#22 Sucre : cratère, dinosaures et carnaval

Alors non, on préfère lever tout de suite l’ambiguïté : Sucre n’a aucun rapport de près ou de loin avec le sucre ou toute autre sucrerie. Rebaptisée en l’honneur d’un maréchal qui a combattu aux cotés de Simon Bolivar, la ville est le creuset de l’indépendance bolivienne. C’est ici qu’a été forgée la république bolivienne. Sa charge historique est tellement forte que, même délaissée au profit de La Paz pour accueillir le siège du gouvernement à la fin du 19ème, elle garde le statut de capitale (constitutionnelle) aux cotés de La Paz (et les Sucréniens y tiennent beaucoup !).

Nous avons prévu de nous reposer un peu à Sucre, en particulier après le road trip d’Uyuni, et de rattraper un peu l’école…

Avec sa traditionnelle place d’armes, ses arcades et ses édifices coloniaux, Sucre possède un très beau centre historique qui lui a valu d’être classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Par contre, peu de chances que le carnaval de Sucre soit classé au patrimoine culturel de l’humanité. Soyons clairs, il vaut mieux carrément éviter la ville durant cette période si l’on veut vraiment l’apprécier… 

Le propriétaire de l’hôtel où nous résidons, un français installé à Sucre depuis plusieurs années, nous met en garde : il vaut mieux sortir le matin et rester confiné (tiens donc, déjà ?!) l’après-midi. On comprend vite pourquoi : à Sucre, le carnaval se résume à une bataille d’eau et de mousse à l’échelle de la ville. En bref, tout le monde arrose tout le monde, partout, tout le temps. Et ça va crescendo la semaine précédant le jour du carnaval. Ça tombe bien, pile pendant notre séjour à Sucre.

Au début, l’ambiance bon enfant n’est pas désagréable. Les défilés en fanfare se succèdent, les cortèges se font arroser et les jeunes s’aspergent de mousse entre eux. Puis, de jour en jour, l’ambiance change. On commence à arroser plus largement les passants et les touristes… A partir du week-end précédant le carnaval, l’ambiance tourne carrément à la guérilla urbaine. Les bombes à eau pleuvent de partout : de la rue, des toits des maisons, des fenêtres des bus, de l’arrière des pick-up. Impossible de se promener sereinement dans la ville, nos sens sont constamment en alerte pour repérer d’où viendra le prochain tir. Et les enfants apprécient moyennement d’être également des cibles… 

Le seul répit est le matin, lorsque tout le monde cuve. Évidemment, les festivités sont bien arrosées dans tous les sens du terme : le grand sport est de s’enivrer le plus vite possible au « leche de tigre », une boisson populaire bolivienne plus ou moins alcoolisée selon ce qui est ajouté (parfois de l’alcool à 70°…). Sachant que certains commencent à boire l’après-midi, on vous laisse imaginer leur état le soir. Et cela, pendant plusieurs jours d’affilée jusqu’au jour du carnaval…

Heureusement, il est toujours possible de se réfugier au marché couvert et y déguster de délicieux jus de fruits. De tous les marchés visités jusqu’à présent, c’est probablement notre préféré.

Il ne faut pas croire pour autant que nous n’avons rien pu visiter de Sucre. Certains quartiers sont plus tranquilles que d’autres, l’épicentre des hostilités étant les rues proches de la place d’armes. Nous avons ainsi pu trouver asile et paix au couvent de San Felipe de Néri. La visite culmine par une marche sur les toits pour profiter de la vue panoramique sur la ville.

Petit bonheur pour les enfants, Sucre possède un super petit parc de jeux sur le thème des dinosaures avec des toboggans de la hauteur d’un diplodocus…

Ce thème des dinosaures n’est pas un hasard. A la sortie Est de la ville se trouve le plus grand site du monde de traces de dinosaures. Découvert par hasard par des ouvriers d’une cimenterie en creusant la montagne, le site est devenu un parc pédagogique : le parque cretácico dont la visite vaut le détour. Grâce à Grover, un guide parlant français, les enfants ont vraiment apprécié les explications et les superbes maquettes grandeur nature.

