Tikal, dans les basses terres mayas

Un roc ? Un pic ? Un cap ? Une péninsule ? Difficile de qualifier cette grosse protubérance tracée à l’équerre que constitue le département du Petén et qui forme tout le nord du Guatemala. Mais c’est au cœur de ce morceau de terre aux allures de pièce de puzzle en équilibre que nous poursuivons notre périple routier. Les kilomètres défilent à nouveau pendant plusieurs heures avant d’atteindre notre point de chute, El Remate, un village assez plaisant et paisible au bord du lac Petén Itza. Son principal intérêt est surtout d’être idéalement situé pour rayonner dans la région.

Si le lac Petén Itza a une consonance avec l’ancienne cité de Chichen Itzá au Mexique, ce n’est pas par hasard. Le peuple maya des Itzá a colonisé toute la péninsule du Yucatan et le Petén au 10ème siècle après J-C. Chassés du Yucatan au 13ème siècle, les Itzá se réfugient en partie sur les rives du lac Petén Itza et fondent leur nouvelle capitale, Tayasal, sur une île située au milieu du lac. A l’arrivée des espagnols, la cité peuplée d’irréductibles mayas va résister encore et toujours à l’envahisseur jusqu’en 1697 ! Vaincue, la capitale est détruite pour laisser place à une nouvelle ville, Flores, devenue depuis la capitale du département du Petén. Inutile de chercher des traces de l’ancienne cité maya lorsque l’on visite Flores, elle est enfouie sous la ville coloniale. L’île est même désormais amarrée à la terre ferme par une longue chaussée qui permet aux piétons et aux voitures d’y accéder facilement. L’insularité donne évidemment beaucoup de charme au tout petit centre historique de Flores. En quelques ruelles, on atteint vite les bords de l’île mais la découverte des petits passages et recoins est plutôt agréable.

En nous aventurant dans ce qui ressemble à l’entrée d’une grotte, nous tombons ainsi sur un sympathique restaurant avec vue sur les toits de la ville et le lac. 

L’ambiance de Flores est très tranquille, probablement trop tranquille lorsqu’on voit tous les hôtels fermés et les quelques magasins de souvenirs qui attendent le chaland. Des fusées tirées sur la place en l’honneur du saint patron de Flores tentent de réveiller la ville. Mais cette année, les traditionnelles festivités qui animent d’ordinaire toute l’île à cette période se limiteront à ces explosions éphémères ; de toute façon, l’église est en cours de désinfection…

Sarah et Thomas assurent eux-mêmes l’animation avec un jeu de leur invention : le loto des touks-touks. Chacun choisit trois nombres et doit tenter de les retrouver sur les touks-touks. C’est simple, ludique et ça occupe bien pendant les visites de villes…

Le Petén constituait un foyer de la civilisation maya bien avant l’arrivée des Itzá. Il a été le berceau de plusieurs grandes cités, dont la célèbre Tikal, capitale d’un des royaumes les plus puissants de la région à l’époque classique (entre 200 et 900 de notre ère). Abandonnée puis engloutie par la jungle, Tikal est aujourd’hui le site maya incontournable du Guatemala. Conservé dans son écrin naturel, on y accède par une route à vitesse très réduite afin de protéger la faune locale. Les panneaux égrènent tous les animaux susceptibles de traverser devant vous.

L’étendue du complexe archéologique donne une idée de la puissance passée de la cité : immense. Nous pensions y consacrer 4 bonnes heures, nous y restons finalement le double ! Le site foisonne de temples, de palais, de petites pyramides, d’acropoles, de résidences, et, le plus spectaculaire, de hautes pyramides à degrés culminant pour certaines à plus de 60 mètres de haut. Quand vous savez que la zone dégagée ne couvre que 20 % du site, il y a de quoi avoir le vertige…

