Xela, immersion expresse au Guatemala

Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas traversé une frontière à pieds. De la Mesilla, côté mexicain, nous entrons au Guatemala, sacs au dos et tests antigéniques en poche. La rumeur d’une fermeture prochaine des frontières s’est révélée… rien d’autre qu’une rumeur, les gardes-frontières ne sont visiblement pas près de fermer les frontières derrière nous. Un flux sans fin de personnes circule dans les deux sens. Pendant que nous nous soumettons au contrôle sanitaire réservé aux étrangers avec prise de température et questionnaire, les guatémaltèques et mexicains passent librement la frontière. Nous ne savions pas que la nationalité influait sur la contagiosité du virus … Toujours est-il que nous sommes les seuls étrangers à nous présenter ce matin-là côté Guatemala.

Pendant que nous trainons péniblement nos bagages pour traverser la ville-frontière, sourires et bonjours nous accompagnent. Nous sommes frappés par la gentillesse immédiatement manifestée à notre égard. Nous avons rarement connu accueil plus agréable à notre arrivée dans un nouveau pays.

Pour découvrir le pays, nous avons fait le choix de tester le moyen de transport emblématique du Guatemala : les chicken bus. Ces bus de ramassage scolaire américains à la retraite plus ou moins tunés sillonnent les routes du pays à un rythme effréné.

Le nôtre est décoré comme un sapin de Noël : petit nœud sur la calandre, couronnes accrochées aux rétroviseurs et néons clignotants comme une guirlande à l’intérieur.

On accroche les bagages sur le toit, on s’accroche à la barre du siège devant soi, et c’est parti comme dans un manège à la fête foraine !

Vous vous demandez sûrement d’où peut bien provenir ce nom de « chicken bus », autrement dit de « bus à poulets ». A l’issue de notre premier trajet, nous pouvons raisonnablement avancer trois hypothèses toutes personnelles, qui ne s’excluent pas l’une l’autre mais au contraire peuvent se cumuler. D’abord, les mouvements de cou des passagers provoqués par les coups de frein ou d’accélération intempestifs du chauffeur font furieusement penser à ceux d’une poule en train de se déplacer. La chair de poule que l’on ressent lors de certains dépassements audacieux du chauffeur, qui, lui, est loin d’être une poule mouillée sur la route, est également une explication possible. Cependant, le fait que l’on vous entasse comme des poulets en batterie, même en temps de Covid avec des sièges théoriquement condamnés pour la distanciation sociale, est l’explication la plus plausible.

Un trajet en chicken bus, c’est l’assurance d’une immersion expresse au milieu des locaux. En outre, entre la conduite sportive du chauffeur, son assistant-bagagiste-encaisseur à moitié cascadeur qui remonte dans le bus toujours en marche en courant ou en descendant du toit après chaque arrêt (pas la peine de ralentir plus d’une vingtaine de secondes car du temps perdu, ce sont des clients perdus !), le vendeur ambulant proposant des gouttes miracles pour soigner la cataracte, ou encore le prêcheur venu dispenser un sermon aux passagers (nous espérons que les postillons qu’il nous crachait au visage étaient aussi purs que la parole qu’il était venu répandre…), l’animation ne manque pas !

Après 6 heures de trajet, nous sommes tout de même bien contents d’arriver enfin à notre destination : Quetzaltenango, alias Xela pour les intimes. Deuxième plus grande ville du pays, il faut avouer que Xela n’a pas beaucoup d’intérêt en dehors de sa place principale.

Nous nous y arrêtons surtout pour prendre progressivement nos marques et en profiter pour rencontrer la famille des Happiness Road, Elodie, Xavier et leurs enfants, qui ont commencé leur voyage il y a quelques mois. Nous nous sommes donnés rendez-vous dans le même hôtel afin de faire connaissance avant de nous rejoindre à nouveau prochainement pour passer Noël ensemble. Les retrouvailles ont été un peu compliquées suite à un malentendu sur le nom de l’hôtel. Nous venions de poser nos bagages dans un premier hôtel lorsque nous avons réalisé qu’eux étaient dans un deuxième hôtel du même nom… Après avoir déménagé fissa, nous sommes tout de même parvenus à les retrouver.

