Qosqo, capitale de l’empire Inca…sans touristes

Après 108 jours de confinement dans la région du canyon de Colca, nous mettons les voiles ! Cette fois, pas pour faire quelques petites dizaines de kilomètres, mais un bond d’un peu plus de 300 kilomètres ! A ce stade de confinement, ce n’est pas rien pour nous. Muni d’un laissez-passer délivré par l’ambassade, nous allons à Cusco !

La région d’Arequipa n’étant pas déconfinée, les liaisons en bus n’ont pas encore repris. Nous avons cependant trouvé un moyen de transport à Yanque même. Derrière la devanture d’un petit magasin de fournitures en tous genres de la place centrale se cache une agence de transport touristique en sommeil. Diego, le propriétaire, a reconverti son local en petit commerce le temps de passer la crise. Mais il est évidemment prêt à reprendre sa casquette de chauffeur pour nous emmener à Cusco.

Nous passons une dernière soirée autour du feu avec les familles françaises qui, elles, restent encore une petite semaine à Yanque. Nous jouons un peu les éclaireurs pour eux. Ce n’est qu’un au revoir car nous prévoyons de nous retrouver à Cusco dans quelques semaines.

Nos adieux à Hilde ne se font pas sans la larme à l’œil, après tous ces moments champêtres, festifs et tout simplement du quotidien, partagés ensemble. Hilde incarne la gentillesse réservée des péruviens. Bienveillante et souriante, elle est cependant toujours restée dans le contrôle de ses émotions. Mais au moment de notre départ, la façade s’est fissurée… 

Nous ne la remercierons jamais assez, ainsi que Seppu, pour les deux mois d’immersion unique dans la vie péruvienne qu’ils nous ont permis de vivre. Le type d’expérience que nous recherchions, mais que nous n’avions pas encore vécu au cours des premiers mois de voyage. L’envie de bouger et la curiosité de découvrir nous amenaient toujours à ne pas nous attarder trop longtemps au même endroit. Même si l’idée de se poser était dans nos plans, le besoin de changer était toujours le plus fort. A présent, par la force des choses, l’esprit du voyage s’est transformé : prendre son temps, profiter de ce que l’on peut, ne pas trop planifier et accepter l’incertitude. Un nouveau voyage dans le voyage commence…

Il n’empêche, quel bonheur de reprendre la route. Derrière les vitres de notre mini-bus privatisé (15 places pour nous 4, c’était spacieux !), nous sommes émerveillés de découvrir de nouveaux paysages. Une petite sensation de liberté qui nous regonfle le moral.

Nos chauffeurs, Diego et son père, nous arrêtent à quelques beaux spots. Les castillos encatados nous rappellent la ciudad encantada du sud Lipez en plus massif.

Le site des ruines de Kanamarca est une belle découverte. Elles sont issues de la culture Kanas, un peuple installé dans la région avant la domination de l’empire Inca. Non seulement le site est libre d’accès, mais en plus il est très joli et très agréable. La vue sur la vallée environnante est époustouflante.

Nous faisons également un petit détour pour aller voir le Q’eswachaka, le dernier pont inca en cordes. Chaque année, les communautés environnantes se rassemblent fin juin pendant 4 jours pour en changer le cordage. Évidemment, cette année, la cérémonie n’a pu avoir lieu. Le pont est hors d’usage et ne s’admire que de loin…

La sensation de liberté est finalement vite confrontée à la réalité : les quelques autres sites, y compris naturels, que nous voulions visiter, sont inaccessibles ou se contemplent de l’extérieur.

Si la région de Cusco a été déconfinée, les activités touristiques ne sont pas encore autorisées. Pire, les communautés ont tellement peur qu’elles bloquent les accès. Dans la ville où nous nous arrêtons pour passer la nuit, le changement d’ambiance avec Yanque est radical. La peur du Covid est palpable : prise de température et désinfection des mains et des chaussures pour entrer dans l’hôtel, des barrières limitent la circulation dans les rues, et quand on vous rend la monnaie, on asperge les billets et les pièces d’alcool…

Nous arrivons cependant à la ville de Cusco sans difficultés particulières, contrairement à ce que nous craignions. Nous posons nos sacs dans la maison de Claire et Juan, un couple franco-péruvien, avec qui nous sommes en contact depuis le début du confinement. Leurs deux garçons, Wahira et Cori, sont les nouveaux compagnons de jeux de Thomas.

