Parque del Manu, préparation à Koh Lanta !

Les 8 pieds chaussent les bottes ! Nous repartons en exploration dans la jungle, mais cette fois plus profondément. Sur les recommandations de Claire et Juan, nous avons pris contact avec Abel, qui tient une agence organisant des tours avec un guide professionnel. Son activité est au point mort et il se consacre aux travaux des champs depuis 6 mois, mais en 2 jours, il nous organise sans problème un tour rien que pour nous. Nous voilà donc partis pour 4 jours au cœur du parc del Manu.

Pour pénétrer dans le parc del Manu, nous roulons d’abord deux heures jusqu’à la communauté de Shintuya. De là, 3 heures de pirogue à moteur nous attendent pour descendre le fleuve. En cette saison, l’eau est tellement basse que nous raclons le fond à certains passages. Les petits lodges où nous dormons sont tout à fait confortables (dans le standard Amazonie) et en plus nous avons tout le personnel pour nous tous seuls : un guide, une cuisinière et deux bateliers.

En cas de besoin, un hameau de quelques maisons est accessible en pirogue en une dizaine de minutes. Ultime lieu habité juste avant la fin de la route, il est également l’ultime accès internet du coin…

Pendant les 4 jours, nous serons guidés par Darwin. Avec un tel prénom, nous espérons en apprendre beaucoup sur tout ce qui nous entoure. Et honnêtement, nous ne sommes pas déçus ; de l’histoire de l’Amazonie péruvienne aux différentes plantes, il maîtrise !

LE SAVIEZ VOUS?
Le Pérou a été conquis deux fois : une fois par Pizzaro, qui a fait tomber l’empire des Incas au 16ème siècle, et une deuxième à la fin du 19ème siècle. Plus exactement, l’Amazonie péruvienne a été le théâtre de ce que l’on a appelé après coup la deuxième conquête du Pérou. L’Amazonie faisait partie des 4 régions rattachées au territoire impérial des Incas, mais sans que ceux-ci s’y soient beaucoup enfoncés. Les espagnols ont bien mené quelques expéditions, notamment dans la région del Manu, mais sans jamais y installer de postes avancés. Ils cherchaient surtout la mythique cité de Païtiti, le supposé dernier refuge des Incas et de leurs trésors, cachée dans la forêt amazonienne. À la fin du 19ème siècle, la forêt présente un nouvel intérêt : l’arbre à caoutchouc. Les débuts de l’automobile et la demande en caoutchouc des grandes firmes comme Dunlop et Goodyear pour la fabrication des pneus transforme l’Amazonie en un nouvel el dorado et déclenche une fièvre du caoutchouc. L’installation des plantations se fait au détriment des autochtones ; ils se font déplacer, recrutés de force pour travailler, coloniser et finalement décimer. La production de caoutchouc décline au début du 20ème siècle face à la concurrence des colonies européennes en Asie, où l’arbre à caoutchouc s’est très bien acclimaté. Des dizaines de milliers d’Amérindiens d’Amazonie en ont payé le prix.

En nous réfugiant en Amazonie, nous avons perdu notre accoutumance à l’altitude, mais nous entretenons au moins une chose : notre endurance. Nous marchons beaucoup, avec la chaleur moite, les lianes et les petites bêtes en plus. Pour les grosses bêtes, même en progressant silencieusement, il est toujours très difficile d’en débusquer. Il reste que Darwin rend chaque sortie intéressante, trouvant toujours l’occasion de nous expliquer la richesse de l’écosystème. Entre le mimosa pudique, les ficus étrangleurs et les palmiers marcheurs, ça ne manque pas !

LE SAVIEZ VOUS?
A votre avis, le bananier est a) un arbre, b) un arbuste ou c) une plante ? Si vous pensez spontanément à la réponse a), c’est normal, ne dit-on pas un bananier ? Si par contre, vous avez choisi la réponse c), pensant que si nous posons la question c’est que la réponse doit être la plus improbable, bien raisonné ! Pour être un arbre, il faut avoir un tronc. Or, le bananier n’en a pas, il repose sur une grande tige formée de plusieurs couches en oignons. Quand on la coupe, le cœur commence à repousser au bout d’une heure !

