Pisac, entre ruines et lacs

Après avoir échappé de justesse à un reconfinement à Cusco, nous nous réfugions à une trentaine de kilomètres dans le village de Pisac, porte d’entrée sud de la vallée sacrée. Soulagés d’avoir quitté la grande ville, nous nous attendons toutefois à être rattrapés tôt ou tard par un reconfinement, l’augmentation des cas de Covid dans la région étant galopante… Nous appliquons donc notre nouvelle devise : profitons de tout ce qu’on peut tant qu’on peut !

C’est ainsi que nous optimisons notre trajet Cusco-Pisac par un petit arrêt à un refuge animalier, fermé depuis le début de la pandémie. Le responsable du centre accepte de nous accueillir « portes fermées », c’est-à-dire en toute discrétion et pas trop longtemps. Le refuge recueille des animaux blessés et surtout plusieurs espèces victimes de trafics : aras, singes, ours arboricoles, et même des pumas retrouvés dans une discothèque dans le banlieue de Lima…

Le moment fort est l’entrée dans la volière des condors. En dépit du temps passé à les observer dans le canyon de Colca, nous ne les avions jamais vus d’aussi près. La laideur de leur tête est compensée par une une envergure et un envol vraiment impressionnants.

Pisac est un lieu d’ordinaire très touristique et apprécié des gringos expatriés. Son marché sur la place principale est très réputé. Il parait même qu’en temps normal, c’est tellement chargé que l’on voit à peine l’église à travers tous les stands. Mais en ce moment, le village est peu animé. Nous remarquons tout de même que nous ne sommes pas les seuls touristes à avoir fui Cusco pour profiter d’un peu de liberté à Pisac.

Nous logeons à Rinconada, un peu à l’écart du village de Pisac. En terme de tranquillité, c’est le summum avec son unique rue principale et ses quelques tiendas… Il nous faut 20 minutes de marche pour rejoindre Pisac ou 5 minutes en tuc-tuc.

L’avantage, c’est que c’est tellement calme que la distanciation sociale se fait naturellement, et il n’est quasi pas nécessaire de porter le masque. On va enfin faire bronzer la partie inférieure de nos visages ! Après le bronzage randonneur, voilà le bronzage Covid.

Nous sommes accueillis chez Daniska, une jeune péruvienne d’origine vénézuélienne. Aussi gentille que discrète, la cohabitation avec elle se passe très bien. Le lieu est parfait en cas de reconfinement : petite terrasse en plein soleil, hamacs, jardin et vue sur les montagnes.

Malgré le calme de la ville, un certain nombre de petits commerces sont ouverts. Une petite boulangerie française, un cordonnier qui nous permet de faire réparer les chaussures de rando de Véronique qui donnent déjà des signes de faiblesses, et également un très gentil couturier qui va patcher à merveille tous les pantalons de Thomas déchirés aux genoux (nos réparations de fortune lors du confinement ayant lâché…).

Notre seule crainte est que l’intérêt de ce coin de la vallée soit finalement assez limité. Le site archéologique de Pisac, principal point d’attraction, est évidemment fermé et les chemins de randonnées ne semblent pas très faciles d’accès et peu nombreux. Cette crainte s’envole heureusement assez rapidement grâce aux différentes retrouvailles et rencontres que nous faisons.

Nous retrouvons tout d’abord Noémie, croisée chez Claire et Juan à notre arrivée à Cusco. Elle effectue un volontariat chez Arcadio, un habitant d’une communauté située dans les hauteurs de Pisac. Nous ne tardons pas à lui rendre visite et profitons d’un très joli chemin reliant les deux villages. Arcadio confectionne des huiles essentielles à partir des plantes locales et possède son propre système de distillation. Parmi les huiles essentielles très utilisées par les péruviens, notre préférence va pour celle d’eucalyptus et également celle de muña. Il faut dire que les eucalyptus recouvrent les montagnes ici et l’huile essentielle achetée nous permettra de revivre en odeur notre voyage. Quant à la muña, plante médicinale endémique des Andes, Véronique en boit tous les jours en infusion.

Noémie travaille également dans l’écurie d’une famille allemande expatriée située juste à côté de notre logement, pour le grand plaisir des enfants.