Le changement d’environnement, même dans une grande ville, est salutaire. Il faut dire que le centre de Cusco a beaucoup de charme avec ses ruelles en pente, ses escaliers vertigineux, ses toits en tuile, son architecture coloniale, et ses bâtiments aux fondations en pierres incas apparentes.

Nous découvrons la ville comme aucun touriste ne pourrait le faire en temps normal à cette période de l’année : la superbe place des armes est vide de touristes, on ne fait pas la queue pour se photographier devant la pierre inca aux 12 côtés… Il parait qu’en temps normal, c’est à peine si on peut voir la pierre entière tellement il y a de monde !

La ville végète et a beaucoup perdu de son animation, mais nous l’apprécions finalement probablement plus que si elle était noyée sous le tourisme de masse. Néanmoins, le manque d’animation reste triste à voir.

Dépendante aux trois quarts du tourisme, la ville souffre incontestablement. Les agences de treks se sont reconverties en supérettes, de nombreux restaurants ont mis la clé sous la porte et beaucoup d’hôtels restent fermés.

Claire nous propose d’aider un de leurs amis, Barny, qui tient un magasin de textile en laine d’alpaga à l’extérieur de la ville. Le magasin est fermé mais il souhaite se lancer sur Instagram pour se faire connaitre à distance. Barny et sa femme nous accueillent très gentiment. Ils nous présentent leur ouvrier tisserand et nous font la visite de l’atelier et du magasin. Notre mission est ensuite de jouer les mannequins photos pour présenter quelques modèles.

LE SAVIEZ VOUS?
La région est très réputée pour ses textiles en laine d’alpaga, mais avec le tourisme de masse tous les magasins ne vendent pas toujours de l’alpaga mais du synthétique… Mais alors comment reconnaître du vrai alpaga ? D’abord au toucher. Si la sensation est humide et le tissu paraît lourd, c’est du vrai alpaga. Si à l’inverse, le tissu est sec et léger, c’est du synthétique. Une autre technique plus difficile à tester en magasin : le brûler ! Un fil de laine d’alpaga se consume comme un cheveu.

Pendant que sa sœur pose, Thomas joue avec les garçons et le fils de Barny.

La descente vers Cusco nous donne un avant-goût de la campagne environnante.

Claire nous initie à l’histoire inca dans le cadre d’une belle randonnée passant par les quelques sites restés accessibles. Nous empruntons une portion du fameux chemin inca, le Qapaq Nan, un réseau de chemins de 30.000 km qui reliait les 4 parties de l’Empire Inca, de la Colombie jusqu’au au nord du Chili et de l’Argentine. Ce sont sur ces chemins que se relayaient les coureurs Chasquis ; à la fois messagers et transporteurs, ils permettaient à l’Inca de disposer du meilleur réseau de communication du monde au 15ème siècle !

Sur les hauteurs derrière Cusco, se dressent les vestiges du temple des singes, qui accueillait les visiteurs en provenance de la partie amazonienne de l’empire, et du temple de la Lune, où se déroulaient des cérémonies religieuses.

En poussant plus loin, la vallée révèle les ruines d’Inkilltombo, ancien centre cérémoniel sacré. Pour finir, nous grimpons en haut du Machu Choquequirao, sorte de tour dominant les terrasses aux alentours.

Tous ces monuments étaient au service du nombril du monde Inca : Cusco, la cité impériale en forme de puma.

Claire nous fait également rencontrer Victoria, la mère de Juan, qui habite dans un village de la banlieue de Cusco. A l’occasion de notre visite, la sœur de Juan et Victoria nous préparent une huatia. Elles confectionnent patiemment un four éphémère en mottes de terre. S’il faut parfois de nombreuses tentatives et s’armer de patience pour monter ce four, nos amies le font cette fois-ci assez facilement (une seule chute). Il paraitrait que c’est parce que les femmes sont plus patientes…
Une fois le four bien chaud, les pommes de terre sont insérées. On fait ensuite écrouler le four et le tout est recouvert de terre. Une heure plus tard, on déterre les pommes de terre cuites et on déguste !

