#13 Chacabuco, c’est pas Acapulco

Puerto Chacabuco a beau sonner comme Acapulco, la comparaison s’arrête là. Il n’y a franchement rien à faire à Puerto Chacabuco. Petit port de zone franche, il ne présente pas d’autre intérêt pour nous que d’y prendre un ferry pour notre prochaine étape : l’île de Chiloé.

Le seul et unique hôtel de la ville étant extrêmement cher, nous choisissons de dormir chez l’habitant (communément appelé « hospedaje »). On se dit que cela sera également l’occasion de mieux s’imprégner de la culture locale. Nous logeons chez une grand-mère qui propose les chambres de ses enfants, dans sa déco d’origine, s’il vous plaît. Nous dormirons donc en compagnie de Woody le cowboy et Buzz l’éclair, et les enfants avec les animaux de la savane.

Notre grand-mère est bien gentille mais elle parle aussi vite qu’un commentateur de foot sud-américain. En captant à peu près un mot sur trois, on arrive à reconstituer ce qu’elle veut nous dire, mais il faut être bien concentré et sans bruits parasites autour. Or, sa télévision est allumée en continu car elle passe ses journées à regarder le BFM TV chilien et les télénovelas. Bref, il faut bien se l’avouer, nous sommes encore très loin d’être bilingues en espagnol…Heureusement, nous avons pu échanger un peu plus facilement avec d’autres membres de sa famille venus lui rendre visite en ce dimanche : César, photographe à Santiago, et surtout Isabel, ancienne institutrice à Puerto Chacabuco, avec qui nous avons passé un moment très sympa. Elle enseignait aux enfants de 6 ans avec pas moins de 45 élèves par classe !

Le bateau était censé partir le lendemain soir de notre arrivée à Puerto Chacabuco. Le problème est que le Chili a aussi ses gilets jaunes. Les pêcheurs bloquent depuis plusieurs jours le port de Quellón, notre point d’arrivée sur l’île de Chiloé. Et cela fait déjà quelques jours que le conflit était censé s’arrêter. Nous ne sommes donc pas tout à fait sûrs de pouvoir quitter Puerto Chacabuco tout de suite. Le bateau n’est finalement retardé que d’une journée (super, une deuxième nuit avec Buzz et Woody), pour un départ prévu à 1h30 du matin… Durée du trajet : une trentaine d’heures, soit un bout de nuit, une journée et une autre nuit complète à passer sur le bateau avant de débarquer dans la matinée.

En attendant le ferry, on s’occupe comme on peut : repos, école et jeux (il y a tout de même de chouettes jeux à Puerto Chacabuco !).

L’embarquement se passe comme prévu et nous découvrons nos lits : un grand siège inclinable assez confortable. C’est mieux que ce que l’on craignait, surtout que le bateau est loin d’être rempli ce qui nous laisse de la place. Certains locaux ont même apporté leur tapis de sol et sac de couchage ! Par contre, les écrans télé crachent jusque dans la nuit, et certains passagers font peu de cas du sommeil des autres (les chiliens aiment bien regarder des vidéos sur leur téléphone et en faire profiter tout le monde, ou que ce soit…).

Pour nous, les repas sur le bateau se suivent et se ressemblent, sandwichs au jambon (on fait avec les moyens du bord), pendant que d’autres cuisinent carrément sur le bateau. Une famille chilienne a apporté son presse-agrume et son mixer pour confectionner le dîner. Adorable, elle nous fait goûter des moules assaisonnées au citron (pas très appétissant mais tout de même très bon !) .

Le trajet est long mais de toute beauté en nous faisant passer à travers un chapelet d’îles, éparpillées façon puzzle sur la mer. Et comme toutes les occasions sont bonnes, l’école se fait aussi dans la cafeteria du bateau ! Cette traversée est également l’occasion de rencontrer d’autres voyageurs : une famille franco/chilienne habitant Chiloé qui part se marier la semaine suivante ou encore un jeune couple d’américains qui voyage sous tente et sans date de retour (jusqu’à la fin de leur budget !)…

La trentaine d’heures de bateau est également l’occasion d’une petite introspection sur notre périple qui a débuté maintenant il y a tout juste 2 mois. Les semaines, globalement bien remplies, se sont succédées à une vitesse presque vertigineuse mais le voyage ne se résume pas pour autant à un enchaînement d’activités résumé dans des articles de blog et des belles photos. Le cap des 2 mois nous semble intéressant pour établir un premier bilan, la durée écoulée étant déjà bien supérieure à une période de congés traditionnelle. Au bout de 2 mois, l’état d’esprit « vacances » est totalement évacué, le voyage au long cours a pris le dessus. Quelles sont nos premières impressions ? Comment les enfants vivent-ils le voyage ? Bref, quel est l’envers du décor ?

Commençons par les enfants. Ils sont exactement comme à la maison : souriants, pas toujours obéissants et difficiles à réveiller le matin, curieux, chamailleurs, espiègles, preuve qu’ils vivent bien le voyage.

Ils sont même franchement de bonne composition pendant les longs trajets de bus, d’avion ou de bateau avec parfois des nuits pas terribles.

Pas de signe de lassitude pour l’instant, et, à notre grand étonnement même pas une seule fois la question fatidique : quand est-ce qu’on rentre ? En seulement 2 mois ils ont déjà accumulé tellement de souvenirs et d’expériences à raconter aux copains. Les copains, justement, sont très régulièrement dans leurs pensées. Heureusement, WhatsApp permet de maintenir le contact, et les rencontres avec plusieurs familles françaises également en tour du monde ont multiplié les nouveaux copains ! Quant à l’école, comme prévu, c’est quand il y a le temps. L’objectif étant d’en faire le plus régulièrement possible…

Pour les parents, le rythme a été trouvé et une nouvelle forme de quotidien s’est installée, entre les activités de la journée, les lessives, l’école, les courses, les repas, l’organisation des journées et des prochaines étapes, le tri des photos, le blog. Attention, pas de malentendu, nous ne sommes pas en train de nous plaindre, seulement dire qu’un voyage en tour du monde ne se vit pas du tout sur un rythme de vacances.
Nous sommes passés du mode « organisation bien en avance » à « réservation au fur et à mesure ». Si le premier mode semble plus rassurant et intéressant pour un voyage de courte durée, nous faisons face à de tels imprévus que la « non organisation » est moins stressante. Oubliées les réservations que l’on ne peut pas honorer car le bus est en retard ! Plutôt que de réserver par Booking, nous contactons les hébergements ou loueurs de voiture en direct grâce à WhatsApp qui fonctionne très bien en Amérique du sud. Et à défaut nous nous organisons une fois sur place. Le lâché prise prend forme !

Il reste que le plaisir du voyage est plus que jamais là. La Patagonie nous en a mis plein les yeux pendant ces deux premiers mois. Pour autant, nous avons bien envie d’avancer et de changer un peu d’environnement (un peu plus chaud peut-être…).

Prochaine étape : grenouilles de bénitier…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Naviera Austral
(https://www.navieraustral.cl) effectue des croisières/traversées à tarif extrêmement intéressant, surtout en tant que piéton. Différentes routes possibles, en ce qui nous concerne nous avons opté pour la « ruta cordillera » qui dure 31h et permet de rallier Puerto Chacabuco à Chiloé.
Pensez à prendre de quoi manger car, même s’il y en a à vendre sur le bateau, cela reste cher et pas très attrayant.