Jardín, coup de cœur au cœur de la Colombie

Après tant de temps passé en Amérique latine, nous avions une petite crainte en venant en Colombie : le sentiment de redondance. N’allions-nous pas retrouver des paysages, une architecture, une culture, similaires à tout ce que nous avons déjà vu ? Allions-nous apprécier le pays à sa juste valeur ou au contraire nous sentir blasés, cette malédiction du voyageur qui pense avoir tout vu et ne mesure même plus sa chance de voyager. Heureusement, nous sommes très loin d’avoir tout vu et nous mesurons d’autant plus en ce moment notre chance d’être en voyage. Et surtout, même si nous n’avons pas vraiment été dépaysés par la langue, la nourriture ou le volume de la musique dans les rues, nous avons vite compris que la Colombie nous réservait bien autre chose qu’une impression de déjà-vu. Notre étape au petit village de Jardín va définitivement nous le confirmer.

Déjà, quand ton troisième bus de la journée à prendre pour arriver au village peut potentiellement ressembler à ça, un bus chivas à ventilation naturelle et descente rapide, ça sent bon l’aventure…

LE SAVIEZ VOUS?
Le bus Chiva aux couleurs vives est une icône colombienne : ces bus robustes sillonnent les routes montagneuses de la Colombie rurale depuis le début du XXe siècle et sont reconnus comme un symbole de la culture colombienne.
Ils ont été introduits pour la première fois dans le département colombien d’Antioquia au début du 20ème siècle. Le mot « chiva » signifie « chèvre » en espagnol, une référence à leur incroyable capacité à affronter les routes de montagne colombiennes les plus difficiles. Il s’agit aussi d’un ancien argot colombien pour «les nouvelles» – cela fait référence à leur rôle de moyen de transmission de messages entre des villages et des villes anciennement isolés. Ils sont aussi connus sous le nom de bus d’ escalera, en raison des échelles (escaleras) attachées à l’arrière du bus, permettant aux personnes et aux marchandises d’atteindre le sommet à des fins de transport.

Le nôtre est cependant beaucoup plus classique, sauf l’aménagement intérieur. A l’avant s’empilent des sacs de pommes de terre et autres légumes, tandis que l’allée centrale est pavée de pains de panela, ce dérivé de la canne à sucre qui se déguste en boisson.

En fait, notre bus est un transport de marchandises et accessoirement de personnes, s’il reste un peu de place ! Tout y est transporté pêle-mêle : personnes, animaux vivants, bagages, denrées alimentaires… Pour autant, l’état de la route et l’arrivée de la pluie ne nous font pas du tout regretter de ne pas avoir testé le bus chivas pour les 4 heures de trajet jusqu’à Jardín…

Un voyage un peu éprouvant mais récompensé par une belle promesse à l’arrivée : « Bienvenue dans le plus beau village de Colombie », selon l’un des restaurants de Jardín.

Logés dans une petite auberge dont le propriétaire, fan du groupe Kiss, est très sympathique, nous trouvons vite nos marques, habitués à notre petite routine de nomades.

Même si l’on parle espagnol comme une vache française, la signification de Jardín sonne comme une évidence. Et en se promenant dans les hauteurs, cette évidence saute aux yeux : la nature explose dans toutes ses nuances de vert. Ici, tout pousse en abondance, fleurs, bananes, mangues, clémentines, avocats…

Les collines environnantes permettent de surplomber le village et de profiter d’un joli point de vue sur la vallée, tout en prenant un verre.

La redescente vers Jardín peut s’effectuer en Garrucha, un téléphérique assez rustique avec sa cabine en bois. En survolant les plantations de bananiers, nous espérons que les câbles, eux, sont moins rustiques, même si nous ne sommes pas très haut…

Des petites rues pavées, des jolies maisons coloniales aux portes et fenêtres colorées, une grande place dominée par son imposante cathédrale, Jardín semble avoir sensiblement les mêmes atouts que Filandia et Salento.

Mais à Jardín, on cultive quelque chose en plus : un certain art de vivre. Celui-ci éclot pleinement sur la place centrale, où l’on vient s’installer aux tables des différents bars, en bordure ou en centre, chacun ayant un mobilier à sa couleur. On sirote alors sa bière ou son café « tinto », la chaise penchée le long du mur, parmi les cow-boys colombiens, en regardant la vie qui passe.

Malgré le Covid qui continue de sévir et qui n’épargne aucune région de Colombie, la population continue ici à sortir en terrasse. Les discussions se font généralement derrière le masque mais cela ne semble pas perturber les habitués plus que ça…

On peut également déguster une petite douceur aux « Dulces del Jardín », afin de se remémorer le goût d’un gâteau au chocolat ou d’un tiramisu, les desserts sont assez rares en Amérique latine…

Jardín a décidément tout pour nous plaire. Il nous rappelle même notre pays d’adoption, le Pérou. En bas du village, une propriété privée accueille dans son jardin l’oiseau national péruvien : le « gallito de las rocas ». Rien à voir avec notre longue quête du quetzal, une quinzaine de gallitos sont perchés à seulement quelques mètres de nous. Ils viennent crier chaque jour en fin d’après-midi pour attirer les femelles.

Étrange oiseau que ce coq de roche à la crête duveteuse qui se prolonge jusqu’au dessus de son bec.

