#65 Bogota, à fond la forme

L’Amérique du Sud. Là où notre voyage a commencé, et autour de laquelle il continue de tourner. Et pour cause, toujours un peu obstinés, nous essayons autant que possible d’y reprendre notre itinéraire initial, au moins en partie. Après le Pérou, nous avions prévu de passer en Équateur. Nous n’y sommes pas encore, mais nous nous en rapprochons. En effet, depuis le Costa Rica, nous atterrissons chez sa sulfureuse voisine : la Colombie !

Notre arrivée tardive à Bogota roule comme sur des rails, un transport nous attend pour nous conduire directement à un hôtel tout près de l’aéroport. Nous l’avons également choisi proche de l’El Dorado pour une famille française en voyage depuis près d’un an et demi : un Décathlon ! Les enfants ayant « légèrement » grandi, il était grandement temps de renouveler leur stock de tee-shirts et de pantalons… Et de changer pour la troisième fois leurs chaussures !

Les chaussures des parents tiennent toujours bon malgré l’utilisation intensive. Celles de Véronique font tout de même l’objet d’une nouvelle réparation. Ce sera un exploit si elles voient la fin du voyage…

A l’issue de notre razzia décathlonienne, nous prenons nos quartiers dans celui de La Candelaria. Dans ce centre historique de Bogota, les couleurs des anciennes maisons coloniales se mélangent à celles des fresques modernes de street art.

La Candelaria constitue également un centre névralgique du pays. Sa grande place Bolivar accueille parmi les plus grandes institutions : la mairie de Bogota, la cathédrale siège de l’archidiocèse, le Palais de justice de Colombie, le Capitole national de Colombie, ainsi qu’une belle colonie de pigeons attirée par les vendeurs de graines (à moins que ce ne soit par les politiciens autour ?).

L’avantage d’une capitale est de pouvoir trouver des restaurants proposant des cuisines du monde. Le temps d’un repas, nous troquons les frijoles pour des nouilles japonaises !

Nous imaginions Bogota comme une grande ville sud-americaine à l’urbanisation anarchique et repoussante, nous découvrons une capitale plutôt moderne, ornée de multiples fresques de street art, sillonée de pistes cyclables, et desservie par un réseau de bus à double accordéon circulant sur voies dédiées, le Transmilenio, qui nous a paru plutôt efficace en dépit de l’absence de métro.

La ville nous surprend agréablement et c’est tant mieux, car nous prévoyons d’y rester 5 jours afin d’honorer un rendez-vous pris à l’ambassade de France. Arnaud doit en effet renouveler son passeport pour la suite du voyage. L’ambassade à Bogota ne bénéficie pas du même cadre que ses homologues à Paris…

En tous les cas, le réseau des familles françaises en voyage fonctionne toujours aussi bien. Nous en retrouvons deux nouvelles, les Gnocs et les Schmits, qui viennent également tout juste d’arriver en Colombie et que nous aurons probablement encore l’occasion de croiser.

Sous ses airs de cité tentaculaire, Bogota cache des vies de quartiers à découvrir. Le dimanche, un marché aux puces anime les rues du sympathique quartier d’Usaquen. Hormis le port du masque, nous y retrouvons l’ambiance des brocantes d’antan. Celle d’avant la pandémie, du temps où croiser une foule de gens dans les rues n’avait rien d’anormal… 

La Candelaria est évidemment loin d’être représentatif de tous les quartiers de Bogota, mais il prouve artistiquement que l’urbanisation moderne n’est pas tenue de se contenter de la grisaille du béton. Les fresques de street art disséminées dans presque toutes les rues constituent un vrai jeu de piste tout en couleurs et un bel aperçu de la vitalité et de la créativité des artistes de rue en Colombie.

L’artiste colombien incontournable reste toutefois Fernando Botero. Le musée qui lui est consacré à Bogota expose les oeuvres de sa collection privée, les siennes et celles d’autres peintres célèbres. Elles ont toutes été données par le maître qui a exigé en contrepartie la gratuité pour tous du musée. Une générosité que l’on retrouve dans les formes de ses personnages dodus ou de ses natures mortes charnues si caractéristiques de son style.

Que l’on aime ou pas, il faut reconnaître qu’il a un joli coup de crayon, particulièrement mis en valeur dans ses esquisses.

Une vision du monde tout en volume, que ce soit en peinture ou en sculpture, qui ne laisse pas les enfants indifférents.

Le musée de l’or de Bogota expose un tout autre héritage artistique : celui des peuples indigènes de Colombie. La Banque de la République de Colombie y a rassemblé une immense collection d’objets pré-hispaniques en or rachetés directement à des collectionneurs privés ainsi qu’à des pilleurs de tombes.

Ces trésors sortent de l’oubli les Nariño, Calima, Chibcha, Quimbaya, Tayrona, et d’autres encore. Ces peuples, qui vivaient sur le territoire colombien 1500 ans avant l’arrivée des Espagnols, savaient pratiquer l’orfèvrerie avec finesse et raffinement. Les pièces témoignent du savoir-faire tant technique qu’artistique de ces sociétés pour qui l’or était un métal précieux non au sens matérialiste du terme mais symbolique.

