Retour à Cusco et dans la vallée sacrée

Après notre superbe trek autour de l’Ausangate, nous étions prêts à en enchaîner un autre, pensant que tout était reparti. Sauf que le Pérou n’est pas fait pour les impatients. Pays très procédurier aux multiples couches administratives, il prend ses décisions lentement, avec beaucoup de précautions, et les annonce parfois au dernier moment, comme nous l’avons vu pendant le confinement. Résultat, les sites sont loin d’être tous accessibles et il nous faut encore attendre la date officielle de réouverture pour la plupart…

Le pays semble pourtant bien être enfin sorti de la première vague. La quasi-totalité des régions sont déconfinées, les hôpitaux ne sont plus saturés et le nombre de décès est descendu en flèche. Pour autant, le Pérou ne baisse pas la garde : le port du masque obligatoire partout, ainsi que d’un protecteur facial dans les transports, le couvre-feu et l’interdiction de sortie le dimanche restent toujours en vigueur. Les commerçants continuent à prendre notre température et à asperger d’antiseptique la monnaie qu’ils nous rendent.

A Cusco, l’atmosphère se détend. La ville se réanime peu à peu ; quelques magasins et restaurants supplémentaires ont relevé leur rideau, la circulation dans les rues est un peu plus dense et surtout la belle place des armes a repris vie. Les rubalises ont enfin été enlevés pour laisser les passants y déambuler à peu près librement, mais la police n’est jamais très loin pour siffler les regroupements.

Et l’expérience quelque peu lunaire du passage chez le coiffeur nous rappelle que la vie n’a pas repris son cours tout à fait normal…

L’incertitude sur la date de réouverture des sites archéologiques et musées fait désormais suite à celle de la fin du confinement. Le Pérou aura joué avec nos nerfs et notre patience jusqu’au bout. Doit-on rester encore un peu ? Allons-nous attendre pour rien ? Quelques vols internationaux ont repris, faut il en profiter pour quitter le pays ? Certains journaux annoncent des dates génératrices d’espoir aussitôt contredites par d’autres informations… Nous avons beau essayer de résister au mieux à l’incertitude, le moral fait souvent le yoyo. 

Et puis finalement, l’annonce tombe enfin : un premier groupe de sites va rouvrir ses portes à compter du 15 octobre, et qui plus est gratuitement ! En revanche, le Machu Picchu n’est pas dans la liste. La date de sa réouverture reste incertaine, même si un touriste japonais resté à Aguas Calientes depuis le début du confinement a eu l’immense honneur de le visiter en avant-première. Ben nous aussi nous sommes restés au Pérou envers et contre tout, pensez à nous !

En attendant le 15 octobre, histoire de nous occuper et parce que nous sommes un peu têtus, nous repartons à l’assaut du « balcon del diablo ». Cette petite randonnée tentée en juillet dernier lors de notre premier passage à Cusco nous avait laissé un petit goût mitigé : nous avions dû contourner une communauté qui bloquait le passage, puis avions failli nous faire attaquer par des chiens, pour au final ne pas trouver le balcon… Cette fois-ci, nous partons avec Juan, pour être sûr de ne rien manquer. L’accès est déjà beaucoup plus simple, la communauté ayant rétabli le passage. Une fois sur place, nous nous rendons compte que nous étions vraiment juste à côté du balcon la première fois, mais avons cherché du mauvais côté… Une petite cavité percée dans une paroi fait effectivement office de petit balcon. Il surplombe une grotte que Juan nous propose d’explorer.

Pieds nus dans l’eau glacée et lampe frontale sur la tête, nous nous enfonçons jusqu’à l’immense nef naturelle constituant le cœur de la grotte.

Le chemin du retour nous fait descendre la rivière en passant par un petit site inca n’ayant visiblement fait l’objet d’aucune fouilles archéologiques. Seuls la présence d’anciens canaux et d’un grand rocher, dont certains cotés accueillent des petites plateformes taillées et une demi chacana à 7 degrés, témoignent de l’existence du site. Des terrasses recouvertes de végétation se devinent juste à côté. Juan nous explique que le rocher constituait probablement une « huaca » à l’époque inca. 

LE SAVIEZ VOUS?

Dans la culture quechua, une huaca était un objet, un monument, un rocher, une source, une montagne, ou un lieu considéré comme sacré.