La Grande Place est le cœur du site avec ses deux pyramides-temples face à face qui semblent se jauger. D’un côté, se dresse l’emblème de Tikal, le temple du grand Jaguar avec ses 47 m de haut. De l’autre, le temple des masques, une dizaine de mètres plus petit mais où l’on peut prendre de la hauteur. Car à Tikal, les autorités ont eu la riche idée de construire des escaliers en bois et même des plateformes pour accéder au sommet des pyramides sans les dégrader. Permettre une belle expérience tout en préservant les monuments, on se demande bien pourquoi les mexicains n’y ont pas pensé… Nous étions restés un peu frustrés au pied des pyramides au Mexique et par certains parcours imposés, Tikal nous offre une liberté totale en bas comme en haut !

En cheminant d’un monument à l’autre, il ne faut pas hésiter à ouvrir l’œil pour tenter de débusquer les singes et les oiseaux évoluant aux alentours. Tikal est tout aussi riche en monuments qu’en vie sauvage. Nous levons la tête autant pour les pyramides que pour les animaux !

Au sommet des pyramides, les crêtes des temples percent le vert de l’horizon, ultimes vigies d’une civilisation noyée sous l’océan de la canopée.

Notre vue préférée est incontestablement celle du sommet de l’imposant temple V. En découvrant son escalier de pierre abrupte sans aménagement, nous hésitions pourtant un peu à nous engager. Il culmine tout de même à 60 mètres de haut et l’inclinaison des marches est assez impressionnante. Mais Sarah et Thomas se montrent plus téméraires et lancent le mouvement. En haut, nous ressentons pleinement ce à quoi aspiraient les bâtisseurs : se rapprocher des cieux.

Même après notre tour des sites mayas mexicains, nous avons été émerveillés par Tikal. Sa richesse architecturale, son superbe cadre naturel, et le plaisir simple de pouvoir déambuler sans aucune contrainte sous prétexte de Covid le font rentrer dans le palmarès de nos sites mayas préférés.

Si nous sommes dithyrambiques sur Tikal, c’est probablement parce que nous avons eu la chance de visiter le site loin de l’affluence touristique habituelle. Car nombre de visiteurs préfèrent la tranquillité de Yaxha à la grandeur de Tikal. Situé à une trentaine de kilomètres plus à l’est, Yaxha est le troisième plus grand site maya du Guatemala. Il a certes l’avantage d’être moins couru, par contre il est loin d’avoir bénéficié des travaux de restauration de Tikal. Nombre de ses monuments restent encore ensevelis. Là où les panneaux nous indiquent un temple, un observatoire, un groupe de pyramides jumelles, nous, tout ce que nous voyons, ce sont des monticules de terre sur lesquels croissent les arbres et un petit sentiment de frustration…

Relativisons tout de même les choses, le site fait prendre conscience du travail titanesque que nécessite le dégagement et la restauration d’un complexe archéologique. Ce travail a d’ailleurs été réalisé sur certains édifices. Un premier acropole, malheureusement inaccessible à cause des dégâts causés par les récents ouragans, concentre un bel ensemble de monuments qui donne un petit aperçu du potentiel du site. Les pyramides du deuxième acropole nous ont particulièrement plu avec leur architecture préfigurant presque les fortifications de Vauban avec un millénaire d’avance.

La superbe vue à 360° du sommet du plus haut temple en écoutant les singes hurleurs se donner la réplique d’une rive à l’autre du fleuve clôt agréablement la visite.

Cette incursion dans le Petén complète et termine en beauté notre cycle de visites des vestiges du monde maya, après ceux du Mexique. Entre nature et histoire, le Guatemala n’a pas fini de nous charmer.

Prochaine étape : Tubing or not tubing…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :
Nous avons privilégié la visite de Tikal un samedi pour éviter la foule du dimanche (et aussi pour des raisons de météo), et avons réalisé la visite de Yaxcha le dimanche. Néanmoins, nous recommandons de visiter Yaxcha en premier car le site a tout de même moins de prestance que sa rivale. Autant garder le meilleur pour la fin.

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