L’or, semence du dieu soleil dans la cosmogonie indigène, était symbole de pouvoir pour les élites politiques et religieuses, mais sans la valeur marchande attribuée par la pensée européenne. Tous ces objets vont alimenter le mythe de l’El Dorado, précisément apparu dans la région de Bogota dans les années 1530 puis largement relayé par les conquistadors.

Autre trésor national artistique colombien, la cathédrale de sel de Zipaquirá, située à une heure de Bogotá, est un monument unique en son genre. Édifiée dans les années 1950, la cathédrale est le fruit du travail et de la foi des mineurs qui l’ont construite eux-mêmes à même les parois de la mine de sel où ils travaillaient. Menaçant de s’effondrer, une nouvelle cathédrale a été érigée dans les années 1990 par un architecte de Bogotá, aujourd’hui considérée comme l’une des merveilles de Colombie. Non, la cathédrale de Zipaquirá à ne pas manquer n’est pas celle en surface, mais à une centaine de mètres de profondeur…

L’entrée se fait par la galerie principale de la mine qui descend progressivement dans les souterrains aux parois entièrement constituées de sel.

Commence ensuite le chemin du calvaire. Pas le nôtre, celui de Jésus, comme dans toute bonne église catholique. Mais celui-ci n’est pas comme les autres, il invite à un véritable voyage artistique et spirituel. Chaque station est représentée par un élément unique, la croix. Jésus et la croix ne font qu’un, la croix incarne métaphoriquement le calvaire de Jésus. Chaque station est une sorte d’énigme à résoudre en observant la croix, la façon dont elle a été sculptée, positionnée dans le sol, éclairée, pour en comprendre la symbolisation. Les explications données par l’audioguide rendent la visite vraiment fascinante.

Le chemin de croix conduit jusqu’au narthex qui s’ouvre sur 3 chemins, représentant les différentes voies spirituelles qui s’offrent aux croyants, mais tous aboutissent aux majestueuses nefs de la cathédrale.Taillées dans la roche de sel, elles poursuivent l’œuvre d’évocation de la vie de Jésus : 4 énormes piliers pour les 4 évangélistes, une immense croix de 16 mètres sculptée en bas-relief sur laquelle est projetée un cœur battant, chaque détail est un symbole.

La beauté minérale de l’ensemble servie par les éclairages délivre un message d’autant plus puissant qu’il est simple. Une initiation spirituelle souterraine percutante, même pour des non-croyants !

Ces quelques jours passés à Bogota nous apportent une petite bouffée d’air culturelle bienvenue après le Costa Rica. Néanmoins, nous avons hâte de nous lancer sur les routes colombiennes et de découvrir le cœur du pays, loin des clichés qui lui collent à la peau.

Prochaine étape : La vallée des bougies…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Logement dans Bogotá
Idéalement , le choisir dans le quartier de la Candeleria.

Logement près de l’aéroport
Hôtel Bogotá on Holiday
Très proche de l’aéroport ; a organisé un transport pour venir nous chercher à 23h00.
Hôtel très basique, du type Formule 1.
Sur booking ou +57 321 3004741

Musée Botero
Fermé le mardi. Gratuit
Il contient une collection de nombreuses œuvres données à la Colombie par l’artiste Fernando Botero avec l’intention de diffuser les arts et la culture dans son pays natal. En contrepartie de ce don, Botero a exigé la gratuité du musée pour tous ! On y retrouve des créations de Botero lui-même ainsi que des œuvres d’autres artistes comme Chagall, Salvador Dalí, Miró, Picasso ou Renoir. 

Musée de l’or (infos en mars 2021)
Ouvert du mardi au dimanche, il faut actuellement réserver un créneau par avance sur internet pour le visiter. Il est également gratuit tous les jours. L’idéal est de réserver du moins 2 jours avant : les places étant limitées, ça se remplit vite. Le formulaire est simple, et l’on peut facilement annuler ou changer la date. 
Nous vous recommandons également de télécharger par avance l’application « museo del oro » ainsi que l’explication des 4 salles. Nous avions également prévus des casques avec dédoubleur pour les enfants, pour plus de confort. 
https://www.banrepcultural.org/bogota/museo-del-oro/programe-su-visita

La cathédrale de sel
Pour s’y rendre, il faut rejoindre en Transmilenio la station « portal del norte ». Puis prendre un bus qui vous déposera dans la ville de Zipaquira (6000$, 40min environ). Du centre-ville, il faut compter 15 min à pied pour rejoindre la cathédrale, ou un taxi…
Trois packages sont proposés à l’entrée du site. Nous nous sommes contentés du « basique » (60.000$ adultes, 51.000$ enfants) bien suffisant si on ne souhaite pas visiter un remake de la tombe de Toutankhamon, jouer les apprentis mineurs ou monter sur leur mur d’escalade. Dans le package basique est inclus un audioguide français. Prenez le, ça change toute la visite !

Marché artisanal d’Usaquén 
C’est le dimanche et c’est ici : ge0://4kG2Z5ysPI/Usaquén.