Autre élément très important, la chacana ou croix andine. En un seul symbole, vous avez une synthèse de toute la culture quechua. Elle est le plus souvent constituée de 3 marches. La moitié supérieure représente ce que l’on voit : les 3 mondes, à savoir le ciel, la terre et le monde sous-terrain ; et les 3 animaux associés à ces 3 mondes : le condor, le puma et le serpent.
La moitié inférieure rappelle ce que l’on a entendu : les 3 lois fondamentales incas que sont ne pas être un menteur, ne pas être un voleur, et ne pas être un paresseux ; et les 3 lois sociales de réciprocité : individuelle  (j’aide mon voisin, la prochaine fois ce sera lui qui m’aidera), communautaire (je travaille pour la communauté et elle me viendra en aide en cas de besoin), et enfin étatique (je travaille pour l’empire et je bénéficie des infrastructures construites).
Les 4 extrémités de la chacana représentent, quant à elles, les 4 éléments, les 4 points cardinaux, et les 4 régions de l’empire.Le rond au centre symbolise la ville de Cusco, la capitale de l’empire, le centre du monde où siège l’Inca.
Enfin, l’ensemble de la chacana forme un soleil, l’élément sacré le plus important.
Lorsque la chacana comporte 7 marches, celles-ci représentent les 7 couleurs de l’arc-en-ciel, le point de passage entre le monde terrestre et le monde des cieux. Le condor est le seul animal à pouvoir faire ce passage et y emmène les âmes des défunts.

http://38ruepolonceau.canalblog.com

Le 15 octobre marque le début de notre séance de rattrapage de tous les sites à côté desquels nous sommes passés sans pouvoir y accéder jusqu’à présent. Pas trop de précipitation pour autant ; contrairement aux touristes qui visitent la vallée sacrée sur seulement quelques jours, nous allons tranquillement étaler les visites sur une semaine au moins. Le site internet officiel censé gérer les réservations n’est ouvert que le matin même du 15, et ne fonctionne mystérieusement qu’avec certains ordinateurs et téléphones. Après de multiples essais avec 5 appareils différents, rien à faire. Tant pis, nous nous rendons sur notre premier site avec des copies d’écran en croisant les doigts pour qu’ils nous laissent rentrer. Finalement, pas de quoi stresser, même avec un système de réservation par internet, on vous note à la main. A la péruvienne quoi… Et nous voilà, après prise de température et désinfection des mains, sur notre premier site : Sacsayhuaman.

A la fois forteresse et centre religieux, le site constituait la tête du puma lorsque Cusco avait sa forme originelle. Il est particulièrement connu pour sa muraille en zigzag à 3 niveaux aux pierres gigantesques. La technique utilisée pour les acheminer puis les encastrer parfaitement sans mortier, comme un tétris géant, est encore aujourd’hui un mystère, sachant que certaines pèsent plus d’une centaine de tonnes ! L’explication la plus académique retient comme hypothèse un transport sur rondins et l’utilisation de rampes, la plus farfelue une intervention extra-terrestre…

Avec la mise en place des protocoles Covid, le site n’est malheureusement plus accessible dans sa totalité. Un circuit est désormais imposé et des gardiens sont disposés un peu partout pour faire respecter les distances et le port du masque. Un peu frustrant mais il faut bien s’en contenter, et puis surtout il n’y a vraiment pas grand-monde. Nous sommes les seuls étrangers sur le site, ce qui nous vaut même d’apparaître dans un article d’un quotidien national péruvien ! Nous n’avons cependant pas encore la notoriété du japonais qui a visité le Machu Picchu…

Un peu plus loin dans la vallée sacrée, le joli village de Chinchero offre un bel exemple de fusion architecturale : des édifices aux formes espagnoles s’appuient sur les fondations incas. A l’intérieur même du village, se visitent les ruines de ce qui était semble-t-il une station balnéaire pour la noblesse inca.

Si l’on pousse encore un peu plus loin, on peut découvrir les terrasses en cercles concentriques de Moray. Le site servait de laboratoire agronomique inca.

A seulement quelques kilomètres de Cusco, deux petits sites se visitent assez rapidement. Le premier est celui de Tambomachay, surnommé « le bain de l’Inca » auquel les fontaines en activité donnent un certain charme.

A une centaine de mètres de Tambomachay se dresse la petite forteresse de Puka Pukara qui gardait un chemin d’accès vers Cusco. Elle tire son nom, la « forteresse rouge », de la couleur que prennent ses pierres au coucher du soleil. Nous ne pouvons le vérifier, les nouveaux protocoles imposent la fermeture des sites à 15h…
Néanmoins, nous pouvons voir le noir qui colore les collines environnantes suite à un énorme incendie la semaine précédente. Après plusieurs jours d’hélicoptère volant au dessus de Cusco, celui-ci a pu être éteint sans endommager les sites archéologiques.

