#20 Toujours plus haut : sud Lipez et Uyuni

Un nouveau road trip nous attend ! Mais cette fois, pas de conduite, pas de cuisine, pas de logements à chercher. Nous nous en remettons à Edwin et sa femme Lucie pendant 5 jours pour nous faire découvrir la région du sud Lipez. Lui sera notre guide et se chargera de la conduite et des hébergements, elle nous concoctera les repas. Bref, nous nous laissons porter pour les 5 prochains jours.

Le périple se fait en gros 4×4 car là où nous allons, il n’existe aucune route bitumée. Il faut également partir avec de l’essence, de l’eau, la bouteille de gaz et de la nourriture pour 5 jours…

Après avoir chargé nos gros sacs sur le toit du 4×4, nous partons au petit matin sur les pistes du sud Lipez. Nous aurons beaucoup de routes au cours des prochains jours.

Le point d’orgue de la première journée est une petite merveille géologique : « la ciudad encantada », autrement dit la ville enchantée. De grandes tours de sable solidifié sculptées par le vent se dressent devant nous. Certaines sont creusées comme des cheminées et on peut pénétrer à l’intérieur tels des spéléologues. Nous ne nous en rendons même pas compte, mais nous sommes déjà à 4001m d’altitude.

Nous passons ensuite de la ville enchantée à un village fantôme en nous arrêtant au « pueblo fantasmo ». Nous sommes maintenant à 4 700m d’altitude, Edwin nous dépose en haut de la colline pour nous éviter une grimpette qui risque de nous essouffler rapidement.
Le site, habité par les indiens pendant 200 ans, était riche en minerais. Les Espagnols, arrivés dans la région en 1520, ont réduit les habitants en esclavage et ont bâti un village qui s’est rapidement développé autour de l’exploitation minière.

A tel point que l’afflux de richesses a amené son lot de violence et de crimes. La légende dit qu’un jour, une jeune femme dénommée Maria Picha Picha est arrivée au village. Envoyée comme châtiment par Dieu ou incarnation du diable (cela dépend des versions), elle a semé la mort tout autour d’elle. Quiconque la touchait ou s’approchait d’elle tombait malade et mourait.

Tous les habitants ont fini par quitter le village en 1610. Considéré comme maudit, le village est depuis lors tombé en ruines et il est toujours déconseillé de s’y promener la nuit. En revanche, il est devenu le domaine des vizcachas, sorte de gros lapins à grande queue (avec notre oreille experte en espagnol, vizcachas se transformera rapidement en biscacha puis Pikachu par toute la famille !)

Pour rejoindre notre hébergement, nous franchissons un col à un peu plus de 4 900 m d’altitude, puis nous redescendons un peu pour atteindre un minuscule village où nous allons passer notre première nuit à plus de 4 000 m. On a beau avoir un chauffeur et une cuisinière, les conditions sont plutôt spartiates. Un dortoir en guise de chambre et pour la douche, il faudra plutôt s’en passer pendant les 5 prochains jours… Nous avons tout de même de la chance car nous sommes en été, polaire et doudoune suffisent en soirée (il parait qu’en hiver, on se transforme en glaçon !).

Arrivés à l’heure du dîner, Lucie nous sert tout de même une collation type gouter qui nous laisse perplexes sur le coup… avant de servir le dîner.

Cette première nuit à 4 000 m ne nous aura pas posé de soucis particuliers. Il faut dire que cela fait près de 2 semaines que nous ne sommes pas redescendus en-dessous de 2 500 m. Nos organismes ont eu le temps de s’acclimater et les enfants n’ont rien ressenti du tout. Plutôt bon signe pour la suite de la Bolivie.

La deuxième journée débute par la visite d’une petite bergerie de lamas. Réunis dans un enclos de pierre pour passer la nuit, ils ont tous des petits pompons de couleur accrochés aux oreilles. Chaque troupeau a ses propres pompons de couleur afin de distinguer les propriétaires.
A cette époque, il y a beaucoup de bébés. Edwin nous explique que tous les lamas sont domestiqués (alors que les vigognes sont sauvages). Ils peuvent vivre jusqu’à 12 ans, mais finissent régulièrement dans une assiette vers 8 ans. Chaque lama se vend environ 800 bolivianos (soit environ 100€). Les éleveurs, totalement isolés, prennent le seul bus hebdomadaire qui passe pour aller vendre leurs lamas… on imagine bien la scène du lama dans un bus !