Pas moins de 12 092 traces appartenant à 4 familles de dinosaures ont été recensées : théropodes (carnivores bipèdes), ankilosauridés (herbivores à carapaces), ornithopodes (oiseaux) et sauropodes (herbivores géants à long cou). Le plus surprenant est qu’il faut lever la tête pour les observer ; en effet, elles sont sur une paroi inclinée quasi à la verticale. L’abondance de traces s’explique par la présence initiale d’un lac auquel les dinosaures venaient s’abreuver. Le mouvement des plaques tectoniques pendant des millions d’années a soulevé tout le relief. 

Cerise sur le gâteau, le parc propose une nouvelle activité ouverte depuis seulement la veille : une visite virtuelle du site à l’époque à laquelle les traces ont été laissées par les dinosaures. Une petite expérience immersive que les enfants ont adorée.

Le dimanche, nous visitons le marché de Tarabuco, situé à 1 heure de Sucre. C’est LE grand marché de la région. Les stands sont moins nombreux qu’à l’ordinaire du fait du carnaval, mais il est tout de même très coloré et très animé. Malheureusement, ici aussi, les arroseurs et les bombes de mousse à raser sévissent…difficile de sortir l’appareil photo sans risquer de s’en prendre une.

Sucre a également quelques bonnes tables où l’on peut vraiment bien manger. Attirés par la perspective de déguster de la cuisine française, nous n’avons pas résisté au restaurant jouxtant l’alliance française qui est absolument délicieux. Ambiance française également, mais dans un cadre plus familial avec seulement quelques tables au « Petit parisien ». L’intérêt repose surtout sur Anna, la gérante-serveuse-cuisinière de l’établissement. Anna, c’est un personnage haut en couleurs avec son air de Zizi Jeanmaire version bolivienne. Son goût pour la France, elle l’a rapporté de ses années passées à Paris en tant que fille au pair. Elle parle très bien français et propose une carte de petits plats bien de chez nous. Cela faisait des mois que les enfants n’avaient pas mangé de quiche lorraine…

Autre corde à son arc, Anna est également guide et propose des treks dans la campagne de Sucre. Après avoir choisi la fenêtre météo la moins pire de la semaine, nous décidons de partir avec Anna pour un trek de 2 jours. L’objectif est de rejoindre le village de Maragua, un village quechua niché au milieu de la montagne pour y passer la nuit, puis revenir sur Sucre. Au programme, 20 kilomètres de marche le premier jour, et une quinzaine le deuxième. Rien que ça !

Nous partons à 8h30 mais l’instant de prendre un premier bus, puis un deuxième (qui ne part qu’une fois plein), de faire quelques courses au marché pour nos pique-nique, et de rejoindre le lieu de départ du trek, à une soixantaine de kilomètres de Sucre, nous commençons la marche peu avant midi, le soleil est encore avec nous. Après avoir été déposés dans une espèce de village abandonné, nous empruntons un ancien chemin inca qui descend vertigineusement à flanc de montagne.

Les nuages menacent au loin, mais nous espérons encore être épargnés par la pluie. Elle finit par nous rattraper alors que nous poursuivons la descente jusqu’au bas de la montagne afin de pouvoir traverser une rivière et remonter de l’autre côté. Et là, ça devient franchement épique… Ah oui, nous avons oublié de préciser : il n’y a pas de pont, la traversée se fait à pied. En temps normal, aucune difficulté particulière, la rivière est assez basse.

