encadrée par les guides locaux qui veillent à la protection des tortues. Ainsi, seule une lumière rouge nous éclaire afin de ne pas les perturber. Il faut dire que l’événement attire en temps normal de très nombreux touristes, notamment en pleine saison de ponte entre octobre et décembre, lorsqu’elles débarquent par milliers sur la plage, en se marchant les unes sur les autres ! En février, le nombre est beaucoup plus réduit car la saison touche à sa fin. Il suffit cependant largement à nous démontrer le courage et la ténacité de ces combattantes de la nature. Imaginez l’effort que représente pour elles de traîner leur carapace sur le sable, de creuser un trou suffisamment profond, de pondre une centaine d’œufs, de reboucher soigneusement le trou jusqu’à le faire disparaître aux yeux des prédateurs, et enfin de retourner à l’eau.

Au petit jour, elles finissent épuisées et reprennent leur souffle tous les deux mètres avant de parvenir à la mer. On ne peut être qu’admiratif et attendri par tant de volonté de perpétuer le cycle de la vie. Surtout quand on sait qu’aucun œuf ne va éclore, la température du sable étant trop chaude en cette saison…

LE SAVIEZ VOUS ?
Les tortues olivâtres sont les plus petites tortues marines. Elles peuvent pondre chacune entre 80 et 100 œufs par ponte. Le sexe des bébés dépend de la température de la plage ; les embryons ne donneront que des femelles à partir de 30°, et que des mâles au-dessous de 30°. Lorsque la température atteint 35°, aucun embryon ne se développe. Ostional a un programme de prélèvement des œufs non viables pour la consommation. Les œufs de tortue sont en effet un mets très apprécié au Costa Rica et les mettre sur le marché limite le braconnage. Déterrer les œufs non viables permet également d’assurer une meilleure reproduction des tortues. En effet, les œufs non éclos restés dans le sable développent des bactéries qui peuvent contaminer les œufs des pontes suivantes.

Avant de quitter Ostional, nous faisons un petit crochet par la plage voisine de San Juanillo. Entre rochers et sable, une autre très jolie plage sauvage de la côte Pacifique.

Notre quête des tortues marines se poursuit au village de Corozalito, chez Randall. Il nous accueille dans un de ses bungalows à la décoration un peu passée mais dans un cadre idéal pour les enfants.

Il dispose également d’un morceau de forêt de plusieurs hectares juste derrière dans lequel on peut se promener pour admirer de magnifiques ficus géants. Leurs branches se sont tellement étendues qu’elles se prolongent en piliers fichés dans le sol permettant de soutenir l’ensemble.

Le dernier ficus est une véritable petite merveille gothique forestière qui pourrait faire office de plus belle cabane du monde.

Randall est un passionné qui passe la quasi intégralité de ses nuits à veiller sur les tortues venant pondre sur la plage de Corozalito. Contrairement à Ostional, elles viennent toute l’année mais plutôt en solitaire. Nous l’accompagnons en sortie nocturne la nuit de notre arrivée. Après la sortie à 5 heures le matin même, nous enchaînons avec une sortie à 1 heure du matin. Que ne ferions-nous pas pour revoir ces créatures si attachantes ? C’est sous un superbe ciel étoilé que nous nous lançons à leur recherche à la lumière de nos lampes frontales. Deux tortues sont au rendez-vous que nous observons dans une ambiance beaucoup plus intimiste qu’à Ostional.

Les regarder accomplir l’ensemble du processus est à nouveau particulièrement touchant. L’application avec laquelle elles creusent le trou avec leur patte arrière et l’effort que leur coûtent la ponte sont admirables, surtout quand l’une dépose pas moins de 140 œufs !

De jour, la plage de Corozalito se révèle très jolie, avec sa longue étendue de sable bordée de cocotiers. Quelque part sous nos pieds se cachent les centaines d’œufs pondus au fil des nuits par ces infatigables tortues olivâtres.

Elles sont si attachantes que nous repartons avec Randall une deuxième nuit, mais sans les enfants cette fois. Nous avons un peu pitié de leur sommeil compte tenu des deux derniers jours. Quand on pense que Randall est un tel passionné qu’il y va toutes les nuits ! On se demande comment il gère son sommeil…

Cette fois ci, Randall nous laisse également partir à la recherche d’une tortue. Lui vers la gauche, et nous à droite. Un signal lumineux nous permet de savoir qui a la chance de tomber sur la créature marine en premier. Nous arpentons la plage de long en large, croisons un bon nombre de ratons laveurs qui se délectent probablement d’œufs fraichement pondus, avant de finir par tomber sur une tortue tout juste sortie de l’eau. En spectateurs compatissants, nous l’accompagnons durant tout son labeur.

Nous quittons le lendemain nos chères tortues pour rejoindre Samara, une petite station balnéaire animée sans être trop touristique. Pour compenser le départ précipité de notre joli bungalow à Cabuya, nous nous offrons un petit appartement avec balcon juste au pied de la plage, entouré par les palmiers.