Beaucoup plus loin de Cusco, une autre forteresse nous attend : Wakrapukara. On n’y accède pas aussi facilement que les précédents sites, il faut enchaîner 3 heures de voiture puis 3 heures de marche. Nous nous y rendons avec Washi, un ami guide de Juan, qui connaît bien le site. Après un nouveau départ en voiture à 4 heures du matin, nous arrivons au point de départ situé à plus de 4 000 mètres. Une partie du chemin est encore recouverte d’une fine pellicule de neige lorsque nous débutons la randonnée. L’aller consiste à monter jusqu’à 4 500 mètres avant de descendre franchement dans la vallée où se situe la forteresse. Le retour promet d’être beaucoup plus difficile…

De loin, la forteresse se confond totalement avec la montagne sur laquelle elle a été érigée. Seules les roches en forme de cornes, qui donnent son nom au bastion, en caractérisent l’emplacement. Mais ce qui impressionne tout d’abord, c’est de découvrir les formations rocheuses qui l’entourent et le canyon qui s’ouvre en contrebas.

Au fur et à mesure de l’approche, les murs et les escaliers se distinguent, révélant le tour de force architectural des constructeurs. Nous avons bien cru ne pas pouvoir y grimper lorsqu’un gardien est sorti de nulle part pour nous signifier que le site n’était pas encore ouvert. Mais après quelques palabres et supplications de Washi, il nous laisse tout de même visiter à condition de ne pas trop en faire la publicité… Le site est vraiment impressionnant : une fois sur le promontoire, on réalise que le précipice nous entoure de tous les côtés, rendant la forteresse inexpugnable. Ses murs épousent parfaitement les bords et les reliefs, les pierres suivant les moindres courbes naturelles du terrain et des flancs.

LE SAVIEZ VOUS?
La forteresse de Wakrapukara a été construite sur les ordres d’un général inca, exilé de la cour par l’empereur. Le considérant comme une menace pour son trône, il l’éloigne avec pour mission officielle de garder un point stratégique sur la route d’accès à Cusco. Le noble ne part pas tout seul, il s’installe sur le site de Wakrapukara avec sa famille et ses serviteurs. La famille est comprise au sens large, puisque ce sont plusieurs centaines de personnes qui l’accompagnent en exil. Lorsque l’Inca vient visiter la forteresse, il croit que notre général fomente un complot avec pour projet de lever une armée contre lui. Il lui fait donc couper les oreilles, avant de se rendre compte que celui-ci avait bien mis en réalité l’édifice au service de l’Empire…

Notre rattrapage des sites se termine par Tipon et Pikillakta. Situé à une vingtaine de kilomètres de Cusco, Tipon est assez remarquable pour ses terrasses irriguées. Les canaux et la fontaine cérémonielle toujours en activité prouvent la qualité du système et en font un site vraiment très agréable. Les étages de terrasses auraient a priori servi de laboratoire agricole.

Changement d’ambiance à Pikillakta, nous remontons le temps de près de 900 ans avant les Incas pour déambuler dans les ruines d’une ville de la civilisation Huari. On en fait le tour par l’enceinte encore debout, dont certains pans s’élèvent à plus de 5 mètres de haut. Les bâtiments intérieurs n’ont en revanche pas résisté au temps, mais le tracé des rues est encore bien visible.

Avec toutes ces visites, nous avons quasiment écumé tous les sites de la vallée sacrée. Évidemment, il nous en manque un… Le plus emblématique du Pérou, l’une des 7 nouvelles merveilles du monde. Mais ça, c’est une autre histoire.

Prochaine étape : L’épopée du Machu Picchu…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Jusqu’à fin décembre 2020
, les sites de la vallée sacrée normalement inscrits dans « le boleto » sont gratuits ! Il faut néanmoins s’inscrire avant sur un créneau horaire : https://parques.culturacusco.gob.pe

Pour visiter Wakrapukara, nous vous recommandons le guide Washi qui connaît très bien le site.
Whatsapp : +51 999 408 377

Une réflexion sur “Retour à Cusco et dans la vallée sacrée

  1. idiot78 dit :

    C’est quand même un parcours privilégié. Par contre, soit vous parlez super bien anglais, soit le journaliste n’a rien compris parce qu’il vous prend pour une famille anglaise…. Ou alors c’est le style Maison-Laffite qui revient.

    Aimé par 1 personne

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