Les paysages s’enchaînent entre les lacs de flamants roses et les montagnes aux douces couleurs pastel, dont celles du désert Salvador Dalí. Il doit son nom au fait qu’il ressemble aux paysages désertiques peints par Dalí dans nombre de ses tableaux.

Nous continuons notre route vers les lagunas blanca et verde. Verde … en théorie due à une importante concentration de plomb, soufre, arsenic et carbonates de calcium. Mais cela dépend aussi du sens du vent. On va dire qu’il est vert pâle 😉
A son pied, le majestueux volcan Licancabur et ses fumeroles qui culminent à 5 916m. Il marque la frontière entre le Chili et la Bolivie.

Nous poursuivons avec une petite escale dans des termes au pied du désert et des volcans (les photos ne montrent pas la foule de touristes, mais nous ne sommes pas seuls !). On s’y attarderait bien, mais avec l’altitude et la chaleur de l’eau, il est recommandé de ne pas y rester plus de 15-20 min.

Nous arrivons ensuite sur un des sites les plus spectaculaires : les geysers de Sol de Mañana, situés à 4 850 m d’altitude. Ici, l’activité géothermique se voit, se sent et s’entend. Le vent souffle tellement fort en cette fin de journée que les enfants retournent rapidement dans le 4×4. Ça fume, ça crache, ça siffle et ça mijote. Pas de barrières, on évolue au milieu d’un champ de petits cratères de boue bouillonnante à ses risques et périls. Il vaut mieux être prudent, le sol n’est pas toujours stable. Mais le spectacle de voir les bulles de boue se former à la surface de ces marmites naturelles est tellement fascinant…

Une petite balade le long de la laguna colorada termine la journée. Cette fois, les flamants roses y sont par milliers.

Dès notre arrivée à l’hébergement, Edwin vide le 4×4 pendant que Lucie s’affaire à la cuisine. Elle est pleine de ressources et nous concocte des bons petits-déjeuners, déjeuners et dîners différents avec ses seules provisions.

Notre troisième jour nous rapproche du salar d’Uyuni, le site tant attendu. Après une longue journée de route à nouveau ponctuée de lacs de flamants roses, de jolis paysages tels que l’arbol de piedra, et de champs de quinoa, nous arrivons aux portes du désert de sel.

LE SAVIEZ VOUS?
Il est possible d’observer trois espères de flamants roses dans le sud lipez.

Le flamant chilien (Phoenicopterus chilensis) aussi appelé Tokoko. D’environ 1,05 m, il exhibe un plumage saumon virant au rouge, ainsi que des plumes noires. Son bec est blanc rosé avec la pointe noire.

Le flamant andin (Phoenicoparrus andinus), appelé aussi Parina Grande et localement Chururu, est le plus grand (1,10 m). Il présente un plumage d’un rose vif, mais le tiers postérieur de son corps est recouvert d’un plumage noir, tandis que la partie supérieure de son thorax dévoile des nuances violettes. Son bec est noir, mâtiné de colorations jaunes. Ses pattes sont jaunes.

Le flamant James ou Parina Chica (Phoenicoparrus jamesi) est appelé ici Jututu. C’est le plus petit, il ne mesure que 0,90 m environ. La couleur de son plumage est rose, mais le tiers postérieur de son corps exhibe un plumage noir, moins vif cependant que celui du flamant andin ; le bec est moins courbé que chez les autres espèces et révèle des teintes jaunes virant à l’orange, avec une petite tâche noire sur la pointe. Ses pattes sont de couleur rouge.

Nous logeons dans un petit hôtel de sel avec vue sur le désert : murs, tables, lits (pas les matelas on vous rassure) sont en sel.

Au sein du petit village où nous résidons, une ancienne grotte sous-marine découverte par un habitant révèle qu’un immense lac plus élevé s’étendait à la place du salar. La grotte a été privatisée par le découvreur lui même qui a installé une porte, dont il garde précieusement la clé, ainsi qu’un petit circuit électrique pour éclairer la grotte. Casques vissés sur la tête, nous découvrons à notre tour les sculptures de corail calcifiés laissés par le lac il y a une dizaine de milliers d’années.