Surtout, Darwin nous apprend quelques grands principes d’adaptation et d’évolution dans la jungle. Voici donc les bons plans survie des 8 pieds, si un jour vous vous perdez dans la forêt amazonienne…

Tout d’abord, il est fortement recommandé de se munir d’une machette avant de pénétrer dans la jungle. Sans cet outil, vous partez avec un handicap qui risque de diminuer quelque peu vos chances de survie. Autre avantage, c’est une idée cadeau facile pour un petit garçon de 7 ans. Par exemple, si vous êtes en panne d’inspiration pour Thomas pour un futur Noël ou anniversaire, ne cherchez plus. Offrez-lui une machette ! Non seulement vous comblerez sa nouvelle passion, mais en plus il se fera un plaisir de vous rendre quelques menus services tels que : tailler vos lianes un peu trop envahissantes, élaguer vos bananiers, ou encore achever vos piranhas fraîchement pêchés…

Autre accessoire indispensable : les bottes. Très utiles pour poser les pieds en toute confiance lorsque l’on ne voit pas complètement sur quoi on marche. Sans parler des passages dans la boue et les traversées de rivières.

Maintenant que vous êtes dotés de l’équipement minimum, vous pouvez survivre dans la jungle, vous n’avez besoin de rien d’autre.

Pour boire, rien de plus facile. Il suffit de chercher une liane naturellement gorgée d’eau. On la repère grâce à son écorce : elle est la seule à s’écailler. Une fois coupée, on la penche pour boire directement « au goulot ». Attention, elle existe aussi en version vénéneuse. Il faut donc vérifier une petite chose avant de boire : si l’intérieur de la liane est marqué d’un point central duquel partent plusieurs rayons, l’eau est potable. En revanche, si l’intérieur présente un point central avec seulement 4 rayons, il s’agit de la cousine empoisonneuse…

Une fois votre soif étanchée, il vous reste à trouver votre nourriture. Là encore, rien de bien compliqué, repérez une termitière et vous aurez à votre disposition une bonne réserve de protéines ! Comment le sait-on ? Lorsque les locaux en donnent à manger à leurs poulets, ceux-ci grossissent beaucoup plus vite… En tout cas, faciles à attraper, les termites ont un goût presque rafraîchissant, testé et approuvé par Arnaud (le seul qui a osé goûter) !

Par contre, évitez de confondre une termitière avec une fourmilière, spécialement celle des fourmis « balas », autrement dit les fourmis « balles » ou les fourmis « 24 heures ». Lorsque ces petits monstres de 2 centimètres de long vous piquent, c’est apparemment extrêmement douloureux pendant 24 heures.

LE SAVIEZ VOUS?
Le rite de passage à l’âge adulte des garçons adolescents de certaines tribus amazoniennes consiste à mettre des fourmis « balas » dans des sortes de gants. Le jeune homme doit prouver son courage en revêtant les gants et les garder pendant 5 minutes. Ce n’est que s’il réussit qu’il pourra se choisir une femme…

Si vous souhaitez varier un peu votre régime alimentaire, rien ne vaut la pêche aux piranhas. Prévoyez du fil de pêche (la canne est superflue), un hameçon et des vers de terre. Avec les vers, pêchez un autre poisson. Avec les morceaux de ce poisson, pêchez les piranhas. S’il est difficile de trouver des vers car la saison est trop sèche, préférez du poulet. Ça marche très bien aussi, et ça vous évite l’étape de pêcher un autre poisson avant… Les piranhas aiment les endroits un peu profonds. Si lorsque vous mettez à l’eau votre appât, il se fait grignoter en quelques secondes, vous avez trouvé un bon spot ! Il reste ensuite à lever votre ligne au bon moment, avant que votre morceau de poulet n’ait été totalement dévoré. Inutile de préciser qu’il est très fortement déconseillé de se jeter à l’eau pour se saisir de sa prise…

Avec un peu de chance, vous découvrirez que d’autres espèces de poissons ont également un penchant pour le poulet, comme la lisa ou le dogfish qui sont d’ailleurs plus savoureux et charnus que le piranha.

