Palenque, dans la jungle du Chiapas

Rien de tel qu’un bon trajet en bus de nuit pour retrouver de vraies sensations de voyage. Douze heures de route à l’issue desquelles nous laissons derrière nous la Riviera maya pour rejoindre l’état du Chiapas, sa jungle et ses zapatistes. Le changement d’ambiance va très vite se faire sentir, même dans la grande ville de Palenque qui constitue notre première étape. Certes, on nous dévisage un peu car voir une famille de gringos débarquer en ce moment au Chiapas semble un peu incongru, mais on ne vous regarde pas comme un portefeuille ambulant comme au Yucatan. Ici, on vous laisse en paix lorsque vous passez devant les restaurants et les magasins. Rien que ça fait un bien fou !

Depuis la restitution de la voiture de location à Playa del Carmen, nous circulons en colectivo pour les petits trajets. Ces minibus que l’on arrête sur la route en levant la main permettent de sillonner la région à moindre coût et de se mêler un peu plus à la population. Avec une conduite assez sportive et la musique à fond, le colectivo nous mène toujours à bon port !

Palenque est surtout connue pour son site maya au cœur d’un parc naturel protégé. Nous l’avions beaucoup apprécié 15 ans plus tôt, notamment pour la vue depuis le sommet des pyramides et son environnement de jungle. Pour la première fois, les conditions de visite mises en place pour le Covid se sont révélées un peu frustrantes et l’impossibilité de monter sur les pyramides ôte un peu de sa magie au site. Il est pourtant riche en édifices mais l’expérience s’avère tout de même moins intéressante qu’en temps normal.

LE SAVIEZ VOUS ?
Les tombeaux fouillés sur le site de Palenque ont révélé que les corps présentaient une polydactylie, c’est-à-dire dotés d’un sixième doigt à chaque main. Cette particularité génétique pourrait provenir des effets d’une consanguinité entre familles de la haute société maya. Pour les adeptes des théories surnaturelles, ce serait la preuve d’une origine extraterrestre. Les fouilles ont également permis de découvrir le corps d’une femme entièrement recouvert de poussière rouge, baptisée la Reine Rouge par les archéologues. Cette poussière rouge est du cinabre, un minéral composé de sulfure de mercure, extrêmement toxique. Retrouvé à plusieurs endroits, le cinabre pourrait avoir nourri le mythe de la malédiction touchant les archéologues après l’ouverture des tombeaux.

Si vous n’avez pas la possibilité ou l’envie de faire une escapade dans la jungle, le refuge animalier d’Aluxes, sur la route menant aux ruines, est une belle alternative. Géré par une association, le refuge recueille des animaux victimes de blessures ou des trafiquants. Il a même réussi, il y a quelques années, à réintroduire les aras qui avaient totalement disparu du paysage. Une occasion immanquable de voir de très beaux spécimens dans des espaces bien aménagés et un cadre naturel très agréable.

Autour de Palenque, la région regorge de belles cascades. Au moins, ça change des cenotes ! En revanche, tout comme les cenotes, il y en a tellement qu’il faut faire des choix. Nous nous contentons d’en visiter deux, aux ambiances différentes. A Wejlib Ja, la tranquillité prévaut, nous avons les lieux pour nous tous seuls. Au cœur de la forêt, nous longeons une jolie petite rivière qui finit par dégringoler en cascade une centaine de mètres plus loin en aval. Difficile de s’approcher des chutes à la nage sans lutter vaillamment contre le courant.

A Misol Ha, le plus spectaculaire est de marcher derrière le rideau de la cascade qui se déverse dans un fracas assourdissant. Le chemin se poursuit jusqu’à une petite grotte que l’on explore à la lampe torche. Elle cache en son sein une petite cascade totalement plongée dans le noir. Les projections d’eau lorsque vous passez derrière la cascade vous trempent jusqu’aux os, il vaut donc mieux laisser ses chaussures au sec avant de s’y engager…

Au cours d’une journée marathon en raison des temps de transport, nous visitons deux anciennes cités voisines de Palenque : Bonampak et Yaxchilan. Bonampak est un petit site très paisible dont le principal attrait réside dans ses stèles et surtout les peintures ornant les murs d’un temple de son acropole. Nous nous contentons des stèles et de monter sur l’acropole car le protocole Covid a encore frappé : le temple des peintures est inaccessible. C’est vraiment dommage, nous sommes moins d’une dizaine sur le site, la gestion des flux à l’intérieur du temple n’était donc pas très compliquée… Sans l’accès aux peintures, l’intérêt de Bonampak s’avère malheureusement réduit.

Son ancien puissant voisin, Yaxchilan, reste au contraire absolument incontournable. Le site se cache dans un méandre du fleuve Usumacinta, qui marque la frontière avec le Guatemala. Le seul moyen d’accès est un trajet en bateau d’une quarantaine de minutes. Une fois débarqués, la magie de Yaxchilan opère dès les premières secondes.

