Monteverde et Bijagua : 50 nuances de vert et bleu

En quittant la côte Pacifique pour rejoindre la région de Monteverde et ses montagnes, nous changeons de climat. Dans tous les sens du terme. Une face plus fraîche, plus humide, et surtout plus mercantile du Costa Rica se révèle. Sur ce point, tous les avis des voyageurs convergent : au Costa Rica, il faut payer pour tout, et cher. Le libre accès des plages nous a jusqu’à présent plutôt préservé de ce ressenti… il va vite nous rattraper. Si nous avons pu trouver un logement d’un excellent rapport qualité/prix au village de Santa Elena, celui de certaines activités s’est avéré plus discutable.

Un peu nostalgiques de nos sorties de nuit dans la jungle amazonienne, nous en tentons une dans la forêt environnante à Kinkakaju, en espérant voir nos premiers paresseux. Un bus de ramassage vient nous chercher directement à l’auberge avant de faire le tour des autres hôtels. L’ambiance voyage organisé et le nombre de touristes ramassés nous fait un peu peur pour la suite. Répartis en petits groupe, nous avons toutefois la chance d’avoir un guide pour nous quatre. La première question qu’il nous pose nous surprend un peu : quelle est votre forme physique ? Très bonne merci. Alors c’est parti, non pas pour la sortie de nuit, mais pour la course de nuit ! L’objectif est d’arriver le plus vite possible sur les animaux repérés par des guetteurs ou les autres guides qui partagent les informations de leur emplacement au talkie-walkie. Il faut donc courir d’un spot à l’autre avant que l’animal ne s’échappe et accessoirement arriver avant les autres groupes. Sinon, il faut attendre patiemment que chacun prenne, un par un, sa photo. Et le périmètre de la forêt étant assez petit, on a vite fait de recroiser tout le monde. Entre le grésillement des talkies-walkies, la course entre les groupes et les voitures toutes proches en fond sonore, nous avons connu mieux comme immersion dans la nature… Au moins nous avons pu voir quelques spécimens que nous n’avions pas encore croisés… sauf des paresseux.

Les forêts de Monteverde abritent plusieurs parcs à tyroliennes qui rivalisent pour attirer les amateurs de sensations fortes : à l’un la tyrolienne la plus longue, à l’autre le saut de tarzan le plus haut. Nous optons pour le plus familial, le parc Selvatura, avec un billet combinant tyroliennes et ponts suspendus. Le prix pique un peu, mais on nous fait cadeau des entrées au jardin des colibris. Après un nouveau trajet en bus de ramassage de touristes, nous arrivons au parc, situé à l’étage du « bosque nuboso », celui de la forêt régulièrement enveloppée de nuages. Vite équipés de nos casques et baudriers, nous nous lançons dans le parcours des tyroliennes. Nous nous demandions comment Thomas allait vivre l’expérience, lui qui n’en avait pas encore fait d’aussi impressionnantes. En fait, il n’a pas eu vraiment le temps de se poser de questions, juste celui de pousser un cri digne d’un film de Freddy les griffes de la nuit en s’élançant dans le vide ! Nullement traumatisé, il les a enchaînés le sourire aux lèvres… et le cri juste après.

Il faut dire que le fait de glisser au-dessus de la cime des arbres sur une distance longue de plusieurs centaines de mètres n’est pas anodin. Mais pas le temps d’avoir le vertige, à peine arrivés sur la plateforme, on vous fait repartir aussi sec par la tyrolienne suivante.

Le parcours propose aussi de tester un saut de Tarzan. Évidemment attaché, l’idée est de se jeter d’une plateforme en se balançant à la corde. Là encore, Thomas nous impressionne et ne se dégonfle absolument pas. Au contraire, il nous gratifie du cri le plus strident poussé ce jour-là. Plus Jane que Tarzan du coup… Pourtant honnêtement, il n’y a pas de quoi faire le malin quand le portique s’ouvre et qu’en plus le type du parc qui assure votre sécurité crie « Non, attends, attends ! » une fois que vous avez sauté. Ah la bonne blague…

La toute dernière tyrolienne est la plus spectaculaire : on survole la canopée pendant pas moins d’un kilomètre ! Avec une telle distance, on a le temps de prendre un peu de vitesse et au passage de se faire fouetter le visage par les gouttes de pluie. Mais cela ne gâche en rien cette impression de glisser tel un oiseau au dessus de cette immense mer verte.

La promenade sur les ponts suspendus nous permet de nous remettre de nos émotions. Un chemin traverse la forêt en passant par des grands ponts très stables qui vous élèvent au niveau de la cime des arbres et offrent un point de vue unique sur la canopée. Le circuit au cœur de la forêt est agréable même si les chemins un peu trop balisés à notre goût lui font perdre un peu son côté sauvage.

En terminant par le jardin des colibris, nous pensons passer une petite demi-heure en attendant de prendre le bus de retour. Eh bien ces petits volatiles au vol survolté nous auront finalement tenu en haleine pendant presque… deux heures !

Simplement pour le plaisir d’entendre le bruit d’hélicoptère de leurs battements d’ailes virevolter autour de nous, de distinguer les différentes espèces, de pouvoir les observer de près et dans les plus petits détails, et puis surtout de sentir leur poids plume se poser délicatement sur nos doigts afin de les aider à boire le nectar disposé dans les mangeoires.

