#05 Porvenir, petit détour pour les manchots rois


Punta Arenas a beau être la capitale de la région de Magallanes et de l’Antarctique chilien, elle ne présente que peu d’intérêt pour les voyageurs qui ne partent pas pour le continent blanc. A peine débarqués de notre croisière, nous préférons donc prendre un ferry quelques heures après pour rejoindre la ville de Porvenir, située sur la rive en face de Punta Arenas.

Le principal attrait de Porvenir est d’être la ville la plus proche d’une petite colonie de manchots rois, située à une centaine de kilomètres (en Patagonie, la notion de proximité est toute relative…). Les manchots empereurs n’étant visibles qu’en Antarctique, nous ne voulions pas manquer leurs cousins royaux présents uniquement à cet endroit du continent.

Sur le papier, Porvenir est la capitale de la Terre de Feu chilienne. Là encore, la notion de capitale est toute relative. Avec un peu moins de 6.000 habitants, la ville n’est pas très grande et a peu d’infrastructures. Son plan en damier rappelle celui du blason du drapeau de la Croatie, patrie des colons fondateurs de la ville à la fin du 19ème siècle. Il y règne un authentique parfum de bout du monde non dénué de charme avec ses rues quasi désertes, son port minuscule, ses chiens errants, ses supérettes qui ne vendent pas grand-chose, sa torpeur à peine perturbée par les rafales de vent…

La boulangerie du village

Le tour des logements est assez rapide et nous choisissons de séjourner dans l’ancien cinéma de la ville reconverti en hôtel. L’accueil de la réceptionniste est à l’image du climat de la Patagonie : pas toujours très agréable mais on fait avec.

On précise qu’elle ne reflète pas pour autant l’accueil des autres habitants de Porvenir. Nous avons eu l’opportunité de discuter avec un sympathique pécheur de king crabe, sur le point de partir en pleine mer. La pèche consiste à déposer des nasses entre 60 et 150m de profondeur puis de les relever 2 ou 3 jours après.

Nous consacrons notre première journée à chercher un moyen de transport pour nous rendre au parc des manchots. Notre quête se révèle ardue : il y a bien un office du tourisme mais visiblement personne n’y officie et nous n’avons pas trouvé d’agence qui organise des excursions. Il nous reste à trouver une voiture de location, ce qui nous semble loin d’être gagné… Miracle, une pension loue un petit 4×4, disons… en état de rouler. Parfait pour affronter les 100 kilomètres de piste jusqu’à la colonie le lendemain.

Ne pas se fier à l’extérieur de la voiture…

Nous cherchons toujours les habitants de Porvenir. Apparemment, ils ne sortent pas au restaurant le samedi soir car nous sommes les seuls clients là où nous dînons. Nous les retrouvons plus tard sur la place principale de la ville en train d’assister à la présentation des pilotes d’un rallye automobile local. La course a lieu le lendemain aux abords de la ville et son tracé passe (on vous le donne en mille) par la route menant au parc des manchots… Nous devrons donc faire un détour d’une vingtaine de kilomètres supplémentaires pour y accéder, mais heureusement par une très jolie route… pardon piste.

La colonie de manchots est située dans la « bahia inútil  », autrement dit la baie inutile car pas assez profonde pour les bateaux. Il semble que les manchots se sont rendus dans la baie pendant des centaines d’années avant de ne plus y remettre les pattes. Quelques individus ont commencé à y revenir il y a moins d’une dizaine d’années pour donner naissance à leurs petits, et la colonie (désormais réserve protégée) a grandi jusqu’à rassembler actuellement une quarantaine de manchots.

Les manchots ça se mérite, mais surtout ça mérite le détour. Même si nous ne pouvons les approcher, c’est un vrai bonheur de les observer. Tous les petits sont déjà partis en mer, mais il reste un petit retardataire qui attend encore de perdre le reste de son duvet juvénile.

Certains adultes ont une petite protubérance au niveau de leurs pattes, c’est l’œuf qu’ils protègent du froid. Ils semblent impassibles face aux rafales de vent alors que nous, même protégés par les palissades des points d’observation, sommes vite transis. Nous pourrions rester des heures à les regarder se dandiner mais nous n’avons pas le même plumage qu’eux…

LE SAVIEZ VOUS?
Le manchot roi, ou Aptenodytes patagonicus pour les scientifiques, est la seconde plus grande espèce de manchots parmi les 18 espèces de manchots qui existent dans le monde. On ne les retrouve que sur les iles sub-antartiques entre les latitudes sud 45° et 55°.

Au contraire de la majorité des autres manchots, le manchot royal ne nidifie pas. L’unique œuf pondu est gardé sur les pieds des parents, recouvert par un repli de peau du ventre. Les manchots restent en couple jusqu’à ce que le poussin soit grand. Ils s’occupent donc tour à tour de l’œuf puis du poussin. Pendant les 54-60 jours de couvaison de l’œuf, les parents s’en occupent alternativement par périodes de 6 à 18 jours. Celui des parents qui ne couve pas part se nourrir au large. Au retour d’un parent est entamée une action délicate : faire passer l’œuf d’un parent à l’autre. Il arrive parfois que l’œuf se casse pendant cette étape. Un manchot peut vivre en moyenne 25 ans.


Prochaine étape : les trois tours…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Aller voir les manchots rois, c’est faire un détour pour celui qui n’a pas son propre moyen de transport entre Ushuaia et Punta Arenas. Il y a l’option « excursion sur un jour », mais qui revient relativement cher et qui fait rentrer très tard, et il y a l’autre option que nous avons choisie à savoir d’y aller par nos propres moyens et de dormir sur place.

Horaires des bateaux navettes entre Punta Arenas et Porvenir : ICI
Sur le port, à l’arrivée du bateau, un collectivo attend les passagers souhaitant se rendre au village (1000 pesos). On ne peut pas le louper, c’est minuscule !

Location de voiture à Porvenir (60.000 pesos… quand même !) : voir ci dessous

Hébergement : nous étions à l’hôtel Espana. Moyen bof, mais a la mérite de ne pas être cher et est propre.