Des ruines recouvertes de végétation dissimulées au cœur de la jungle et gardées par les singes-araignées se balançant nonchalamment dans les arbres, tout est rassemblé pour un nouvel opus d’Indiana Jones ! Les siècles de reconquête de la nature sur les édifices confèrent au site un charme incroyable. Un gros coup de cœur pour nous.

La nature ne cesse de tenter de se réapproprier les ruines, tel cet arbre effondré récemment sur un édifice.

Après toutes ces visites, nous aurions pu tracer notre route et considérer avoir vu l’essentiel de Palenque et sa région. Cela nous aurait sans doute suffit il y a un an, mais nos envies ont évolué. Il nous manquait de partager quelque chose avec les locaux. Le hasard a souvent bien fait les choses pour nous, mais cette fois nous tentons de le provoquer. Via les réseaux sociaux de voyageurs, nous demandons s’il n’existerait pas un village susceptible de nous accueillir quelques jours dans les environs. On nous conseille alors de prendre contact avec Marie, une française mariée avec un mexicain dont le père habite une petite communauté proche de Palenque. Coup de chance, elle et son mari, Imox, sont précisément au village actuellement. Ils nous proposent de passer une nuit dans un campement dans la forêt, avant d’être accueillis dans le village. Nous retrouvons Marie à Palenque pour qu’elle nous accompagne jusqu’à bon port et montons avec tous nos bagages dans l’autre moyen de transport local : la camioneta, un grand pick-up aménagé à l’arrière pour le transport public. Enfin, un aménagement se résumant à deux bancs en bois de chaque côté et d’une bâche… Le pick-up permet d’affronter les routes défoncées menant à notre destination. Bien sûr, dans de telles conditions de transport, on ne se préoccupe pas vraiment de la distanciation sociale. Assis ou debout, on prend tout le monde au passage, tant que ça rentre !

Après être descendus littéralement au beau milieu de nulle part, nous grimpons jusqu’au campement. Situés au milieu des plantations de Nicolas, le papa d’Imox, les lieux disposent d’un confort… à l’amazonienne : pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de gaz, couchage en tentes. Justement, notre vécu amazonien nous permet de nous adapter très vite aux conditions assez spartiates et d’apprécier pleinement l’expérience.

Le paysage qui nous entoure est assez pittoresque, entre les montagnes recouvertes de jungle d’où émanent les cris des singes hurleurs et les prés où paissent paisiblement les vaches.

Ces conditions vous font réaliser à quel point les enfants peuvent se passer de bien des choses. Les plaisirs simples de la préparation du feu de bois puis de s’asseoir autour suffisent à occuper la soirée.

Le lendemain, nous sommes rejoints au campement par Marie, Imox et son père Nicolas. Ils vont nous initier au Temazcal, une tradition maya que Nicolas est le dernier de son village à maintenir face à la poussée évangéliste dans le Chiapas. Nous n’en avions jamais entendu parlé mais ne résistons pas à l’envie d’essayer. 

Le Temazcal est une hutte à sudation, une sorte de sauna version maya alimenté par des pierres chaudes arrosées d’eau parfumée avec différentes plantes. Les pierres sont chauffées pendant plusieurs heures au milieu d’un grand foyer minutieusement préparé par Nicolas.

En attendant que les pierres soient suffisamment chauffées, le déjeuner est confectionné selon une recette traditionnelle : poisson cuit dans des feuilles de bananiers.

Une fois les pierres jugées à bonne température, elles sont disposées au centre de la hutte dans un trou en forme de carré. Le Temazcal peut alors commencer. Nicolas fait monter progressivement la chaleur dans la hutte, en arrosant régulièrement les pierres d’eau. Lorsque le corps s’est suffisamment habitué à la chaleur, nous nous rendons chacun notre tour juste au-dessus des pierres chaudes, les pieds posés de chaque côté du foyer sur des pierres sculptées. Une forme de test de résistance commence alors, sur fond de chants traditionnels accompagnés de tambourin et de cris de jaguar. Chaque fois que Nicolas verse l’eau sur les pierres, la vapeur enveloppe le corps et intensifie la chaleur ressentie. Il faut essayer de tenir le plus longtemps possible, mais Nicolas dose parfaitement les choses pour arrêter au bon moment.

Pour les mayas, le Temazcal était une cérémonie de purification du corps et de l’esprit menée par un chamane. Nicolas n’est pas chamane et ne prétend pas donner un quelconque effet « magique » au Temazcal, chacun venant avec ses propres convictions spirituelles et attentes. De notre côté, nous étions simplement curieux et avons vécu au final un moment bien agréable et, une fois de plus, totalement inattendu.

Afin de profiter d’une nouvelle soirée feu de camp et des singes hurleurs qui commencent leur concert dès 3 heures du matin, nous passons finalement une nuit de plus sous la tente.