LE SAVIEZ VOUS?
La huatia (du quechua watya, four) est préparée dans un four éphémère construit à base de bloc de terre et non de pierres, qui remonte à une époque antérieure à l’Empire Inca. La tradition veut qu’il soit construit pendant la helada, c’est-à-dire le grand froid (entre le 1er mai et fin juillet), afin que les mottes de terre soient bien sèches (en quechua « k’urpas »).

La huatia est servie chaude sur une couverture posée à même le sol. Le plus simplement du monde, on s’assoit sur la couverture et on mange avec les mains. Le plat est, en général, accompagné de fromage andin.

La tradition veut que l’on laisse une ou deux pommes de terre dans le four démantelé, pour la pachamama…

Les péruviens sont réputés pour leur savoir-faire en matière de tissage, mais visiblement la tradition n’est pas toujours enseignée aux jeunes générations. Un comble : c’est Sarah la française qui apprend à Kimberley la péruvienne la confection de bracelets !

Cusco a beau être une belle ville, nous finissons par en faire rapidement le tour. Tous les musées restent fermés, ainsi que les sites archéologiques aux alentours. Il nous reste essentiellement les randonnées dans la montagne pour nous occuper. Nous explorons donc tous les chemins accessibles à pied de Cusco.

L’un d’entre eux mène au balcón del diablo, un balcon qui porte bien son nom étant donné les quelques embûches pour y arriver. D’abord, une vieille dame nous oblige à faire un détour car elle nous réclame un droit de passage sur son chemin. Vraisemblablement un péage pour gringos… Ensuite, la traversée du village pour accéder au chemin nous est refusée car la communauté ne laisse passer aucun étranger. Étranger étant étendu à toute personne vivant hors du village, donc y compris les péruviens de Cusco ! Au Pérou, chaque village fait sa loi s’agissant de la liberté de circulation… Nous réussissons toutefois à contourner une partie du village et à rejoindre le chemin, après avoir été menacés par les crocs de cerbères agressifs qui gardaient les environs. Nous finissons enfin par arriver sur le site, sans toutefois trouver le balcon ! Il était apparemment caché en contrebas, mais nous n’avons pas vu le chemin. Maudit balcon…

En revanche, nous n’aurons rien manqué d’un autre site : la zona X (prononcer « équisse »), une sorte de petit dédale naturel de roches. Et ce, grâce à Gabriel, un éleveur de chevaux et organisateur de ballades, croisé par hasard sur le chemin. Il propose aux enfants de nourrir les chevaux avec lui, puis nous accompagne jusqu’à la zona X pour nous en expliquer les secrets. Le lieu est vraiment étonnant avec ses passages, ses grottes, ses souterrains mystérieux et surtout dangereux. Gabriel nous explique que le site est magique et que des Leprescheuns y ont été vus. Lui-même en a vu un lorsqu’il était enfant nous dit-il. Étrangement, personne ne l’a cru, sauf son grand-père qui en a vu un lui aussi… Autre élément magique du lieu : un portail dimensionnel. Si les conditions sont réunies (il reste à savoir lesquelles), on peut apparemment se retrouver de l’autre côté de Cusco en le traversant ! Pas de magie pour nous, nous sommes rentrés à Cusco à pieds. Le lieu était déjà considéré comme magique du temps des Incas, et des locaux viennent encore y faire des cérémonies chamaniques. Il faut préciser que le X de son nom serait également en lien avec les extra-terrestres…

Gabriel a été tellement adorable avec nous que nous avons eu envie de tenter une randonnée à cheval avec lui. Nous avons choisi de partir une journée entière pour pousser loin dans la montagne. Sarah sur Brisa (brise), Véronique sur Wahira (vent) et Thomas et Arnaud sur Bonito (joli), nous voilà chevauchant sur les chemins escarpés. La randonnée est superbe et nous fait traverser des paysages de steppes. Certains passages sont tellement délicats que nous mettons pied à terre pour faire passer le cheval en le tenant par la bride. Une très belle expérience qui nous a redonné un petit goût de liberté !

Victoria, adorable, nous accueille à nouveau chaleureusement à déjeuner. Thomas s’éclate avec les garçons de Claire, ainsi qu’avec le neveu Fabricio, du même âge que Thomas. Victoria nous a cuisiné un autre plat typique du Pérou.

