Atalaya, la machette n’a plus de secrets pour nous

Il y a encore quelques semaines, l’idée de passer un mois en Amazonie nous aurait paru au mieux un peu folle, au pire impossible étant donnée la situation. Lorsque nous arrivons à Atalaya, nous débutons notre quatrième semaine amazonienne. Définitivement, rien ne nous semble plus impensable…

Atalaya est un minuscule port à une vingtaine de kilomètres de Salvacion. Il est situé pile à la frontière entre les régions de Cusco et de Madre de Dios. Une fois de plus, c’est le hasard des rencontres qui nous a amenés là. Darwin et Flora, notre guide et notre cuisinière durant le tour dans la jungle, y habitent et nous ont invités à y passer quelques jours. Darwin nous a proposé une activité bonus à notre mini-formation survie, et Flora de nous emmener dans les champs.

Atalaya compte tout au plus une cinquantaine de familles. Flora nous a recommandé l’une des deux seules auberges du village, chez César. Ici, tout est une histoire de famille : César est marié avec la sœur de Flora et Darwin est marié avec la sœur de César. La boucle est bouclée, nous restons en famille !

Bonne surprise, César dispose de vraies chambres et de vrais lits, ça nous fait presque bizarre… Il est adorable et nous accueille dans une ambiance « mi casa es su casa ». Nous partageons la cuisine et les repas avec lui et son fils Alexis. Par contre, pour Internet, il faut se rendre à une « cyber-tienda », seul point d’accès wifi du village.

Le choix dans les tiendas étant extrêmement limité, il vaut mieux faire ses courses dans le village de Pilcopata, situé à une demie-heure. Le trajet se fait facilement en moto si on n’est pas trop à cheval sur la sécurité routière amazonienne.

Principalement orientée sur l’accueil des touristes, l’activité de César est en ce moment surtout consacrée à l’agriculture, comme beaucoup de péruviens. Il nous emmène dans ses champs, situés sur une petite île au milieu du fleuve Alto Madre de Dios, afin de récolter quelques produits frais pour nos repas.

LE SAVIEZ VOUS?
A Atalaya, si le fleuve Alto Madre de Dios relève du domaine public de l’État, les îles qui s’y trouvent n’appartiennent à personne et peuvent être cultivées librement. C’est la règle du premier arrivé premier servi qui prévaut, mais à condition de cultiver les parcelles sans interruption. A défaut, un autre peut revendiquer la place, ce qui peut être source de conflits. Pour bénéficier de la règle, il n’est pas nécessaire d’habiter Atalaya ; tout péruvien et même non-péruvien peut en solliciter le bénéfice ! 

Nous commençons la récolte par le yuka, le nom local du manioc. Il faut quelques efforts pour sortir les tubercules de terre, mais ils sont tellement délicieux frits.

La cueillette des bananes est plus technique : on secoue le bananier à l’aide d’une perche jusqu’à le faire plier. Théoriquement, on doit ralentir la chute pour ne pas trop abimer les fruits. C’est là, la partie technique qu’il est difficile de maîtriser la première fois…

César nous propose ensuite une bonne séance de désherbage à l’amazonienne : machette en main, il faut couper tout ce qui dépasse. Un défouloir aussi efficace qu’une séance à la salle de sport !

Les enfants aident également César à planter de nouveaux avocatiers au milieu du maïs. Ils devront revenir dans 5 ans pour en déguster les premiers fruits.

Par contre, il vaudra mieux laisser la cueillette à Alexis. Ici, les avocats poussent à une dizaine de mètres de hauteur et il faut grimper jusqu’aux branches pour les faire tomber à l’aide d’une longue perche.

Le port d’Atalaya est un point de départ des tours dans le parc del Manu. Mais en ce moment, tous les bateaux des agences sont en cale sèche à côté du terrain de foot. Il y a cependant quelques points d’intérêt que César nous propose de découvrir dans le cadre d’un petit tour d’une journée. 

Le départ est à 5 heures du matin pour arriver avant le lever du soleil à la collpa des aras, une falaise argileuse que des dizaines de aras viennent lécher pour en extraire les sels minéraux. Il faut être à l’heure car le spectacle ne dure qu’une vingtaine de minutes. Dès que le soleil darde ses rayons, les perroquets ne restent plus très longtemps.

Nous enchainons avec une petite marche dans la jungle jusqu’au géant de la forêt : un superbe spécimen d’arbre parmi les plus hauts de la jungle. Les adeptes de sylvothérapie peuvent s’y mettre à une vingtaine pour lui faire un câlin en même temps tellement il est large !

Le tour se termine par une traversée en bateau d’un joli petit canyon en amont d’Atalaya. D’une petite plage, il est possible de descendre les rapides sur une grosse bouée pour rejoindre un plongeoir naturel situé sur la rive opposée. La traversée du fleuve à la nage une fois que l’on a plongé est assez périlleuse car il faut lutter contre le courant qui vous entraîne au loin. Arnaud y a laissé une chaussure d’eau qui doit maintenant flotter quelque part au milieu de l’Amazonie…

Passionné d’oiseaux, Alexis, le fils de César, fait des études pour devenir guide spécialisé en ornithologie. Le temps d’une matinée, nous partons avec lui pour observer les oiseaux. Ne se séparant jamais de son télescope, il n’a pas son pareil pour dénicher et nommer tous les oiseaux du coin. Il faut s’armer de patience et garder le silence, ce qui n’est pas toujours simple pour les enfants…

Les oiseaux ne sont pas les seuls à se cacher dans les arbres. A force de nous déplacer dans la jungle, nous avons maintenant appris à reconnaître leurs cris.

