#03 Ushuaia – La fin du monde

« Bienvenue à la fin du monde » !
Voilà comment Ushuaïa accueille ses visiteurs. La ville la plus australe du monde attire apparemment davantage les touristes que les résidents argentins (bon, il y a querelle entre l’Argentine et le Chili sur ce point, chacun revendique avoir la plus au sud).

Une jeune ingénieure, qui nous a pris en stop, nous a expliqué que les salaires y étaient nettement supérieurs au reste de l’Argentine pour attirer les compétences et faire accepter les conditions climatiques un peu rudes (elle-même ne compte y rester que 3 ans). Le responsable du club de plongée local, ancien pilote de ligne, a initialement été muté ici comme directeur de l’aéroport après avoir déplu à sa hiérarchie… La visite de l’ancienne prison de la ville nous confirme que vivre à Ushuaïa s’apparente davantage à une punition qu’à un esprit pionnier dans l’imaginaire argentin. D’ailleurs, les touristes eux-mêmes y restent rarement très longtemps.

Nous avons fait le choix de nous y poser une semaine entière, histoire de bien profiter du climat estival de la Terre de Feu : un soleil qui peine à percer une couverture nuageuse presque constante (la pluie n’est jamais loin), de la neige restée accrochée aux montagnes qui enserrent la ville, un vent à décorner les guanacos (ça doit être pour ça qu’ils n’ont pas de cornes), un mercure qui oscille entre 5° et 10° (il a grimpé une journée jusqu’à 15°, on a frôlé l’alerte canicule !), bref un vrai bel été austral… C’est donc revêtu de nos multiples couches (on n’ose à peine imaginer les conditions en hiver) que nous avons arpenté la « fin del mundo » avec plusieurs randonnées au programme.

La première, au cœur du parc national de la Terre de Feu, est une jolie mise en bouche, ou plutôt une jolie « mise en boue » (ho ho ho…). Nos 8 pieds pataugent en effet allègrement dans la boue presque tout au long du sentier pour le plus grand plaisir des enfants. Nous ne le savions pas encore, mais ce n’était qu’une petite pataugeoire…

LE SAVIEZ VOUS?
« Tierra del Fuego » est le nom donné à l’île par les premiers explorateurs européens qui s’aventurèrent sur ces terres. En découvrant ce lieu, ils virent des feux en mouvement dans l’obscurité. En effet, les peuples indigènes Selk’nam et Yaghan qui habitaient ces terres, portaient peu (voir pas) de vêtements et utilisaient des feux pour se réchauffer.

 » Maman, je t’ai fait un bouquet pour ton anniversaire »
40 ans à Ushuaïa !

Et en guise de second cadeau d’anniversaire, une sortie plongée dans les eaux fraiches (euh… froides ! 7°) du canal de Beagle. Une véritable expérience pour Véronique qui n’a jamais plongé en combinaison étanche.

Vous vous demandez peut être ce qu’il peut bien y avoir dans cette mer ?
Entouré par de gigantesques kelps (algues géantes), on découvre un monde de crustacés, dont le Crabe Royal spécifique à la Patagonie, également riche en petites bêtes (quelques centimètres) très colorées.

LE SAVIEZ VOUS?
Le Crabe royal de Patagonie (ou Lithodes santolla)
Considéré comme le crustacé le plus grand du monde, ce crabe peut peser jusqu’à 10 kg et atteindre 1,5 mètres d’envergure. Vivant dans les eaux froides des mers intérieures de Patagonie jusqu’à 600 m de profondeur, il est pêché en grande quantité dans le canal de Beagle et le détroit de Magellan, sa chair étant très recherchée des gourmets. Seules ses 10 gigantesques pattes sont consommées… La pêche intensive du Crabe royal de Patagonie a nettement diminué la population de ce crustacé qui tend à se raréfier. De ce fait, son prix augmente également fortement dans les restaurants.

Après quelques hésitations, nous avons suivi les conseils des locaux pour préparer notre deuxième randonnée jusqu’au lago Esmeralda : louer des bottes. Le sentier est réputé particulièrement boueux (tiens donc !), et le plaisir de patauger n’en sera que meilleur puisque ce ne sera pas avec nos chaussures… En plus, il est possible de faire le trajet jusqu’au départ de la randonnée en auto-stop ; c’est l’occasion de nous y essayer.

Malgré la concurrence d’autres auto-stoppeurs, nous n’attendons finalement que 20 minutes avant qu’un Argentin ne s’arrête (merci les enfants !). Il fait même le détour pour nous déposer au départ de la randonnée. La location des bottes s’avère judicieuse : le sentier, régulièrement recouvert de boue, finit par traverser de véritables champs de tourbe dans lesquels on peut s’enfoncer jusqu’aux chevilles avant d’atteindre le lac.