Les belles randonnées de la région ne partent malheureusement pas de Pisac et nécessitent un véhicule afin d’accéder aux points de départ difficilement accessibles à pieds. Par l’intermédiaire de Noémie, une sortie est organisée avec Arcadio pour rallier Totoraqocha et Challuaqocha, deux lacs perchés dans les montagnes. Arcadio nous y conduit à l’arrière de son tuc-tuc, enfin plus précisément dans la remorque ! L’expérience sur les routes de montagne péruvienne s’est révélée assez percutante pour nos postérieurs… Le départ de la randonnée s’effectue d’une toute petite communauté qui a failli nous refuser l’accès sans la présence d’Arcadio. La crainte du Covid et des étrangers reste très présente dans les petits villages éloignés.

La randonnée nous permet une superbe ascension de 3 700 m à 4 400 m, notre nouveau record d’altitude en randonnée. La prise de hauteur nous permet de surplomber une partie du site archéologique de Pisac et nous fait plonger au cœur de la montagne péruvienne. Arcadio donne la dernière touche à l’ambiance andine : à l’arrivée aux lacs, il nous joue des airs traditionnels sur sa flûte. L’acoustique des montagnes amplifie la musique jusqu’aux troupeaux d’alpagas. Un petit moment magique !

Lorsque nous avons contemplé les ruines du site de Pisac des hauteurs de la montagne, nous avons évidemment ressenti une certaine frustration à l’idée de ne pouvoir y déambuler. Comme tous les sites payants du Pérou, celui-ci reste désespérément fermé aux visiteurs. Mais ça, c’était avant de croiser Giovanni, un péruvien vitaminé et un peu perché que le hasard a mis sur notre chemin. Il tient une petite pension à deux minutes à pied de notre logement et accueille des travailleurs volontaires de toutes nationalités. Rien ne semble l’arrêter dans la vie et il nous propose tout à fait naturellement de nous emmener visiter le site avec quelques autres en passant par un chemin dérobé (et sans aucune rétribution !). Lors de cette randonnée, nous avons le plaisir de rencontrer Sandra, photographe et Yeison, écrivain-journaliste, deux voyageurs colombiens arrivés au Pérou depuis 9 mois.

Il y a quelques semaines, nous aurions vraisemblablement refusé, préférant attendre la réouverture officielle du site. Mais après 4 mois de confinement et face à l’absence totale de visibilité sur la reprise des activités touristiques, nous avouons que nous n’avons plus vraiment de scrupules… surtout si c’est en pleine nature et donc sans risque de transmission pour la population locale. Il faut dire que le gouvernement est très fort pour nous faire miroiter des « possibles ouvertures conditionnelles » accompagnés de protocoles de 50 pages qui ne peuvent pas être appliqués tant que le tourisme n’est pas officiellement autorisé. Maintenant, dès qu’on peut, on fait ! Et quelle expérience ! Après une ascension assez raide par les terrasses, le site se révèle à nous… tous seuls.

Le site est très étendu et nous en profitons en toute tranquillité. La sensation est presque irréelle de visiter le site sans touristes.

En quechua, le mot « pisac » signifie perdrix, oiseaux très présents dans la région. Les ruines de Pisac, très bien conservées, sont réparties en 4 groupes : Pisaqa, Intihuatana, Q’Allaqasa et Kinchiracay. Chaque groupe remplissait une fonction à l’époque inca : agricole grâce aux terrasses sur le versant de la montagne et dont la forme évoque une aile de perdrix ; religieuse avec un complexe de temples et un immense cadran solaire ; militaire avec une citadelle défendant l’entrée sud de la vallée sacrée ; et enfin une ville fortifiée.

Le site abrite également l’une des plus grandes nécropoles incas composée de plus d’un millier de tombes construites dans la falaise. Toutes ont été pillées par les espagnols à la recherche d’objets en or. On peut encore voir les excavations percées dans la roche par les pilleurs.

Peu de temps après notre arrivée à Pisac, nous sommes rejoints par Christian et Iris, un couple français rencontré chez Claire et Juan, puis par nos amis les « Au fil du vent » avec qui nous étions confinés dans le canyon de Colca. Une colonie française, « les résistants au Pérou » ou  » les survivants », est en train de se constituer… Nous les accueillons tous dans notre jardin à l’occasion d’une belle soirée barbecue.

Arcadio nous invite à également partager une nouvelle huatia, bien que ce ne soit théoriquement plus la saison dans la tradition péruvienne. L’équipe de construction péruviano-française réussit à ériger le four en mottes de terre en seulement trois essais ! La cuisson sous terre, une fois le four détruit, des pommes de terre et des bananes leur donne un goût vraiment succulent. Enfants et adultes se régalent.

Dès le lendemain, nous passons une nouvelle belle journée avec Giovanni et quelques autres en randonnant vers les lacs de Pumacocha, Azulcocha et Quisacocha, situés à une trentaine de kilomètres de Pisac. Pumacocha culmine au creux d’une montagne à un peu plus de 4 300 mètres d’altitude, elle-même largement dépassée par d’autres montagnes bien plus hautes dans les vallées avoisinantes.