Il ne manquait plus qu’une petite touche d’aventure pour que Jardín se confirme comme un gros coup de cœur. Pour cela, rien de tel qu’une bonne randonnée au beau milieu de la forêt. Nous nous lançons donc sur le chemin dit des 7 cascades, sur les conseils de notre hôtelier.

Le sentier part d’une propriété privée nichée dans la vallée que l’on rejoint après une vingtaine de minutes en jeep. Le chauffeur est le seul à disposer de la clé qui ouvre la barrière d’entrée. Bon, il vaut mieux ne pas se perdre car nous n’allons pas croiser grand-monde…

Thomas a beau être devenu un bon marcheur, avec toutes les randonnées et les treks désormais à son actif, il ne peut s’empêcher de râler si le chemin est un peu monotone. Alors que nous entamons à peine l’ascension d’un large chemin à découvert pas très fun, Thomas se mue déjà en Josiane Balasko : il est fatigué, il fait trop chaud, il a soif, il traîne, bref la neige elle est trop molle… Mais dès que le chemin se rétrécit, s’enfonce dans la forêt humide et boueuse, comme par magie, Thomas prend la tête et se métamorphose en Indiana Jones. Ce voyage nous aura permis de découvrir la loi fondamentale régissant l’humeur de nos enfants en randonnée : les râleries sont inversement proportionnelles à la quantité de boue sur le chemin. Et là, le ratio était plus que positif !

Ajoutez à cela des cascades, des cordes pour escalader les parties de chemin escarpées, des gués à traverser, et de la pluie pour arroser le tout…

…et c’est comme un conte de fées pour nos enfants !

Un peu fourbus de notre superbe escapade en forêt, nous montons le lendemain à un autre mirador du village en moto-taxi.

De la terrasse du café Jardín, la vue sur la vallée est splendide. C’est l’occasion de sortir les coloriages et d’apprécier tranquillement la douceur du moment avec un bon pain au chocolat et une bière (car nous ne nous sommes toujours pas mis au café). Notre rythme à Jardín est bien tranquille, il faut dire que nous nous y sentons tellement bien et que l’environnement invite à la quiétude.

La redescente vers le village est assez abrupte mais très agréable au milieu des gallineros, ces arbres barbus desquels pendent des lichens.

Le coeur de Jardín est véritablement sa place centrale. La vie y bat son plein toutes les fins d’après-midi, tout le village se donnant rendez-vous sur les terrasses des différents cafés. A l’instar des habitants, nous partageons un apéro avec Mélanie et Romain, un sympathique couple de français en voyage.

Nous sommes en pleine semaine sainte. Si les célébrations se font très discrètes car toute réunion est interdite avec la pandémie, cela n’a pas empêché les colombies de partir en week-end pour profiter de leurs quelques jours de congés. Jardín fait partie de ces destinations prisées par les citadins de Medellín. Malgré le nombre de touristes que l’on voit augmenter considérablement au fil de la semaine, l’ambiance reste très agréable. C’est même très surprenant de voir autant de monde attablé et avec le sourire. Nous espérons au fond de nous que ces rassemblements, même s’ils sont en extérieur, ne vont pas favoriser une nouvelle vague de Covid qui nous parait de moins en moins évitable.

Le samedi soir est particulièrement animé. Le pavé est battu par les cow-boys chevauchant leur paso fino, une race de cheval originaire de Colombie descendant des chevaux espagnols débarqués pour la conquête du Nouveau Monde. Ils défilent dans les rues à l’allure du « pas fin », un pas spécial pratiqué naturellement par ces chevaux.

Le pas élégant des montures conduit les cow-boys d’un bar à l’autre pour accomplir le rituel traditionnel local : enchaîner les verres sans descendre de cheval. Rien de plus simple, le service se fait directement en selle. Quand nous vous disions qu’à Jardín, on cultivait un certain art de vivre !

Alors, la promesse vantant Jardín comme le plus beau village de Colombie est-elle tenue ? Difficile de juger s’il est le plus beau alors que nous commençons tout juste notre périple. Néanmoins, son ambiance de village authentique et très vivant, peu touristique étant donné son accès assez difficile, en fait immédiatement un de nos préférés. Le genre d’endroit où l’on pourrait revenir pour vivre au rythme des cow-boys colombiens.

Prochaine étape : La ville de celui dont on ne doit pas prononcer le nom…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Logement en auberge de jeunesse (chambre privée pour 4 personnes )
Candileja Hostel
+57 314 4248207

Trek des cascades :
Attention à acheter votre « bracelet » pour avoir le droit de traverser la propriété privée. Il faut le faire à Jardin, à l’agence « Jardin es Tuyo » car ce n’est pas possible de le faire sur place.

Pizza Europa, à coté de la Basique, sur la place principale.

2 réflexions sur “Jardín, coup de cœur au cœur de la Colombie

  1. Sabine Macia dit :

    Quel beau trek ce trek des cascades ! C’est Indiana Jones en Colombie ! Le village de Jardin a l’air vraiment agréable. On ressent cette atmosphère de douceur de vivre. Bonne suite de voyage et portez-vous bien !

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  2. Mrs C. dit :

    voilà un moment que je n’avais pris le temps de vous rejoindre dans votre périple. je m’en viens donc remonter vos aventures, tranquillou. j’ai bien aimé Jardin, de la gadoue aux cow-boys en passant par Balasko.

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