La jungle, comme nous l’avons dit plusieurs fois, est le royaume du camouflage. Il faut donc développer un bon sens de l’observation pour débusquer certains insectes et animaux. Afin de vous en donner un petit aperçu, nous vous proposons un petit jeu : un « Où est Charlie ? » version jungle. Cette fois, pas de personnage à lunettes avec bonnet et pull rayé rouge et blanc à trouver, mais un insecte ou un animal camouflé sous vos yeux. Bonne chasse !

Tout comme César, Flora a délaissé son activité touristique pour se dédier totalement à l’agriculture avec son mari. Elle nous fait également visiter ses champs et nous explique qu’ils ont diversifié leurs cultures traditionnelles (maïs, yuka, bananes) avec des tomates, des carottes, des haricots verts et des courgettes depuis la pandémie. Face à l’envolée des prix de certains produits les premiers mois et à l’effondrement de l’activité, le gouvernement régional a distribué à la population des semences de légumes ainsi que quelques poulets pour assurer un minimum de subsistances.

De ses champs, nous partons ensuite faire une nouvelle petite virée dans la jungle. Au détour d’un lac, nous avons même la chance de surprendre un tapir en train de se rafraîchir. 

Nous finissons notre séjour amazonien par un dernier exercice « survie » concocté par Darwin. Après nous avoir appris à nous nourrir, nous désaltérer et nous abriter dans la jungle, il lui restait à nous apprendre comment se sauver de la jungle en construisant… un radeau ! Nous avons déjà eu l’occasion d’en faire un lors de notre tour en Bolivie, mais avec des troncs déjà préparés. Cette fois, le radeau n’est pas livré en kit, nous allons le fabriquer avec Darwin de A à Z.

La fabrication ne nous prend pas moins d’une matinée entière. Rien que la coupe des arbres à la machette est loin d’être simple. Nous abattons en tout 5 arbres, prélevés dans une zone déjà déboisée pour les cultures. Il faut ensuite porter les rondins jusqu’au bord du fleuve, leur enlever l’écorce pour améliorer la flottabilité, et les attacher solidement ensemble.

S’ensuit la phase de test : on jette le radeau dans l’eau et on voit s’il flotte, puis s’il flotte toujours avec 5 passagers… Le test est concluant, nous pouvons nous lancer à l’assaut des flots et des courants.

Nous descendons le fleuve juchés sur notre embarcation pendant une belle demie-heure sans même chavirer… jusqu’à la manœuvre d’accostage qui s’avère beaucoup plus délicate. Nous heurtons la rive un peu trop vite et le choc retourne le radeau. Nous voilà emportés par les courants mais réussissons in extremis à nous raccrocher à un bateau heureusement amarré pas très loin pour rejoindre la terre ferme.

Darwin nous accueille ensuite dans son campement pour déjeuner et nous remettre de nos émotions.

Une belle dernière aventure qui finit notre expérience amazonienne.

Prochaine étape : Un peu plus près des étoiles…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

César possède un des rares hospedaje d’Atalaja. Des chambres propres avec de vrais lits et moustiquaires. Douches froides (mais quand il fait chaud dehors, on s’y habitue !). Les colibris viennent dans son jardin, c’est un plaisir de les observer en dégustant de l’eau de coco en provenance direct des cocotiers du jardin.
César n’a pas de site web ni d’agence de voyage de plain-pied, mais organise des circuits (de 1 à 10 jours dans le parc del Manu) à tarif très intéressant. Il peut également organiser votre transport vers Cusco.
La femme de César fait également un très bel artisanat (colliers et bracelets).
Whatsaap : +51 999 989 801
Prévoir quelques jours pour avoir une réponse, il ne consulte pas internet tous les jours.

Darwin, excellent guide qui travaille en freelance avec plusieurs agences, et est en train de monter sa propre agence. Il habite Atalaya et possède également un lodge dans la selva depuis moins de 2 ans (on y va en bateau ou à une bonne heure de marche depuis Atalaya). De quoi faire une très belle immersion dans la selva !
Whatsaap : +51 984 850 081

Atalaya est assez isolé.
Pour avoir internet, il faudra aller aller à la « cyber tienda » du village. Pour 2 soles de l’heure… comme au bon vieux temps !
Pour faire vos courses, vous trouverez les produits basiques dans les tiendas du village (pâtes, riz, gâteaux,bière…) mais pour les produits frais tels que la viande, légumes ou fruit, il vous faudra aller à Pillcopata ou Salvacion. Il n’y a pas non plus de banque ou distributeur bien entendu.

3 réflexions sur “Atalaya, la machette n’a plus de secrets pour nous

  1. Michel T dit :

    Magnifique, magnifique !!
    Les fleurs, les insectes, les oiseaux (ah, les oiseaux…vos photos sont incroyables !)…et ces paysages ! Ils me parlent beaucoup, car mon enfance a été bercée par les photos d’Amazonie de mes parents (je suis né en Guyane) !
    Incroyable la taille de ces bananiers ! Rien à voir avec ce qu’on voit habituellement dans les plantations !
    Merci d’avoir donné la solution pour la photo du papillon, car je n’arrivais pas à le trouver !
    .

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  2. Mrs C. dit :

    Bon alors le papillon….. faut vous croire sur parole 😉
    Les aventuriers en Amazonie, belle aventure.
    Sarah devient une ravissante jeune-fille, quel plaisir de voir vos gamins s’épanouir ainsi.

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  3. Jp dit :

    Finalement cette attaque virale de la Covid 19 qui nous impose un couvre-feu à partir de demain vous aura néanmoins permis de vivre d’extraordinaires aventures en bouleversant vos plans initiaux. Que d’expériences enrichissantes, quel dépaysement ! À ce sujet avez-vous reflechi, pour votre retour, à un point de chute progressif en France style Lozère afin de minimiser l’inévitable choc du comeback? Humour😉

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