Salvacion, à l’entrée de la forêt amazonienne

Depuis la mise en œuvre des confinements localisés, notre nouveau jeu est d’éviter de se faire rattraper par un reconfinement. Comme dans une marelle à l’échelle du Pérou, nous essayons de sauter de case en case, de zones déconfinées en zones déconfinées… L’annonce du prochain reconfinement pour 1 mois de la région entière de Cusco nous laisse 3 options : 1/ nous laisser « enfermer » à Ollantaytambo,  2/ passer plusieurs jours au sein d’une communauté traditionnelle dans les hauteurs d’Ollantaytambo ou 3/ rejoindre la région déconfinée la plus proche pour y passer le mois de septembre. Même si Ollantaytambo est un très beau village, la première option nous apparaît inconcevable. La deuxième n’a pas pu se concrétiser, les villageois ne souhaitant pas nous accueillir, même avec notre test Covid. Il ne nous reste donc plus qu’à trouver une région plus accueillante.

Honnêtement, nous n’allons pas nous plaindre, la région déconfinée la plus proche est Madre de Dios, en Amazonie ! Confinée depuis 5 mois sans interruption, elle rouvre ses portes au 1er septembre. L’expérience bolivienne nous avait bien donné envie de retourner en Amazonie, mais nous n’imaginions pas un instant pouvoir y retourner côté péruvien. En effet, les régions amazoniennes ont beaucoup souffert de la pandémie et sont longtemps restées inaccessibles. Bref, un nouvel épisode de la série « si on nous avait dit qu’on irait » !

Adeptes des exfiltrations, nous changeons nos habitudes pour, cette fois-ci, une opération d’infiltration. Objectif : profiter des dernières heures de libre circulation de la région de Cusco le 31 août pour rentrer dans la région de Madre de Dios, encore confinée. La bascule se fera à minuit : tandis que Cusco se fermera, nous nous réveillerons en « zone libre », dans le village de Salvacion, un nom prédestiné pour notre échappée… La logistique est digne d’un vieux film d’espionnage. Un taxi nous attend à Ollantaytambo pour nous déposer à un point de rendez-vous : un pont situé à une quinzaine de kilomètres de Pisac. Nous débarquons sous les yeux ébahis de quelques vendeurs ambulants qui se demandent ce que peut bien faire là une famille de touristes ! Une dizaine de minutes plus tard, une camionnette nous récupère. S’ensuivent 6 heures de route assez sportives car notre chauffeur conduit comme s’il était sur un circuit de Mario Kart. Première partie du circuit : la montagne. Une succession de lacets à vous faire rendre tous vos repas de la journée, voire ceux des deux jours précédents… Deuxième partie : la jungle. La route bitumée devient un chemin de terre creusé d’ornières et de gués, bordé de végétation luxuriante. Il ne manque plus que les plantes carnivores géantes pour l’ambiance… Quel que soit le terrain, notre chauffeur-pilote de course tente visiblement d’améliorer son chrono. Il ne parvient cependant pas à franchir la ligne d’arrivée avant le couvre-feu. En région confinée, celui-ci commence à 20h ; or, nous n’arriverons pas avant 22h30. Intervient alors la 3ème phase de l’opération : un pick-up nous récupère à une dizaine de kilomètres avant l’entrée de Salvacion, nos sacs sont dissimulés à l’arrière sous un matelas, et on croise les doigts pour ne pas croiser la police. Tout ça pour seulement quelques heures encore de confinement…

Arrivés sans encombres, nous sommes accueillis par Oliver et Carolina, parents d’un petit blondinet nommé Lorenzo. Ils tiennent une petite auberge aménagée version jungle. Ici, pas de chambres individuelles, le 1er étage de la maison, ouvert aux 4 vents, accueille 5 grandes tentes avec matelas.

C’est plutôt confortable et en plus, de magnifiques aras viennent vous saluer pour le petit-déjeuner ! Nés dans un abri construit par Oliver, ils reviennent matin et soir pour manger. Nous n’avions encore jamais eu la chance de les admirer d’aussi près, sans parler des autres espèces d’oiseaux qui passent juste devant la terrasse.

Salvacion est le dernier « grand » village avant la fin de la route. Au-delà, s’étend le parc del Manu, 17 000 km2 de biodiversité reconnus réserve de la biosphère et patrimoine naturel de l’humanité par l’Unesco. Le village a conquis son espace sur la jungle, ce qui lui donne une atmosphère mi-champêtre mi-forêt tropicale où les cris des perroquets se mélangent à ceux des poules et des coqs.