Assis sur un point de convergence entre trois plaques tectoniques, la plaque Cocos, la plaque Caraïbe et la plaque nord-américaine, le pays connaît une concentration de volcans assez exceptionnelle pour un territoire de cette taille : pas moins de 37 volcans, dont 3 actifs. L’un d’entre eux, le Santiaguito, est justement à quelques kilomètres de Xela. L’occasion de nous essayer à un nouveau type de randonnée après les montagnes andines, l’ascension des volcans. Même s’il ne crache pas de lave, il serait trop dangereux de grimper directement sur ses pentes car il rejette des gaz extrêmement toxiques. Il n’est possible de le contempler en toute sécurité que du sommet du volcan voisin, le Santa Maria, un superbe cône dominant toute la région.

La randonnée est réputée pour être l’une des plus difficiles ; autant commencer dans le dur, le reste nous paraîtra peut-être plus facile. Nous nous lançons donc à l’assaut des 1 200 m de dénivelé des pentes du Santa Maria dès 5h30 du matin. Le démarrage en fin de nuit, seulement éclairés à la lampe frontale, s’avère d’abord plus rude que la pente, tout au moins lors de la première moitié de l’ascension.

La seconde partie confirme davantage sa réputation. Non seulement la pente est beaucoup plus raide mais également sacrément boueuse à cause de la brume accrochée à cette altitude, rendant le sol particulièrement glissant. La descente promet quelques belles chutes.

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du sommet, nous espérons ardemment que la brume se lève afin de bénéficier de la vue sur le Santiaguito. Visiblement, c’est loin d’être gagné…

L’arrivée au sommet confirme nos craintes. Le Santiaguito, dont nous sommes censés surplomber le cratère fumant se cache quelque part sous les nuages…

Et soudain miracle ! La brume commence à se lever, nos efforts sont enfin récompensés !

Ah ben non… Nous patientons encore une heure en espérant que le ciel se dégage enfin. En vain, nous ne verrons rien d’autre qu’un amas de nuages désespérément accrochés au relief.

Il est certain qu’après un lever à 5 heures du matin et l’ascension d’un dénivelé de 1 200 mètres, il y a de quoi être un peu déçus. Mais quand c’est votre propre fille qui positive l’expérience en vous déclarant que c’est déjà tellement bien d’avoir grimpé un volcan, vous pouvez vous sentir comblés. Effectivement, nous avons gravi notre premier volcan guatémaltèque avec un Thomas en grande forme qui a particulièrement bien grimpé. En grande forme… jusqu’au retour en bus. Un autre bel exploit que de s’endormir profondément en chicken bus !

Une chose est certaine : nous n’en avons pas fini avec les volcans !

Prochaine étape : Noël en familles…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Pour monter le Santa Maria :
Nous avons pris l’option d’un taxi à l’aller plutôt qu’un transport public. Quitte à se lever tôt, autant ne pas perdre de temps à attendre le bus ; à 4 personnes, l’économie aurait été moindre. Le retour en chicken bus s’est fait très facilement.
La montée du Santa Maria peut se faire sans guide; il suffit de bien savoir lire Maps.me et avoir une bonne lampe de poche. Au final, tous les petits chemins arrivent au même endroit.
Il se dit qu’il faut arriver en haut avant 10h pour éviter la brume… mais on n’est incapable de le confirmer !

3 réflexions sur “Xela, immersion expresse au Guatemala

  1. Mrs C. dit :

    À la veille d’un troisième confinement (serré ou pas), je me dis qu’il est temps de reprendre mon bâton de marche virtuel pour vous suivre lors de vos pérégrinations.
    Merci encore et encore de partager vos aventures !

    Aimé par 1 personne

  2. Couteau judith dit :

    Bonjour !
    J’espere la suite du blog pour le Guatemala que nous allons rejoindre bientôt ( on se croise vu que vous arrivez au costa rica). Nous avons croisé la hapiness road au costa rica dernièrement à rincon de la vieja . Le monde est sacrément petit… judith alias jude1712

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s