Bon, en trois semaines, nous écumons à nouveau tous les sentiers possibles dans le contexte actuel. Nous poussons même un peu plus loin en taxi pour faire le tour du lac Piuray avec un couple de français logeant également chez Claire et Juan. Cela étant, nous commençons à tourner en rond…

Le déconfinement permet tout de même à Cusco de retrouver un peu d’animation avec la réouverture de certains restaurants qui nous ont permis de profiter de mets français avec des français ! Une première soirée raclette avec d’autres résidents de la maison de Claire et Juan, et surtout une belle dernière soirée crêpes avec les familles de Yanque que nous retrouvons enfin. Deux d’entre elles vont retourner en France dans quelques jours, une seule famille va poursuivre le voyage. Bref, avec nous, il va rester deux familles françaises au Pérou…

L’attente de l’ouverture des treks et des sites archéologiques commence malgré tout à être longue. Nous n’avons aucune visibilité. Les annonces faites un jour ne sont parfois plus valables le lendemain, et les décrets sortent du jour au lendemain sans prévenir. Contrairement à ce qui a été annoncé par certains médias français, le Machu Pichu n’a pas réouvert le 24 juillet. En réalité, aucune date n’a été donnée. Certains sites pourraient réouvrir en août, de même que certains treks, mais il n’y a aucune certitude. Pire, l’augmentation des cas d’infections dans la région de Cusco fait craindre un reconfinement. Nous décidons donc de prendre les devants et de bouger pour éviter un confinement en ville. Nous visons de quitter Cusco pour rejoindre la campagne le vendredi 31 juillet, dernier jour officiel de l’état d’urgence avant l’annonce des éventuelles nouvelles mesures. Et nous avons eu le nez fin, le reconfinement de Cusco est tombé quelques heures après notre départ ! Mais cette fois bonne pioche, le confinement est local : seules la ville de Cusco et sa proche banlieue sont concernées, et non la campagne. Nous espérons donc pouvoir bouger un peu plus que prévu.

Claire, Juan… à bientôt à Cusco ! Car nous espérons bien vous revoir, découvrir les sites et musées de Cusco, et surtout partir en trek avec Juan !

Prochaine étape : L’entrée sud de la vallée sacrée…

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Diego, notre chauffeur entre Yanque et Cusco (bus Nativa express)
+51 978 703 520

La Maison chez Claire et Juan
Chambre familiale en plein cœur de San Blas, avec accès à la cuisine et de l’eau chaude.
Des hôtes souriants et adorables qui nous ont accueillis les bras ouverts.
On recommande vivement !
Du fait du confinement, nous n’avons pas (encore) été encore en trek avec Juan, mais on a hâte de revenir…
+51 997 762 869

Restaurant La Bo’M, pour manger de délicieuse crêpes.

Restaurant Le Buffet Francés pour une raclette. Après quelques mois de voyage… miam !!!
On y mange également de délicieux pains au chocolat… euh… pardon… chocolatines 🙂

Pour une balade à cheval autour de Cusco, on vous recommande Gabriel. Possibilité de départ d’une heure, à la demi journée ou à la journée. Nous avons opté pour un tour à la journée, sans aucun regret !
+51 987 789 855

Pour acheter des vêtements en alpaga, on vous recommande Ccori vicuna. Les vêtements sont vraiment de très belle qualité, pour un tarif plus que raisonnable.
https://www.instagram.com/textilesccorivicuna/


Pour les randos facile d’accès depuis Cusco (cliquer pour les situer sur la carte) :
le mirador Cristo Blanco : monter la belle volée de marche pour l’atteindre (500 marches depuis chez Claire et Juan) puis redescendre par la place San Cristobal pour un très beau point de vue de la ville et de la place San Blas.
le balcon du diable
le temple de la luna
les ruines d’Inkilltanbo
le site de machu choquequirao
la zona X
– faire le tour de la laguna Piuray (nécessite d’y aller en taxi ou bus vers Chinchero)

Une réflexion sur “Qosqo, capitale de l’empire Inca…sans touristes

  1. idiot78 dit :

    content de voir que le voyage continue et le moral est bon.
    Mais si on faisait un point défi. Y’ a un quipu à observer et surtout la tradition local du mec qui dévale une colline en string sur un tronc d’arbre. On veut des photos. Les français veulent savoir ! ;-p

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s