Évidemment, quand vous êtes sur la côte Pacifique du Costa Rica, vous êtes là pour faire le plein de plages bordées de cocotiers. Il convient d’ailleurs de prendre rapidement le réflexe de ne pas garer la voiture dessous. La noix de coco, c’est meilleur sur le sable avec une paille que sur le toit ou dans le pare-brise du 4×4…

Le découpage de la côte, loin d’être monotone a, au contraire, créé une variété de plages. Criques, rochers, sable clair, sable foncé, elles se révèlent toutes différentes et toutes ont leur charme. La plage de Carillo, voisine de Samara, est immense et parfaite pour accueillir le week-end les « ticos », petit surnom affectueux des costa-riciens. Ils débarquent généralement en grand nombre avec glacières, chaises longues, barbecues et l’indispensable sono. 

En ce jour un peu spécial, nous l’avons pour nous tout seuls. Un petit cadeau pour fêter notre 15ème (et finalement pas dernier) mois de voyage ! 

Preuve de cette diversité, la superbe plage de Barrigona, au nord de Samara, enserrée par les falaises et battue par une mer particulièrement mouvementée à cet endroit. De véritables murs d’eau s’abattent pour vous repousser vers la plage. Difficile donc de s’y baigner, mais un très bon spot pour les surfeurs expérimentés.

Nous nous contentons, pour notre part, des vagues beaucoup plus calmes de la plage de Samara pour mettre en application nos cours de surf encore relativement frais du Guatemala. En voyant les prix affichés au Costa Rica, nous ne regrettons pas nos cours particuliers à El Paredon. La location de planches de surf pour deux jours nous suffira amplement. La reprise a été un peu difficile, mais avec des planches plus adaptées à notre niveau, le plaisir de la glisse était bien là.

Pour découvrir les environs de Samara, le 4×4 c’est pratique, mais le cheval reste toujours plus plaisant. Nous choisissons cette option le temps d’une petite balade avec les chevaux du ranch « Horse Jungle », tenu par un très sympathique français. Un grand moment pour Thomas qui est désormais assez grand pour monter tout seul. Coralie, notre guide, nous fait traverser la jungle au rythme paisible de nos montures : Thomas sur Shakira, Sarah sur Plume, Véronique sur Blue et Arnaud, ça ne s’invente pas, sur Playboy.

Nous confirmons notre préférence pour nos amis équidés : la suspension est plus douce pour franchir les gués…

Le parcours aboutit à Buenavista, encore une jolie plage… Mais avec un petit plaisir en plus pour les cavaliers les plus à l’aise : la possibilité de se lancer au galop sur le sable. Pour des amateurs comme nous, ce premier galop procure une belle petite poussée d’adrénaline.

Un très chouette moment pour les enfants qui se prolonge jusqu’aux soins des chevaux.

Avec le mois de février vient évidemment la saint Valentin. Une fête à laquelle nous ne sommes pas particulièrement attachés. Toutefois, elle peut servir d’excellent prétexte pour s’offrir un massage sur la plage de Samara, avec dégustation de « pipa fria », une eau de coco bien fraîche.

Mais le plus beau cadeau qu’a pu nous faire la plage de Samara, c’est de tomber totalement par hasard sur un lâcher de bébés tortues olivâtres. Un refuge voisin recueille les œufs jusqu’à éclosion puis lâche les petits sur la plage.

Dès leurs premiers pas, la vie est pour eux un combat. Armés de leurs minuscules pattes, ils doivent d’abord lutter pour parcourir les quelques mètres jusqu’à l’océan. Ce moment est indispensable pour respirer, se muscler avant d’affronter la mer et garder la plage en mémoire.

Et lorsqu’ils atteignent l’eau, ils sont tellement légers qu’ils doivent batailler contre les vagues pour ne pas être repoussés sur la plage. Une fois dans l’eau, ils devront encore échapper aux prédateurs pour espérer atteindre la taille des adultes que nous avons eu la chance de voir pondre. Moins de 1 % des bébés y parviennent…

Une surprise assez émouvante qui clôt parfaitement notre cycle d’observation des tortues olivâtres.

S’il y a un cycle qui n’est pas près de s’arrêter, c’est celui des rencontres avec les familles françaises voyageuses, toujours sympathiques. Nous avons d’abord le plaisir de retrouver à Samara Xavier, Elodie et leurs enfants Iloa et Nolan de la Happiness Road avec qui nous avions passé Noël au Guatemala. Nous rencontrons ensuite Benoît, Gaëlle et leurs deux fils Ewen et William « A la rencontre du monde », le temps de quelques soirées.

Ces moments de partage avec d’autres familles font toujours du bien, tant pour nous que pour les enfants. Et puis, ça rassure toujours un peu de voir que nous ne sommes pas les seuls fous à continuer de voyager en ce moment !

Prochaine étape : Comme chez papi et mamie…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

OSTIONAL :

Page Facebook de l’association des guides afin de suivre les dates d’arrivée des tortues ainsi que connaitre les modalités de réservation des guides.
Asociacion de Guias Locales de Ostional(AGLO)Costa Rica

Cabane juste en face de la plage d’Ostional : +506 8447 0703
(ce n’est pas exceptionnel, mais très correct et surtout très pratique)

COROZALITO :

Cabinas équipées de cuisine, qui permettent de loger jusqu’à 8 personnes. Avec accès à un superbe jardin et piscine fort agréable.
Randall vous emmènera sur la plage, de nuit, pour aller voir les tortues pondre.
Chez Randall, « Corozalito Turtle lodge » : +506 8319 5999


SAMARA :

Plusieurs formules de tours à cheval, pour découvrir la jungle et la plage des environs de Samara.
« Horse Jungle » +506 8650 1606