Atitlan : Noël au bord du lac aux trois volcans

Bien qu’ils soient nettement moins confortables, les chicken bus sont tellement plus beaux, plus économiques et bien sûr plus pittoresques que les navettes privées pour se déplacer au Guatemala. Comment résister à ce look d’enfer pour rejoindre notre prochaine étape. La gare routière de Xela n’est cependant pas vraiment le paradis pour voyageurs, il faut s’accrocher avant même d’être monté dans le bus. Cette nouvelle expérience nous aura enseigné quelques commandements à suivre pour assimiler les lois non écrites du chicken bus. Premier commandement : lorsque l’on te saute dessus avant même ta descente du taxi pour connaître ta destination, tu te garderas de la révéler tout de suite. Deuxième commandement : tu te précipiteras vers le coffre du taxi aussi vite que possible pour faire rempart et empêcher de retrouver ton sac sur le toit du premier chicken bus qui passe. Cela t’évitera de devoir monter dans un bus que tu n’as pas choisi une fois que tes bagages ont été hissés sur le toit. Troisième commandement : tu t’assureras que le bus dans lequel on te fait monter va vraiment à la destination que tu souhaites. Quatrième commandement : en complément du troisième, tu demanderas au chauffeur si le bus est bien direct jusqu’à ta destination avant que tes bagages soient sur le toit. Celui-ci est loin d’être anodin, nous avons regretté de ne pas l’avoir découvert avant de devoir prendre trois chicken bus différents pour arriver à bon port…

Il est vrai que passer la moitié de la journée du 24 décembre dans les chicken bus à tenter de s’accrocher comme on peut dans les virages, à prier pour que nos sacs soient bien accrochés au-dessus, et à changer de bus sur un rythme aussi effréné qu’un arrêt aux stands de formule 1, n’est pas vraiment dans l’esprit de Noël. Nous dirons que la magie du voyage remplace celle de Noël…

Mais notre arrivée dans le village de Panajachel, et surtout notre accueil au sein de la famille de Virginia, va heureusement nous plonger dans une ambiance réveillon de Noël comme nous n’en avions encore jamais vécue. Les guatémaltèques sont de grands amateurs de pétards. Chaque célébration, qu’elle soit religieuse ou non, est prétexte à des explosions de pétards en pagaille, et les fêtes de Noël ne font pas exception. Du simple claque-doigt aux véritables fusées de feux d’artifice, les tiendas ont tout pour illuminer votre réveillon et exploser vos tympans.

Pour le repas du réveillon, nous partageons avec Virginia et ses deux filles, Norma et Marleni, le plat traditionnel guatémaltèque de fête : les tamales, une sorte de chausson de farine de maïs fourré à la viande, aux légumes, fruits secs et épices, agrémenté de sauce. Le tout est arrosé de ponche, une boisson chaude agrémentée de morceaux de fruit… mais (snif) sans alcool.

A minuit, le ciel s’illumine de feux d’artifice. Chaque maison lance son lot de fusées jusqu’à épuisement des stocks, et ce dans toutes les villes et tous les villages du Guatemala.

Pour leur deuxième Noël en voyage, les enfants ont droit à quelques cadeaux dégotés sur la route et répondant à un cahier des charges très strict : petits, légers, et solides pour intégrer facilement nos sacs. C’est fou comme un simple yoyo, un joli carnet, des animaux en perles ou deux toupies peuvent faire plaisir. Bon, évidemment, il n’est pas certain que ça marche pour le prochain Noël en France…

Après le réveillon guatémaltèque, nous passons un Noël « français » dans le logement de la famille des Happiness Road, rencontrée précédemment à Xela. Enfin… un repas de Noël « français » un peu décalé : point de foie gras ni de saumon fumé au menu, plutôt un bon barbecue dégusté dehors comme en plein été !

La tombée de la nuit est propice à l’épuisement de nos dernières fusées.

Une fois les fêtes passées, nous profitons du très beau paysage que nous offre les rives du magnifique lac Atitlan. Bordé par pas moins de trois volcans heureusement endormis, le lac est situé dans une ancienne caldeira qui en fait le plus profond d’Amérique centrale. L’orientation de Panajachel offre un très beau panorama sur les immenses cônes des volcans au coucher du soleil.

Les tenues traditionnelles sont un véritable catalogue du savoir-faire artisanal local en matière de tissage. Nous sommes loin d’un folklore pour plaire aux touristes, les femmes portent toutes sans exception, et au quotidien, ces tenues aux multiples couleurs. Les jupes des femmes sont en fait un simple rectangle de tissus apposé autour de la taille et serré par une belle ceinture brodée.

Le lac Atitlan accueille sur ses rives une multitude de villages que l’on rejoint par bateau ou par la route pour les plus proches. En une vingtaine de minutes à l’arrière d’une camioneta, ces pick-up aménagés que nous connaissons déjà du Mexique, nous atteignons celui de Santa Catalina.