Des momies ont également été découvertes près du village. Cette fois il faut s’adresser au seul commerçant du coin pour aller les voir. Il tient boutique tout près de l’entrée du désert. Il nous demande de le suivre et ouvre juste après son congélateur. Pendant un bref instant, nous avons cru que les momies étaient conservées dedans ! Un fou rire nous prend, il n’en sort que des bières pour le chemin… Les momies sont en fait restées là où elles ont été découvertes, dans une grotte à la sortie du village que les conditions de lumière et d’humidité permettent de préserver. Trois momies sont exposées, deux plutôt bien conservées, la troisième ressemble à celle de Rascar Capac dans Tintin et les 7 boules de cristal. Notre commerçant-guide nous indique qu’elles sont de culture Chullpas et datent d’environ 2 500 ans. Comme elles n’ont apparemment pas fait l’objet d’une étude scientifique, nous sommes obligés de le croire sur parole… L’une d’elle est une jeune femme morte en couche. Son crâne allongé est le signe d’une haute naissance. Toutes sont en position fœtale, car dans cette culture, on repart dans la mort comme on est arrivé dans la vie pour permettre une renaissance. Les bières emmenées pour le chemin sont en fait destinées aux momies et laissées à leurs pieds en guise d’offrandes…

Pour finir la journée, nous faisons une petite incursion sur le salar au coucher du soleil. Le désert est d’un blanc immaculé, il n’a pas plu depuis des semaines ici. Un vent particulièrement fort nous laisse à peine profiter du moment. Ce n’est pas grave, nous allons le traverser demain pour aller randonner sur le volcan … jusqu’à 5 000 m, puis le parcourir le dernier jour. Par contre, lever à 4h30 du matin pour profiter du lever du soleil !

Enfin ça, c’était sans compter sur la météo. Un gros orage éclate le soir même et au petit matin, nous retrouvons le salar complètement inondé ! Nous entrons de nuit sur le salar recouvert d’une dizaine de centimètres d’eau. La route a totalement disparu sous l’eau et nous nous guidons seulement grâce à Maps.me ! Quelques phares de voitures se reflètent au loin, mais impossible de se repérer.
Edwin éteint finalement le moteur pour attendre que la lumière pointe le bout de son nez. L’horizon se confond totalement avec le désert, il n’y a quasiment plus aucun points de repère…

S’il y a 10 cm là où nous sommes, c’est qu’il y en a beaucoup plus pour accéder au volcan. Nous devons changer de plans car il est impossible d’y aller. Sans compter que maintenant, il est recouvert de neige, la randonnée est impossible. Petite déception … le road trip est donc écourté d’une journée.

Nous parvenons tout de même à accéder à l’île d’Incawashi (oui il y a des îles sur le salar et là on les voit bien !) pour profiter d’un beau point de vue sur le salar et prendre le petit-déjeuner. En temps normal, les touristes se pressent en masse pour y voir le lever de soleil. Nous y serons seuls, les autres chauffeurs n’ont pas osé s’y aventurer avec le niveau d’eau !

Puis nous traversons l’immense étendue d’eau à 20 km/h (là où d’habitude les 4×4 roulent entre 90 et 100…). Si Edwin roule plus vite, le sel risque d’endommager le circuit électrique de la voiture. Alors forcément c’est long… très long… particulièrement long… presque hypnotisant. 3h30 de ligne droite avec pour seul point de repère quelques montagnes qui se détachent de l’horizon. Pour ne pas s’endormir sur la route, Edwin mâche de la coca (pour rappel on est levé depuis 4h)…

De fait, c’est totalement râpé pour les photos avec les effets d’optique. Par contre, les reflets sont magnifiques et donnent un effet renversant. Et quel bonheur de marcher pieds nus à la fois dans l’eau et sur le sel. Une expérience totalement complémentaire aux grandes salinas de Salta.

Le monument du Dakar marque la fin du salar avant de rejoindre la route asphaltée jusqu’à la ville d’Uyuni (première vraie route depuis 4 jours, ça fait presque bizarre…).

La ville d’Uyuni est vraiment moche. Le seul point d’intérêt est son cimetière de trains dans lequel des locomotives antiques rouillent au soleil. On monte d’une locomotive à l’autre, on grimpe sur les toits, on se faufile le long des wagons, tout est possible à condition d’être à jour de son vaccin contre le tétanos… Nous quittons ensuite Edwin et Lucie pour un bus en direction de Potosi.

Prochaine étape : la ville Tonnerre

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Notre guide dans le sud Lipez et Uyuni :
Edwin et sa femme Lucie ont travaillé des années pour l’agence Alexandro tour.
Edwin a très récemment monté sa propre agence « Tupiza Eco Travel Tours »
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www.tupizaecotraveltours.com
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