Après les bains de boue, nous avons décidé de varier les plaisirs et de randonner jusqu’aux neiges du glacier Martial, juste derrière la ville. La glace est fondue en été mais des pans de neige restent accrochés à ses pentes : une occasion immanquable pour les amateurs de luge sur sac poubelle !

Entre deux randonnées, nous glissons une petite escapade au sein d’un élevage de chiens de traîneau. L’été ne permet malheureusement pas de faire de traîneau, mais la ballade avec plusieurs chiens dans la forêt nous fait passer un moment « Jack London » très sympa, surtout pour Thomas qui a réussi à surmonter sa peur des chiens.

Ces chiens, au nombre de 150 dans cet élevage, participent parfois à des courses de traîneau sur le continent américain. Malheureusement, entre le coût d’entretien des chiens et surtout celui du transport pour se rendre aux compétitions (sans compter le cours du peso argentin victime de l’inflation), cela fait quelques temps qu’ils n’ont pas concouru. Liliana et Hugo, leurs propriétaires, espèrent bien y envoyer une équipe cette année…

Nous passons notre dernière journée à Playa Larga, la plage d’Ushuaia (si, si, il y a une plage à Ushuaia !) située à quelques kilomètres de la ville. Le dimanche, les familles y viennent faire des barbecues et passer du bon temps (inutile de préciser que personne ne se baigne…sauf en combinaison étanche). Un joli sentier longe la côte dans un paysage rappelant presque nos côtes normandes ou bretonnes.

LE SAVIEZ VOUS?
Au jeu du « Moi je suis le plus au sud », entre les chiliens et les argentins, vous avez :
– Ushuaïa, située en Argentine à 54° 48′ de latitude sud, la ville la plus australe du monde. Sa population a largement dépassé le cap des 20.000 habitants (seuil pour être considéré comme ville),
– un peu plus au sud, sur l’ile Navarino, Puerto Williams qui se trouve au Chili et qui est le village le plus austral,
– Enfin, Punta Arenas, au Chili, qui est la ville la plus australe rattachée au continent car Ushuaïa est située … sur une île et pas sur le continent !

Prochaine étape : Comme on s’y perd un peu sur les villes les plus australes , on s’est dit que le mieux était de débarquer au cap le plus austral avant l’Antarctique…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Une petite maison pour 4 personnes, avec cuisine et 2 chambres, dans les hauteurs d’Ushuaïa, et vraiment pas trop loin du centre-ville (station de bus et petits commerces à coté, centre-ville et grand supermarché à 5 min, Office du tourisme à 15 min à pieds) : Padre Federico Torres

Toutes les randos et balades ont été faites sans guide. Tout est très bien indiqué et dans le doute on jetait un coup d’œil sur l’application Maps.me. Nous n’avons pas souhaité louer de voiture car la majorité des sorties sont faisables en bus ou stop.

Parc de la Tierra del fuego : nous avons choisi de prendre un bus qui nous a déposé à l’entrée du parc et récupéré en fin de journée à l’autre bout. Légèrement moins cher que la location d’une voiture, et permet de ne pas à faire le retour à pied jusqu’à l’entrée du parc.

Rencontres avec les chiens siberianos de fuegos : Hugo et Liliana +54 9 2901 495199
Nous y avons été avec un chauffeur Remis (genre Uber) qui a attendu sur place – Laurita Remis +54 9 2901 527668

Plongée à Ushuaia : Carlos +54 9 2901 619782
Une perle ! Vous pouvez plonger avec lui en toute confiance, même si vous n’avez jamais mis d’étanche. Allez y les yeux fermés, et ouvrez grand les yeux sous l’eau 🙂

Glacier Martial : nous y avons été en taxi – pas très cher à Ushuaia. Prendre quelques sacs poubelles avec vous pour faire de la luge. Rigolades assurées.

Laguna Esmeralda : Nous y avons été en stop, après être sortis de la ville avec le bus local (terminus de la ligne A/B). Faire le stop APRES le contrôle de police. Des bus touristiques font également la navette. La randonnée est très boueuse (mais vraiment boueuse), il faut traverser de la tourbe. On recommande vivement la location de bottes.

Balade à Playa Larga : Nous avons pris le bus local A/B pour nous rendre à l’entrée du chemin. Mais si c’était à refaire, nous prendrions un taxi jusqu’au parking « Baliza Escarpados » pour éviter 4 km de marche, pas forcément la plus belle partie. Car c’est après ce parking que le chemin devient sympa. Nous sommes rentrés en stop et avec le bus local de la ville (même carte SUBE qu’à Buenos Aires).