Vous avez à boire, vous avez à manger, il vous reste à passer la nuit. Il est primordial de choisir un endroit vous assurant le maximum de protection. Privilégiez un arbre aux racines géantes, elles offrent un excellent abri. Après avoir nettoyé la place, plaquez-vous contre le tronc afin de prévenir tout danger dans le dos. Vous n’avez ainsi plus qu’à gérer les menaces venant d’en face. Par ailleurs, en frappant les racines, vous pouvez signaler votre présence au loin pour demander de l’aide.

Voilà, vous en savez désormais assez pour vous perdre dans la jungle sans trop paniquer !

De notre côté, il ne nous restait plus qu’à passer un dernier petit test d’aisance dans la jungle pour valider notre formation « survie ». Ou plutôt un petit plan « loose », comme il en arrive toujours tôt ou tard lors d’un voyage, qui vous met un peu à l’épreuve. Le plan initial était pourtant attrayant : aller passer une nuit sur une plate-forme d’observation des animaux. En milieu d’après-midi, le bateau nous dépose à une vingtaine de minutes en amont afin de raccourcir le temps de marche jusqu’à la plate-forme. En théorie, nous devrions la rejoindre en une bonne heure et demie de marche avant la tombée de la nuit. Nous commençons donc à nous enfoncer plus avant, sous les yeux de petits singes curieux et des toucans.

Rapidement Darwin hésite plusieurs fois sur le chemin. La dernière fois qu’il est venu, il y a un peu plus d’un an, il n’y avait encore qu’un seul chemin. A présent, une multitude de croisements se succèdent transformant les lieux en un vrai labyrinthe. Nous apprendrons plus tard que ces chemins ont été créés récemment pour répartir les groupes de touristes. Dommage qu’aucune indication n’ait été installée car nous finissons par essayer différents chemins jusqu’à tourner en rond pendant 3 heures…

Persuadés d’être tout proches, nous persévérons vainement jusqu’à être rattrapés par la nuit. Il faut alors prendre une décision car passer la nuit dans la jungle hors de tout campement est vivement déconseillé… Inutile de perdre son sang-froid, nous ne sommes pas perdus, nous ne parvenons simplement pas à trouver le chemin conduisant à la plate-forme. En revanche, nous savons d’où nous venons. Nous décidons donc de faire demi-tour et de reprendre le bateau pour rentrer aux lodges. Les bateliers sont censés dormir dans le bateau pour nous récupérer le lendemain matin. Nous finissons donc la randonnée à la lampe torche sur un rythme assez soutenu, il ne faut tout de même pas s’attarder trop longtemps dans la jungle la nuit… La petite montée d’adrénaline donne un regain d’énergie aux enfants qui marchent une heure sans broncher ! Heureusement, les petites promenades nocturnes nous ont habitué à évoluer de nuit dans cet environnement. Arrivés au fleuve, nous découvrons avec désarroi que notre bateau n’est pas là. Il nous reste alors une dernière option : marcher encore une bonne heure jusqu’aux lodges, sans que l’on connaisse exactement le chemin… Tout à coup, une lumière de torche surgie de nulle part apparaît : c’est le dueño, autrement dit le gérant de nos lodges, qui passe par là. Il appelle notre bateau, qui est en réalité amarré un peu plus en amont et que nous n’avions pu repérer dans le noir. Un grand merci à lui, il vient de nous économiser plus d’une heure de marche supplémentaire dans la nuit. Nous rentrons en bateau à la lueur des torches, en nous laissant porter par les courants et en évitant autant que possible les bancs de pierres. Au final, une nouvelle expérience imprévue à notre actif : la randonnée de nuit dans la jungle…