A l’issue de notre dernière nuit au campement, nous sommes accueillis par la famille de Nicolas au village de Lopez Matéo. L’occasion pour nous d’approcher d’un peu près le quotidien d’une petite communauté du fin fond du Chiapas. La famille vit de la production de ses champs, confectionne ses tortillas, et n’a pas besoin d’autre chose.

Certes, en l’absence de salle de bains il faut se baigner dans la rivière, et faute de matelas, nous dormons dans des hamacs, mais c’est exactement le type d’expérience que nous recherchions.

La rivière bordant le village est de toute beauté avec ses eaux transparentes. C’est elle qui fait office de salle de bains en plein air.

Le village de Lopes Mateo se situe également à la lisière d’un petit morceau de jungle qui mène, après quelques heures de marche, aux ruines de Palenque. Imox connaît parfaitement le coin pour y avoir passé, enfant, des heures à jouer avec ses copains. Maintenant, c’est son travail qui l’amène à passer du temps dans cette jungle car il participe aux fouilles du site maya. Il nous propose d’aller l’explorer pour aller à la rencontre des singes hurleurs. Ça tombe bien, la randonnée nous manquait vraiment depuis quelques temps. Personne n’ayant emprunté le chemin menant à la jungle depuis le début de la pandémie, celui-ci a quasiment disparu sous la végétation. Imox nous ouvre le passage à la machette alors même que nous n’avons pas encore atteint l’entrée de la jungle… Avant d’y pénétrer enfin, Imox dépose une offrande, selon la tradition maya, afin que notre passage dans la jungle se déroule bien. Il prend également le soin d’imprégner nos chaussures et nos vêtements de fumée de cigare, l’odeur du tabac ayant apparemment la propriété d’éloigner les serpents. Deux précautions valent mieux qu’une…

Nous revoilà au cœur de la jungle, mais cette fois dans une ambiance « gorille dans la brume ». Le brouillard nous entoure et tout est étonnamment silencieux. Les chances de voir les singes hurleurs dans ces conditions s’amenuisent. Nous poursuivons notre chemin dans l’espoir de voir tout de même quelques animaux tout en évitant de se perdre.

Les singes finissent par se faire entendre au loin et Imox nous invite à couper droit sur eux pour ne pas les manquer. Nous en repérons un, puis deux, puis tout un clan. Ils nous observent sans s’enfuir pour autant et un jeune mâle curieux hésite même à s’approcher. Ils ne nous feront pas l’honneur de hurler en notre présence, mais le seul spectacle de les regarder évoluer dans les branches est une superbe récompense pour le prix de 5 heures de marche dans la jungle !

Ces premiers jours au Chiapas nous auront vite réconcilié avec le Mexique. Les gens, les paysages, le retour à la nature sont plus en phase avec ce que nous aimons vivre. Les sensations sont là, agrémentées de belles rencontres et d’imprévu ; le voyage a bel et bien repris !

Prochaine étape : Le plus « magico » des « pueblos magicos »…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Logement à Palenque
Nous avons choisi de réserver à la Casa Janaab Palenque via Booking, en particulier pour son prix, et également la proximité de la gare routière et du marché (Pas trop envie de faire des kilomètres à pied après le trajet de nuit !). L’hôtel et simple et agréable, avec une cuisine et un joli petit jardin. Il rempli très bien ses fonctions.

Tour organisé dans la région des Chiapas.
Pour notre journée à Bonampak et Yaxchilan, nous avons opté pour un tour organisé (tout le monde s’accorde à dire que c’est compliqué à faire en transport public) avec l’agence de Juan : juanrodriguez134@outlook.com / https://www.transtulum.com / +52 1 916 102 0925
Ils organisent également des tours dans les cascades de la région.

Pour se rendre en transport en commun aux ruines de Palenque:
Collectivo « ruinas » à prendre juste à coté de la gare routière ADO.

Pour se rendre en transport en commun aux cascades :
– Wejlib Ja : collectivo « Rio chancala » à prendre à coté de la gare routière ADO. 25 pesos/personne
– Misol ha : collectivo « Ocosingo » à prendre en face de Electra et de la banque Azteca. 40 pesos/personne

Entrées sur les différents sites :
– Wejlib Ja : 40 pesos/adulte
– Misol ha : 10 pesos puis 20 pesos par adultes (2 points de passage car 2 communautés…)
– Ruines de Palenque : 37 pesos pour le parc, puis 40 pesos pour le site
Attention, avec le contexte Covid, seulement 2 horaires pour visiter le site : 10h-12h30 ou 13h-15h30
– Tour Yaxilan/Bonampak : 950 pesos (inclut transport en minibus, bateau, petit dej, déjeuner et entrées aux sites)

Temazcal & nuit chez Nicolas
Pour passer quelques nuits dans le campement de Nicolas, chez lui à Lopes Matéo, ou pour tout simplement vivre l’expérience du Temazcal,
Nicolas: +52 1 916 120 0209 ou son fils Imox +33 6 15 88 42 15

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