Village très coloré avec ses murs ornés de motifs stylisés, Santa Catalina est notre petit chouchou. Dans cette petite galerie d’art à ciel ouvert, il n’y a qu’à se laisser porter par les ruelles au gré des peintures murales, y croiser les sourires des habitants, et profiter de la tranquillité des lieux.

Santa Catalina est également réputé pour son artisanat de tissage. Bon alors si le Guatémala a autant de richesse artisanale que le Pérou et le Mexique, il va encore y avoir un problème de place… Dire que nous venons de nous alléger de 13 kilos via DHL il y a tout juste un mois !

Pas certain de réussir à convaincre Véronique de se contenter d’un yoyo. Pourtant, ça occupe bien et ça ne prend pas de place…

Un nouveau petit tour en camioneta, cheveux au vent, nous amène au village voisin de San Antonio. Il est loin d’avoir le charme artistique de Santa Catalina, par contre il a développé sa propre spécialité artisanale : la céramique.

Comment ça le cahier des charges pour les cadeaux des enfants ne s’applique pas aux souvenirs ?!

Chez Virginia, notre carnet de recettes du monde s’enrichit d’un nouveau plat à l’occasion d’un cours de cuisine : le pepian de pollo, un délicieux poulet en sauce servi, c’est presque incroyable ici, sans frijoles ! Quand on vous sert ces haricots rouges en purée à presque tous les repas, y compris au petit-déjeuner, il y a de quoi être légitimement surpris…

Déjà passée experte en confection de bracelets, Sarah est initiée au niveau supérieur de tissage par Virginia qui lui enseigne la technique du tissage à la ceinture. Nous avions découvert cette technique au Chiapas sans véritablement saisir son fonctionnement avant de la retrouver au Guatemala. Rien d’étonnant à cela, les aires culturelles des deux pays partagent de nombreux points communs. La spécificité de cette technique tient au métier à tisser attaché, comme son nom l’indique, par une ceinture autour des hanches qui permet de maintenir les fils en extension. Sarah et Véronique auront non seulement pu réaliser chacune leur tissu du début à la fin, mais également réaliser le temps et la difficulté que cela représente, sauf pour Virginia qui a commencé à apprendre… à l’âge de Sarah.

Notre exploration du lac Atitlan se poursuit sur la rive opposée de Panajachel. Après avoir pris seulement quelques affaires et laissé nos bagages chez Virginia, où nous allons revenir, nous prenons une lancha jusqu’à San Pedro La Laguna. Ici, les bateaux publics sont comme les bus publics : on part quand le bateau est rempli. Il faut donc s’armer de patience quand, comme nous, on arrive sur le quai après 10h !

San Pedro La Laguna très orienté vers le tourisme ne nous retiendra pas très longtemps. Nous préférons plutôt ses hauteurs pour profiter d’une belle vue sur le lac et longer les nombreux champs de café.

Nous n’avons pas prévu de passer la nuit à San Pedro mais dans le petit village voisin de San Juan. Une belle découverte car le village a mis à profit la baisse d’activité pour se refaire une beauté ; des fresques murales toutes fraîches ornent désormais les murs et lui donnent une dimension artistique vraiment attrayante.

Remette de la couleur est probablement l’idée la plus simple mais aussi la plus efficace pour redonner vie et envie…

Ces peintures allient événements récents et culture maya. Un des portraits représente la grand-mère de notre logeuse, une amie de Virginia, où nous passons la nuit. En sa qualité de première sage-femme, elle est devenue une des icônes de l’histoire du village.

LE SAVIEZ VOUS ?
La langue maya n’est pas unique mais se divise en de multiples idiomes régionaux. Au Guatemala, il y a plus d’une trentaine de langues mayas différentes, pas tous compréhensibles entre eux. Ainsi, autour du seul lac Atitlan, un habitant de Panajachel parlant le maya Kaqchiquel ne se fera pas comprendre d’un habitant du village de San Juan qui parle un autre maya. Les deux villages ne sont pourtant éloignés que de quelques kilomètres…

Quelle que soit la taille de la ville ou du village en Amérique latine, du Mexique à l’Argentine, il est rare de trouver un distributeur automatique sans file d’attente. Sans parler des queues interminables pour accéder aux guichets physiques des banques. Très pratique en temps de Covid…

Avec ses pierres apparentes et sa forme atypique, l’église de San Juan a davantage un style médiéval européen que le style colonial traditionnel d’Amérique latine. La façade est en réalité le seul vestige de l’église originelle qui a été détruite pour laisser place à la nouvelle. L’une des cloches ornant la façade aurait été découverte sur un sommet environnant. Comment s’est-elle retrouvée là, déjà forgée ? Mystère…

Le soir venu, un plafond de guirlandes lumineuses illumine la rue principale du village, prolongeant encore un peu l’ambiance de Noël.

De toute façon, avec les chicken bus, c’est Noël toute l’année au Guatemala !

Parmi les montagnes environnant San Juan, un relief se détache : la nariz del indio, autrement dit le nez de l’indien. Si l’on regarde attentivement, un visage de profil se détache effectivement de l’horizon.