N’ayant absolument pas renoncé à trouver la plate-forme, nous retentons dès le lendemain. Mais cette fois, notre sauveur de la veille, le dueño, nous y accompagne et nous partons directement des lodges, sans nous avancer en bateau. Le chemin que nous empruntons ressemble furieusement à celui de la veille… jusqu’au bout. Nous réalisons qu’hier nous nous sommes arrêtés à seulement 20 mètres de l’accès à la plate-forme ! Dans l’obscurité, nous n’avons pas vu le dernier petit chemin qui nous aurait mené à bon port…

La plate-forme s’élève à 4 mètres du sol et donne sur une petite clairière en contrebas. Le sol y est riche en sels minéraux dont les tapirs sont particulièrement friands. Ils viennent s’en régaler la nuit, hors de vue des prédateurs. Une fois les matelas et les moustiquaires installés, il reste à attendre la tombée de la nuit et espérer que les tapirs nous feront l’honneur d’une visite.

Évidemment, rien n’est garanti, d’autant que le tapir est un animal très craintif. Rapidement, nous sommes comblés, un premier visiteur pointe son nez assez tôt dans la soirée. Suivi d’un deuxième un peu plus tard, puis d’un couple pendant la nuit qui revient même plusieurs fois. Nous les éclairons à la lampe torche sans les effrayer ; il faut savoir que le tapir a une ouïe très fine, mais a une très mauvaise vue. 

Au milieu de la nuit, un mini-buldozer passe au pied de la plate-forme : un énorme tatoo qui ne fait aucun cas d’être entendu et écrase tout sur son passage. Darwin nous précise qu’en 17 ans, c’est la troisième fois qu’il en voit. La nuit d’observation s’est finalement avérée plutôt fructueuse. Peut-être que la veille nous n’avons pas trouvé le chemin pour une bonne raison…

Le retour de la plate-forme marque déjà la fin de notre petite aventure. Il nous reste à remonter le fleuve pendant un peu plus de 3 heures pour rejoindre la communauté de Shintuya. Le trajet en bateau est loin d’être de tout repos pour l’équipage qui doit non seulement lutter contre les courants, mais également passer les bancs de pierre. Le bateau doit être même allégé et tiré pour franchir certains passages.

L’une des dernières choses que l’on s’attend à trouver au milieu de l’Amazonie, ce sont bien des thermes. Et pourtant, à une dizaine de minutes en bateau de Shintuya, se trouvent les thermes d’Aguas calientes, alimentées par une source d’origine volcanique. Une rigole de bambou canalisant l’eau chaude et une autre apportant l’eau froide se rejoignent dans un petit bassin aménagé. Sans ce système, il serait impossible de se baigner tant l’eau est brûlante. La dernière étape détente avant de terminer notre tour.

Bon, nous n’aurons pas eu la « chance » de tomber sur un jaguar ni de voir beaucoup de mammifères, mais ici, le camouflage est avant tout une question de survie… Et puis la jungle, c’est aussi une ambiance, des sons, des odeurs, des sensations, bref une expérience en soi à laquelle il faut s’adapter. En tous les cas, un complément totalement inattendu mais tellement bienvenu à notre belle première expérience en Bolivie.

Prochaine étape : Rendez-vous en terre inconnue…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Tour dans le parc de Manu :
Notre tour a été organisé par l’agence d’Abel (ami d’enfance de Juan et Claire) Palotoa Amazon Travel. Il organise normalement des tours au départ de Cusco, mais pour nous, c’était complétement à la carte avec un départ de Salvacion.
Whatsapp d’Abel : +51 952 325 450
http://www.palotoaamazontravel.com

Vous pouvez également contacter les yeux fermer notre guide, Darwin, qui travaille en freelance avec plusieurs agences. Il habite Atalaya, port de départ de la majorité des tours.
Whatsaap de Darwin : +51 984 850 081

Une réflexion sur “Parque del Manu, préparation à Koh Lanta !

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