Durant cette journée, nous faisons la connaissance de « Chupa », un agneau âgé d’à peine un mois. Il a été acheté sur un marché par un couple germano-péruvien en voyage et qui fait du volontariat chez Giovanni. Le couple nous accompagne sur la randonnée et Chupa les suit sagement comme un petit chien (même si parfois il faut lui courir un peu après) !

Sarah se laisse pousser les cheveux depuis le début du voyage. Dans quelques temps, nous aurons autant de mal à lui démêler les cheveux que certains alpagas…

Nous n’espérions rien de l’annonce de nouvelles mesures par le gouvernement et attendions surtout la date du reconfinement de la totalité de la région de Cusco, qui semblait imminent. Les cas continuent d’augmenter ; le gouverneur de la région de Cusco ainsi que le maire de la ville ont attrapé le virus. C’est certain, ils ne vont pas nous épargner. Mais là, miracle ! Le reconfinement de la région entière a été refusé et la quarantaine reste localisée. La province de Pisac reste libre, nous pouvons donc continuer de bouger dans la vallée. Seules nouveautés au niveau national : l’interdiction totale de sortie le dimanche, la réduction à 30 minutes au lieu d’une heure la sortie des enfants (pas vraiment appliquée jusqu’à présent…) et l’interdiction des réunions de famille et sociales.

Nous fêtons ces demies bonnes nouvelles autour d’un dernier barbecue avec les « Au fil du vent » avant de ne plus avoir officiellement le droit…

Équipés de nos toutes nouvelles paires de chaussettes tricotées main en alapaga (car nous sommes toujours en hiver !), nous partageons une toute dernière soirée autour du feu avec Daniska pour marquer la fin de notre séjour à Pisac. Ce coin autour du feu nous a énormément donné envie d’une installation similaire en France…

De très belles rencontres et expériences ont donné à ce séjour un goût inattendu et surtout inespéré. Ce sont elles qui ne nous feront jamais regretter d’être restés au Pérou en cette période si perturbée, même si, bien sûr, nous avons aussi envie d’autres horizons.

Désormais, nous avons fait nôtre cette belle réflexion de Philippe Pollet-Villard : « Dans un voyage ce n’est pas la destination qui compte mais toujours le chemin parcouru, et les détours surtout« . Nous continuons donc notre chemin, avec ses détours…

Prochaine étape : Au cœur de la vallée sacrée…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Maison pour 4 personnes, Mama Cocha Pisac
Dans les hauteurs de Pisac, 2 chambres, un accès à la cuisine, de l’eau chaude, un jardin avec une superbe vue et des hamacs plus que confortables.
Daniska occupe la 3eme chambre.
+51 960 137 788

Chambres et possibilité de volontariat
Chez Giovanni, à Rinconada
+51 931 266 629

Chambres, possibilité de stationner un camping-car et possibilité de volontariat
Chez Arcadio, à Kausay Punku, communauté Mas’ka
dans les hauteurs de Pisac.

Rando autour des trois lacs Kinsaqocha, Azulqocha, Pumaqoche
L’idéal est de prendre un taxi qui vous dépose à Azulquocha et vous récupère à Kinsaqocha.

Rando aux lacs Totoraqocha et Challuaqocha
Il est possible d’aller à Totoraqocha depuis Pisac via Mas’ka. Mais cela grimpe sec, donc pour avoie la force de grimper jusqu’au dernier lac, mais vaut s’avancer un peu en véhicule.

7 réflexions sur “Pisac, entre ruines et lacs

  1. ISABELLE MARCHAND dit :

    Voilà de belles photos, cela fait du bien de vous voir tout simplement.
    Il y a toujours de bon côtés pour chaque moment de la vie : dorénavant les enfants parlent fort probablement couramment l’espagnol avec un bel accent péruvien…
    Les dites font magnifiques.
    J’aurais pu vous envoyer une photo de l’avenue de Longueuil, mais masque obligatoire donc moins belle 😂
    Continuez à me faire rêver..
    Amicalement
    Isabelle

    Aimé par 1 personne

  2. Mrs C. dit :

    En me régalant de ce reportage-ci, je me dis que vous devez voir des vues magnifiques la nuit : les étoiles, filantes ou pas, l’ISS (découverte pendant le confinement), la galaxie…..
    Ça vous dirait de nous raconter ? Même sans photos, juste pour rêver….

    Aimé par 1 personne

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