Une randonnée vous emmène sur son nez pour accéder à une vue panoramique sur le lac. Il est plutôt recommandé d’être accompagné d’un guide car certains sentiers ne sont apparemment pas très fréquentables… D’ordinaire, des agences de guides locaux proposent leurs services un peu partout, mais en ce moment, toutes les portes sont closes. Grâce à la seule (et très bonne) pizzeria de San Juan, nous parvenons finalement à récupérer les coordonnées d’un guide, également policier municipal à ses heures perdues. L’idéal pour se sentir en sécurité avant d’aborder la randonnée, surtout quand vous voyez des endroits sur la carte dénommés « la maison des brigands »… Deux options se présentent à nous : partir de San Juan avant 3 heures du matin à la frontale pour espérer arriver avant le lever du soleil ou s’avancer au maximum en taxi pour limiter la marche de nuit et profiter du lever de soleil. Pour une fois, nous avons pitié de nos enfants et choisissons l’option du taxi pour ne leur infliger qu’un départ à 4 heures du matin. Nous ne sommes pas des bourreaux d’enfants tout de même ! Après une petite montée d’une quarantaine de minutes à la lumière de nos lampes frontales, nous parvenons au nez de l’indien bien avant le lever du soleil. Les lumières des villages bordant le lac s’étendent devant nous, et un point rougeâtre luit à l’horizon : le volcan El Fuego nous salue. Ses explosions lointaines sonnent comme une invitation à le rejoindre. Patience, ne nous enflammons pas trop vite…

L’apparition du soleil nous offre une vue spectaculaire sur le lac Atitlan. Assurément, le plus beau panorama de toute la région. Malgré le fait que nous n’ayons pas pris l’option « extrêmement matinale » pour monter, Thomas finit sa nuit sur un petit banc pendant que nous observons paisiblement le soleil se lever.

Le retour à pieds sur San Juan se révèle très agréable. Le chemin un peu abrupt permet de profiter d’autres jolis points de vue en contrebas. Avec le recul, nous sommes bien contents de ne pas avoir fait le chemin inverse pour monter en pleine nuit.

De retour chez Virginia, Sarah a encore un peu de temps pour poursuivre son tissage dont elle termine un peu moins de la moitié de la longueur initiale. Elle dispose ainsi de quoi se confectionner un petit sac. Virginia est un peu triste de voir partir son apprentie et le petit blondinet dont elle aime tant la couleur de cheveux. Alors en guise de petit cadeau souvenir, Thomas lui offre une petite mèche après son passage chez le coiffeur du village ! La tristesse du départ est partagée, les moments passés avec Virginia et ses filles ont confirmé nos premières bonnes impressions du Guatemala et son accueil chaleureux.

Thomas est également triste de faire ses adieux à son nouveau copain, Osso, le chien de la famille qu’il aurait bien aimé emmener dans son sac. Désolé Thomas, le cahier des charges est impitoyable…

Il ne nous reste plus qu’à rejoindre le centre-ville avec tous nos bagages. La difficulté est que Virginia habite un peu à l’écart, de l’autre côté de la rivière, où seuls les touks-touks peuvent passer… Mais un touk-touk, c’est un peu comme les petites voitures de clowns dans les cirques, en tassant, ça rentre, même s’il nous en faut tout de même deux !

Prochaine étape : Allumer le feu…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Chambre pour 4 personnes, à Panajachel
La casa de Virginia est un peu excentrée du centre-ville de Panajachel, mais cela se fait facilement à pied.
Si vous cherchez un logement chez l’habitant, loin du tourisme et où vivre une expérience proche de la population, n’hésitez pas une seconde !
Sous Airbnb : Homestay La Casa De Virginia
Une fois la première nuit réservée, vous pourrez voir avec elle directement pour rester plus longtemps.

Guide pour la Nariz del Indio :
Remigio Lotez, également policier à San Juan +502 5447 6196

Pizzaria « El Gato perdido », à San Juan
Après avoir mis la clé sous la porte à San Pedro car le loyer était trop cher, la pizzeria a déménagée à San juan.
Enfin une VRAIE pizza (cela faisait longtemps…) dans une ambiance cosy avec une belle collection de 33 tours et un Perplexus pour occuper les enfants !

4 réflexions sur “Atitlan : Noël au bord du lac aux trois volcans

  1. a md dit :

    ah oui, pour emmener clandestinement le chien dans le sac , pas facile !
    j’ai cherché le profil de l’Indien (je le pensais vertical mais il est couché !)
    c’est très gai ces couleurs , lumières, peintures
    merci pour le reportage

    Aimé par 1 personne

  2. Jp dit :

    Magnifiques couleurs et paysages. Quelle densité de découvertes pendant ce voyage. Heureusement que vous avez les photos et commentaires associés sinon il y aurait de la perte en route. Bonne chance pour la suite.

    Aimé par 1 personne

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