#14 Chiloé : églises et gastronomie

Les grèves ont parfois du bon ! Nous avions acheté des billets de ferry pour Quellón, au sud de l’île de Chiloé, mais le port de Quellón étant toujours bloqué par les pêcheurs, le ferry nous a opportunément débarqué à Castro, la capitale de Chiloé, où nous avons réservé notre logement. Un transfert et une bonne heure de bus économisés !
(il faut savoir que nous aurions également pu être débarqués plus au nord, sans en avoir le choix, à Puerto Montt, et dans ce cas, bye bye l’Ile de Chiloé)

Chiloé est l’île principale d’un petit archipel proche des côtes du Chili. Nous avons bien failli zapper cette étape car en cette saison, le climat n’est pas forcément favorable (la semaine de pluie à Queulat nous a suffi…). Mais les prévisions météo étant bonnes, nous avons tenté notre chance et avons eu bien raison car la chaleur était même au rendez-vous.

C’est une étape plus culturelle, l’archipel est renommé pour ses nombreuses églises en bois, dont 16 ont été classées au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. On ressent aussi un esprit insulaire assez affirmé à Chiloé. Ce n’est pas du tout l’ambiance de la Corse, mais tout de même une identité locale ancrée dans des traditions, un folklore, une gastronomie, des légendes propres à Chiloé.

Castro est la plus grande ville de l’île mais on ne s’y sent pas pour autant oppressé. Nous avons pu apprécier la gentillesse de ses habitants dès notre arrivée. En effet, nous avons frappé par erreur à une autre cabaña que celle que nous avions réservée (mauvaise localisation sur Maps.me, ça arrive…). En bonne samaritaine, la propriétaire des lieux nous a accueillis et nous a donné un accès Wi-Fi pour contacter notre cabaña, puis a téléphoné elle même à notre propriétaire. Elle a été jusqu’à nous aider à porter notre paquetage pour nous remettre sur le bon chemin.

La ville a deux points d’intérêt architecturaux majeurs : ses maisons traditionnelles colorées sur pilotis (les palafitos) et sa belle cathédrale, construite dans le style chiloen, tout en bois.

On pourrait faire tout un pèlerinage dans l’archipel tellement il y a d’églises en bois à voir. Elles sont le résultat du métissage entre les indigènes et les espagnols. Évangélisés par les jésuites puis par les franciscains, les indigènes ont construit ces églises en s’inspirant de leurs techniques de construction navale. Ils ont créé ainsi une véritable école architecturale chiloenne. Les églises traditionnelles de Chiloé se trouvent quasiment systématiquement près du rivage. Leur taille est déterminée par l’importance des fêtes religieuses qui s’y déroulaient. La tour est à la fois un élément religieux sur lequel se dresse la croix et un point de référence pour les marins. Beaucoup d’entre elles ont deux ou trois étages, et ont une forme hexagonale ou octogonale, de manière à réduire leur résistance au vent.

Nous avons donc réalisé une véritable tournée pastorale en visitant pas moins d’une dizaine d’entre elles lors de notre séjour. Au-delà de toute considération de foi, leur simplicité, leur décoration modeste et épurée, tellement loin de la profusion baroque, donnent à ces églises un charme vraiment particulier. Certaines se laissent visiter jusqu’au clocher voire au cœur de la charpente. Parfois, il faut aller demander la clé au petit kiosque à souvenirs du coin. Les églises classées ont bénéficié de travaux de restauration, les moins chanceuses souffrent de la fragilité du bois. Elles sont disséminées non seulement sur l’île principale mais également sur les petites îles alentour que l’on rejoint en bac. Les balades sont très sympas, on embarque directement la voiture sur le bateau pour des traversées de 10 minutes maximum. Seuls moyens de relier les îles, les bacs sont en plus assez fréquents.

Bon, nous devons confesser qu’à la communion de la messe du dimanche, nous avons tout de même préféré la gastronomie chiloenne. En effet, en cette période estivale, les fêtes de village battent leur plein le week-end avec pour programme commun : plats locaux et musique folklorique. Nous nous rendons à celle de la plage de Quento, à une trentaine de kilomètres de Castro.

Une petite estrade est installée sur une grande pelouse avec quelques stands de restauration. Nous nous laissons tentés par deux d’entre eux.