Oui, mais quand nous arrivons au bord, nous découvrons une rivière en crue, gonflée par les pluies des derniers jours, et un courant qui vous fait réfléchir à deux fois avant d’y tremper les pieds… Anna demande alors à un local de nous conseiller un passage et de nous aider à traverser. Il nous recommande plutôt d’attendre que la rivière baisse, c’est parfois l’affaire d’une heure ou deux. Sauf que la pluie commence à s’intensifier et après ce que nous avons descendu, nous n’avons franchement pas envie de faire demi-tour… Armé d’un bâton, Arnaud part finalement en éclaireur à la recherche d’un passage, avant que la rivière ne grossisse davantage.

L’eau arrive aux genoux et le courant charrie des pierres dans les jambes, mais ça finit par passer. Un gué a été trouvé et le convoyage peut commencer : Arnaud transporte les sacs, puis les enfants sur le dos… jusqu’à un petit îlot central.

Il faut de nouveau trouver un gué pour rejoindre la rive opposée, et recommencer le convoyage ! Finalement, nous n’avons pas tergiversé trop longtemps et perdu que peu de temps. La randonnée se poursuit sous une pluie battante et le chemin ressemble à un torrent à certains endroits. Étrangement, aucune plainte n’est émise, les enfants s’amusent même du parcours sous la pluie.

Nous atteignons finalement le village de Maragua à la tombée de la nuit, complètement trempés.

Nous logeons pour la nuit chez des amis d’Anna, Sévérine et Ciriaco, natifs du village. Le confort y est tout ce qu’il y a de plus sommaire : pas de toilettes ni de salle de bains, cuisine au feu de bois, pas de chauffage (pour les toilettes, c’est au fond de la maison abandonnée juste à coté – en face de l’église). Le lit est un matelas de paille sur lequel on empile les peaux de moutons et les couvertures en laine de lama. Sévérine et Ciriaco ne parlent que la langue quechua. Anna, dont la mère parlait le quechua, fait l’interprète.

Derrière une certaine réserve, ils se révèlent d’une telle gentillesse sincère et simple. Ils sont fiers de nous montrer leur jardin, leur champ, leur stock de blé, grâce auxquels ils sont auto-suffisants en dépit de leur isolement.

Le lendemain matin, nous découvrons le village de Maragua, posé au fond d’un immense cratère dont l’origine est discutée : volcan ou météorite ? Toujours est-il que la terre y est très fertile et l’agriculture assez développée. Enfin, sans mécanisation, tout est récolté à la main…

Le village, difficilement accessible par la route, est à 15 kilomètres d’un transport public.

Il y a pourtant une école qui accueille 180 enfants, de la maternelle au lycée. Tous les élèves ne viennent pas de Maragua, mais d’autres villages aux alentours. Certains résident à plus de 2 heures de l’école et seuls ceux habitant à 3 heures minimum peuvent bénéficier du pensionnat ! Anna nous précise qu’une petite fille de l’âge de Thomas traverse la montagne par tous les temps, parfois toute seule, pendant plus de 2 heures pour aller à l’école… (dommage, avec le carnaval, chacun est chez soi – pas d’école cette semaine !)

Le village surplombe un immense canyon où serpente la fameuse rivière que nous avons dû affronter la veille. Une cascade impressionnante se jette du haut du village jusqu’au fond du canyon. Le chemin du retour se passe sans encombres et sous le soleil, mais du coup semble tellement moins trépidant.

Le retour sur Sucre se fait en bus. Il remonte par la route tout ce que nous avons descendu le premier jour par le chemin des Incas. Résultat, la route serpente le long de pentes vertigineuses. Âmes sensibles s’abstenir…

Nous retrouvons donc Sucre et son ambiance carnavalesque de plus en plus pesante à mesure que l’on se rapproche du jour du carnaval. Nous décidons de partir juste avant, avant que plus aucun chauffeur de bus ne soit en état de conduire !