Avec Oliver, nous arpentons les alentours de Salvacion ; évidemment, rapidement nous nous retrouvons dans la jungle… La sensation de découverte n’est plus aussi forte que la première fois, mais le plaisir d’explorer la végétation foisonnante à la recherche des insectes et des animaux est toujours là.

En temps normal, le point d’observation à ne pas manquer est Cocha Machuwasi, un petit lac sur lequel on peut naviguer et même profiter de tours de guets positionnées sur la rive. Mais en ce moment, aucun bateau n’est là pour attendre les touristes…

Salvacion est bordée par le fleuve Alto Madre de Dios où l’on peut se baigner tranquillement sans crainte des caïmans. D’autant que son niveau est assez bas depuis plusieurs semaines.

Tout près du lac Machuwasi, certains natifs vivent toujours relativement isolés. Une hutte au confort on ne peut plus sommaire témoigne d’une subsistance presque totalement tournée vers la nature : chasse, pêche et cueillette des fruits à proximité. Quelques poulets et un peu de troc pour améliorer le quotidien.

Des conditions sommaires pour nous, mais tout à fait suffisantes pour eux. La nature leur fournit l’essentiel : de quoi boire, de quoi manger, de quoi s’abriter, et même de quoi s’habiller. Les plants de coton leur permet de se confectionner des vêtements 100 % naturels.

Les nombreux méandres du fleuve rendent la construction des ponts difficile, et de toute façon inutile au-delà de Salvacion. Le plus simple pour traverser reste le radeau, laissé à disposition de tous.

La maison d’Oliver et Carolina est ouverte à tous les gens de passage : entre Lucio, économiste, qui travaille à distance et vit chez eux depuis plusieurs mois, Nehemia, de la communauté native de Shintuya de passage de temps en temps, et les enfants du village qui viennent jouer avec Lorenzo, la maison ne manque pas de vie.

Nous faisons également connaissance avec leurs amis George, Cecilia et leur fils Joaquim, une famille de Lima qui possède une résidence secondaire à Salvacion. Ils sont contraints d’y rester tant que les vols de Cusco n’ont pas repris. Amateurs de bonne cuisine et de vin, nous partageons plusieurs repas très sympas avec eux.

Et pendant que leurs camarades font leur rentrée en France, Sarah et Thomas reprennent également l’école, mais avec des récrés beaucoup plus sympas !

Puisque nous passons tout le mois de septembre en Amazonie, autant multiplier les expériences de vie dans la jungle. Oliver possède un petit campement de l’autre côté du fleuve. Nous partons avec lui pour y passer 3 jours et explorer les environs. Nous ne nous attendons pas à voir de gros animaux car nous ne sommes pas encore assez profondément dans la forêt. Simplement camper dans la jungle, sans internet, sans électricité, et juste profiter de la nature.

Entre deux ballades, nous nous relaxons sur la petite plage toute proche du campement. Par contre, difficile de s’y attarder trop longtemps, on se fait vite dévorer par les insectes.

Le campement est situé au pied d’une colline que l’on peut grimper en 2 bonnes heures de marche. Pour des habitués des treks de montagne, le dénivelé n’est pas franchement difficile, mais la chaleur, le terrain accidenté voire boueux, et surtout les lianes qui trainent dans les pieds pimentent quelque peu la montée.

Nous retrouvons également le plaisir des petites sorties nocturnes afin de débusquer insectes, araignées, amphibiens, et même quelques oiseaux, à la lueur des torches. Par contre, aucun tapir ne nous fera l’honneur de pointer le bout du museau.

En réalité, ces 3 jours passés dans le campement d’Oliver nous servent surtout de réacclimatation. La jungle nous appelle un peu plus profondément…

Prochaine étape : Family versus wild…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Logement à Salvacion : chez Oliver et Carolina, le refuge des aras.
De grandes tentes positionnées à l’étage, avec des matelas bien confortables, literie très propre, eau chaude (un luxe ici!), accès à la cuisine et wifi (très rare!). On se réveille avec les coqs et les aras.
Whatsapp +51 984 840 018 ou manuperuamazon@gmail.com

Ils proposent également de faire des tours et du volontariat, ou de partir sur leur campement à quelques kilomètres de Salvacion :
https://www.manuperuamazon.com

Prendre de l’argent liquide avant de venir, il n’y a pas de distributeur ici ! (il y a néanmoins une petite banque, mais nous n’y avons pas été)

2 réflexions sur “Salvacion, à l’entrée de la forêt amazonienne

  1. ab.collin dit :

    Superbes photos de la jungle , très  beaux zooms sur les oiseaux ,les chenilles ,insectes … et autres  que je ne connais pas … nos deux petits grandissent à  une vitesse folle !!! Gros bisous .Envoyé depuis mon smartphone Samsung Galaxy.

    Aimé par 1 personne

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