Dans le premier, un cercle à même le sol est mystérieusement recouvert d’une bâche. On y fait mijoter LE plat typique de Chiloé : le curanto al hoyo. La recette est assez simple : creusez un trou circulaire, pas trop profond, mais assez large (il faut nourrir à peu près 400 personnes tout de même). Faites chauffer des pierres sur lesquelles vous disposez des moules, petites et géantes, des palourdes, des saucisses et des morceaux de boeuf ou de poulet. Recouvrez de nalca, des feuilles géantes qui ressemblent à de la rhubarbe. Sur les feuilles, disposez ensuite des galettes de pommes de terre de différentes variétés. Recouvrez d’une grande bâche et laissez mijoter pendant une heure. La bâche finit par gonfler comme un soufflé, et les arômes se mélangent. Retirez la bâche, et dressez vos assiettes avec un peu de tout. Il faut réserver dès l’arrivée si l’on souhaite en avoir dès la fin de la cuisson. Le coup de feu de midi passé, ce n’est plus nécessaire, on marche carrément sur les moules pour prendre une pelletée de ce qui reste !

LE SAVIEZ VOUS ?
L’île de Chiloé possède une belle collection de pommes de terre natives, qui sont des pommes de terre indigènes cultivées traditionnellement par le peuple Huilliche (Mapuche), qui consommait les pommes de terre bien avant la conquête espagnole.
Les conditions climatiques y sont favorables à la culture des pommes de terre : la région est maritime, il y a peu de relief élevé, le climat est océanique tempéré humide, les conditions sont les mêmes que celles de l’Irlande. Il existe environ 300 variétés de pommes de terre cultivées à Chiloé !

La papa entre dans pratiquement tous les plats de la cuisine de Chiloé. La présence de la mer apporte des fruits de mer et des poissons et les champs le bétail (porcs, agneaux, bœufs).

Les chapaleles sont les galettes de pommes de terre intégrées au curanto. Les pommes de terre sont cuites, écrasées, additionnées de sel, de farine, de saindoux et de grattons de porc, pétries pour en faire un mélange homogène puis moulées à la main. Elles sont ensuite cuites à la vapeur dans une des couches supérieures du curanto, souvent dans des feuilles de nalca (gunnera) qui donne à la pâte une couleur violette ou couvertes de branches de noisetier qui donnent un goût amer aux chapaleles.

Au second stand, 4 damnés font tourner inlassablement d’immenses brochettes de mouton dans une chaleur infernale. Ce sera le repas des enfants, peu adeptes des fruits de mer. Dans la file d’attente, nous sympathisons avec Eugenio, un retraité chilien en voyage organisé dans la région. Il nous parle un peu du floklore de Chiloé, visiblement très important dans l’identité culturelle chilienne. Pendant le repas, il nous fait même l’honneur de partager son vin ; un ange cet Eugenio.

Sur la scène, on danse la Cueca au son de l’accordéon et de la guitare. Traditionnelle du Chili, la Cueca se danse en couple ; chaque partenaire tient dans sa main droite un foulard blanc qu’il fait tourner et virevolter selon une chorégraphie bien précise. Le public danse également des valses sur des musiques traditionnelles de Chiloé dans une ambiance bal-musette comme dans nos campagnes.

On y mange bien à Chiloé. Lors de notre visite du village de Dalcahue, nous dégustons les meilleurs ceviches au poulpe et au saumon jamais mangés jusqu’à présent.

L »île nous fait beaucoup penser à la Normandie avec ses plaines et ses collines bien vertes à l’est et sa côte ouest plus sauvage avec de très jolies falaises. Sur la pointe Pirulil, un ponton fait face à l’océan Pacifique. Il s’agit du pont des âmes sur lequel la légende locale veut que les âmes des morts y attendent le passage du bateau qui les emmènera vers l’au-delà. Nous, c’est simplement pour Puerto Montt que nous prendrons le ferry !

Prochaine étape : cratère à bulles…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Cabana pour 4 personnes, très bien située, possibilité de stationner une voiture. Propriétaire très sympa. (réservation sur booking, mais également en direct via whatsapp)
« Cabana centro castro » +56 9 8468 5712
pasaje serrano 657

Les derniers kilometres pour El muelle de las almas (parque privado Tepuheico) est en très mauvais état. C’est passé en berline, mais nous avons eu un peu chaud, voir très chaud…

Les bacs qui relient les iles entre elles sont très fréquents et simples d’utilisation en voiture. On attend rarement plus de 5-10min

Pour acheter de la truite saumonée ou saumon frais de qualité : La tiendita, salmones antartica, 456 rue Serrano

Pizzaria Pomodoro, dans la rue Emilio Sotomayor. (ressemble enfin à des pizzas italiennes,

Si vous êtes sur Chiloé en Janvier/Février, renseignez vous concernant les fêtes traditionnelles, il y en a tous les week-end.