Nous profitons d’une dernière petite visite, celle de l’hôtel Parador Santa Maria La Réal, avant de quitter la ville. Cet hôtel de luxe peut se visiter librement, voire avec le propriétaire des lieux lui-même ! Celui-ci nous accueille très gentiment et nous fait la visite des salons, des terrasses, du spa. Les salons sont richement décorés avec des meubles français du 19ème siècle. Les riches Sucréniens de l’époque voyageaient jusqu’à Paris d’où ils ramenaient des meubles et une certaine influence française.

A Sucre, les défilés se succèdent, les batailles d’eau s’intensifient, la consommation d’alcool dans les rues aussi, il est vraiment temps que nous partions. Notre bus part en soirée, il nous reste juste à rejoindre la gare routière. Sauf que les défilés passent maintenant pile sous les fenêtres de l’hôtel et que ça arrose de partout ! Avec nos gros sacs, nous risquons d’être des cibles faciles, d’autant qu’il faut réussir à attraper un taxi au milieu d’une circulation bien perturbée par les défilés… S’ensuit alors une opération « extraction » en mode commando : nous sortons de l’hôtel entre deux défilés, courons jusqu’à la rue principale, attrapons un taxi au vol, jetons les bagages dans le coffre, nous engouffrons à toute vitesse dans la voiture, et filons sans demander notre reste !

Prochaine étape : l’autre capitale…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

HEBERGEMENT A SUCRE
Olivier est français et possède l’hotel La Dolche Vita.
Extrêmement bien situé à 2 pas du marché principal, possibilité de cuisiner, salle commune avec une tv, un patio bien tranquille et prix très raisonnable (nous sommes restés une semaine mais n’avons pas payé le nuit, en plein milieu du séjour, lors de notre treck à Maragua).
+591 (4) 69 12014
reservation@DolceVitaSucre.com

TRECK A MARAGUA
Nous avons effectué ce treck avec Anna ; Guide et propriétaire du restaurant « Le p’titparisien ».
Le plus simple est d’aller a sa rencontre au restaurant pour organiser le treck. Mais il est aussi possible de la joindre via le whatsapp de sa fille +591 68646130

NOS RESTAURANTS COUP DE COEUR

La taverne, à l’alliance française. Plats de viandes absolument délicieux et avec le vin qui va bien !
Cosmo Café, sur la place 25 de mayo. Plats typiques boliviens ou pour un bon gouter/petit déjeuner
Le ptit parisien, pour une quiche lorraine ou une petite raclette

LES VISITES BIEN SYMPAS :
Convento de San Felipe de Neri. Surtout pour la balade sur ses toits
Hotel « Santa Maria La Real ». Le propriétaire nous a fait visiter les lieux, de la cave aux toits, et ceci gratuitement. Bâtiment de style colonial datant du 18e siècle
Quartier de la Recoleta et son belvédère
Parc Libertador Simon Bolivar et ses jeux pour enfants
Mercado central. On y trouve de tout, très pratique quand on a sa propre cuisine
Tous les bus collectivos partent du marché
Mercado Campesino, 100% local 0% touristes
Parque cretácico, pour y découvrir des traces de pas de dinosaures authentiques et des maquettes grandeur nature. Guide français sur place, il suffit de demander !

Nous avons failli prendre un cours de cuisine Bolivienne, ça avait l’air bien sympa
La boca del sapo
+591 73430518

LES RECOMMANDATIONS DE NOTRE LOGEUR A SUCRE :
Ne pas faire d’économie sur les bus en Bolivie : il vaut mieux mettre quelques Bolivianos de plus pour avoir une bonne compagnie (bus révisés plus souvent).
Il est aussi recommandé de monter dans des bus où il y a déjà des locaux : le taux d’accident a beaucoup baissé ces dernières années et était surtout lié au niveau d’alcool dans le sang des chauffeurs. Les locaux ont pris l’habitude de surveiller l’état d’ébriété des chauffeurs…

En cas de gros orage, ne pas se promener en ville, et en particulier sous les lignes électriques. Autant éviter les électrocutions … car quand on voit l’état de leurs installations, ce n’est pas étonnant !