Au Guatemala, nous avons manqué notre rendez-vous avec le Quetzal. Enfin, nous, nous sommes venus, c’est plutôt lui qui nous a posé un lapin. Nous retentons donc notre chance au parc naturel de Coricancha, l’un des deux endroits du Costa Rica où il peut être observé parmi une multitude d’autres oiseaux. Nous avons bien compris que visiter un parc sans guide, avec notre chance, c’est prendre le risque de revenir bredouilles. Nous misons donc sur l’œil expert de Rafael et son télescope pour nous aider dans notre quête du Quetzal. En plus, Rafael parle français, ce qui est plus facile pour garder l’attention des enfants tout au long de la visite.

Sans lui et son précieux télescope, nous serions très probablement passés à côté des toucans, motmots et autre… quetzal ! Il a été le seul guide à le débusquer ce jour-là. Nous ne pouvons l’admirer qu’à travers l’effet grossissant du télescope tellement l’oiseau est dissimulé au loin dans les arbres, mais au moins nous l’avons enfin vu.

Pour avoir les meilleures chances d’observer le quetzal, il faut repérer un avocatier spécial dont les fruits sont de petite taille. Les quetzals en sont particulièrement friands et les avalent tout rond avant d’en recracher les noyaux. Ils assurent ainsi la reproduction de l’arbre et leur propre survie.

La flore du parc recèle de très beaux spécimens de figuiers étrangleurs. Ce charmant petit arbuste germe sur un arbre hôte, puis au fur et à mesure de sa croissance l’étrangle avec ses racines pour prendre sa place. Comme la nature est bien faite !

Lorsque les tissus de l’arbre victime se désagrègent avec le temps, un immense creux se forme dans le tronc, comme s’il avait été dévoré de l’intérieur. Une sorte de version végétale d’Alien…

Après toutes ces activités très « nature », il nous manquait un peu de rencontres locales. Les rencontres françaises, elles, ne manquent pas. Nous retrouvons à nouveau la famille « A la découverte du monde » le temps d’un apéro et croisons beaucoup d’autres voyageurs français. Vraisemblablement les seuls à oser voyager en ce moment…

Pour se rapprocher cette fois un peu plus des ticos, nous tentons l’expérience chez l’habitant. Nous allons donc dormir chez Virginia et Marcellino, un charmant couple de retraités habitant le village de Bijagua. Bon, nous sommes au Costa Rica, même la nuit chez l’habitant ne s’avère pas forcément une solution très économique… Passons, Virginia et Marcellino nous accueillent chaleureusement, chacun dans son style ; Marcellino avec la rusticité de l’homme de la campagne et l’accent qui va avec, Virginia avec la gentillesse et l’attention d’une mamie confiture. Ils ont été témoins du développement fulgurant de leur pays. Imaginez, née dans une famille pauvre, Virginia a eu sa première paire de chaussures à 15 ans, et Marcellino a conduit des chars à bœufs une grande partie de sa vie. Il livrait le lait à la grande ville la plus proche et mettait 3 jours pour faire l’aller-retour faute de route bitumée. Celle-ci a été construite il y a moins de 20 ans…

Chez eux, le temps s’écoule modestement : on se balance sur les rocking-chairs devant la maison, on donne le biberon aux veaux de la voisine, et on passe la soirée à regarder les documentaires animaliers à la télé. Confortablement installés dans le canapé, les enfants sont ravis : ils se sentent comme chez papi et mamie !

A la différence près qu’au bout du jardin de Marcellino, les vaches côtoient les singes hurleurs et les motmots.

En bonne mamie confiture qui se respecte, Virginia adore cuisiner et nous prépare de bons dîners. Nous profitons d’un cours avec elle pour réaliser des tamales et des empanadas versions costa-riciennes.

Près de Bijagua, il ne faut pas manquer d’aller se mesurer à l’arbre de la paix. Un immense et majestueux seiba qui culmine à plus de 50 mètres de haut. Du haut de ces branches, 7 siècles nous contemplent !

Le bleu du rio Celeste est une autre petite merveille de la nature qui coule tout proche de Bijagua. La présence de souffre sous la surface des eaux donne à la rivière un bleu azur très particulier. Nous préférons retenir la version plus poétique qui veut qu’après avoir peint le ciel, Dieu a rincé ses pinceaux dans le rio Celeste. Comme ça, nous pouvons dire que nous avons trempé nos pieds dans la toute première rivière polluée depuis la création du monde ! Mais divinement polluée, ça change tout…

Nos deux jours passés avec Virginia et Marcellino ont été très agréables mais se sont finalement avérés un peu courts pour passer un cap dans le partage. Là où au Guatemala, Ovidio et Rosa nous ont instantanément et spontanément accueillis dans leur maison comme de la famille, il nous fallait probablement encore un peu plus de temps avec Virginia et Marcellino pour qu’ils s’ouvrent davantage. Au Costa Rica, il semble en aller des hommes comme de la nature, ils ne sont pas si faciles d’accès.

Prochaine étape : Caïman Dundee…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :


Chambre pour 4 personnes à Santa Elena, près de Monteverde :
Hostel Cattleya
+506 8939 5093
Extrêmement propre, une très belle et grande cuisine commune.
Budget économique. On recommande !

Guide francophone pour visiter Curicancha et débusquer les oiseaux comme personne :
Rafael
+506 8838 8145

Chambre chez l’habitant à Bijagua,chez Virginia y Marcelino
Pour réserver, prendre contact avec Marlon (Bijagua Rainforest Tour) qui se charge de faire le relais.
+506 8998 2954

Géolocalisation Mapsme du « tree of peace »
http://ge0.me/ckK9LnITOT/Tree_of_Peace

Géolocalisation Mapsme pour voir le Rio Celeste sans rentrer dans le parc
(et même vous baigner si vous en avez le courage)
http://ge0.me/4kK9Li3PnW/Belvédère

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