De Salta à Cafayate : paysages désertiques &vin

Rien de tel qu’un dernier passage de frontière entre le Chili et l’Argentine pour n’éprouver aucune nostalgie pour les contrôles douaniers au sein de l’Union Européenne. Nous l’avons déjà traversée pas moins de trois fois cette frontière, en bateau, en bus et même en camping-car. La quatrième et dernière en bus s’annonce plutôt bien car pour une fois les douaniers des deux pays sont rassemblés dans un même bâtiment. Pas de no man’s land à traverser à pied pour aller d’une douane à l’autre comme les fois précédentes. Mais c’était sans compter sur l’organisation bien huilée des administrations douanières : d’abord, il faut faire la queue devant le guichet de sortie du territoire chilien.

Une fois le passeport tamponné, il faut refaire la même queue devant le guichet d’entrée argentin qui est… juste à coté ! Réunir les douaniers au même endroit d’accord, mais de là à les faire communiquer entre eux et mutualiser les formalités, c’est encore trop demander. A défaut, on pourrait peut être juste conserver la même file d’attente et faire les étapes l’une après l’autre non ? Notre esprit européen est-il trop imprégné de taylorisme ? Et une fois l’entrée en Argentine validée, il faut encore aller chercher tous les bagages pour les faire passer aux rayons X. Et oui, car les deux voisins ont beau partager des écosystèmes communs (la frontière partageant la Patagonie chilienne de la Patagonie argentine est pourtant purement artificielle), interdiction de se contaminer mutuellement. Les règles sont donc en principe très strictes à chaque passage de frontière entre les deux pays : pas le droit d’introduire de fruits, de viande, de miel, ni de végétaux (même de simples bâtons….). Enfin bon, pendant qu’un douanier argentin se préoccupe de nos tubes de sérum physiologique, un couple de français passe avec des fruits frais… Au final, nous passons 2 bonnes heures avec nos amis douaniers, à 4 225m d’altitude tout de même, avant de poursuivre notre route direction Salta.

La route sillonne d’abord des paysages désertiques hérissés de cactus, traverse les Andes avec un col à presque 4 800 mètres d’altitude, puis débouche dans les vallées toutes vertes de la région de Salta. Les enfants dans tout ça en ce qui concerne l’altitude ? Ils ne se sont rendus compte de rien !!

Salta est une très grande ville dont seul le centre est plutôt agréable, avec ses quelques rues piétonnes et sa grand-place à l’architecture espagnole bordée de citronniers. Nous y passons deux jours en attendant de récupérer une voiture de location.

La petite attraction du week-end pour les enfants est la découverte du mirador de la ville… en téléphérique. Cela fait bien longtemps que nous n’avions pas vu de ville aussi grande. Nous en profitons également pour faire quelques courses, car voyez vous, à Salta, il y a un Carrefour !!

Cette étape est également l’occasion de déguster quelques spécialités locales : un petit asado (grillade de viande) car il s’agit de nos derniers jours en Argentine, des empanadas cuites au four (al horno), du lama…

La visite à ne pas manquer à Salta, c’est son musée archéologique de haute montage. Il a été construit autour de la découverte en 1999 de trois momies d’enfants sur les pentes du volcan Llullaillaco à 6 700 m d’altitude. Le froid les a très bien conservées pendant 500 ans et le musée en prend particulièrement soin. Il faut avouer que la contemplation d’une momie, particulièrement d’enfant, est assez morbide, mais Sarah et Thomas ont été fascinés et curieux de connaître le contexte de l’époque (pour en savoir plus, voir l’article de Sarah – en cours).

La voiture récupérée, un Duster Dacia qui nous change de notre mini 4×4, nous partons pour un road trip de près de 10 jours pour découvrir le sud de la province de Salta puis la province de Jujuy (prononcer Rourouille) dans le nord. Les deux régions se sillonnent pour admirer les paysages et diverses formations géologiques.

Notre première étape au sud consiste à rejoindre le village de Cachi. La route nous fait serpenter à flanc de montagnes aux couleurs velours, vert de gris, ocre, rouge brique et charbon, avant d’arriver au parc national « Los cordones », un immense plateau piqueté de cactus de toutes les tailles en forme de chandeliers.

LE SAVIEZ VOUS?
Le cactus peut disséminer pas moins de 80 000 graines, mais une seule germe… La croissance d’une graine ne réussit que grâce à l’aide d’une plante basse qui la protège du gel et du soleil. Les premières années sont particulièrement difficiles car le cactus n’a pas encore la capacité de stocker l’eau.

Pour poursuivre la dégustation de produits locaux, nous nous arrêtons en chemin pour faire un stock de fromages et de saucissons. Cela égayera les pique niques pour les prochains jours !

Notre arrêt au petit village de Cachi pour y passer la nuit nous aura permis de passer un de ces petits moments mémorables au gré de rencontres insolites. Il faut savoir que Cachi possède, incroyable mais vrai, un ovnipuerto, autrement dit un aéroport à ovnis ! Il consiste en un immense soleil fait de pierres posées sur le sol, accompagné d’étoiles, dont les formes se révèlent uniquement vues du ciel.

Miguel, qui habite juste en face, nous explique qu’un dénommé Bernard, un suisse aujourd’hui décédé, a construit l’ensemble ainsi qu’un bunker pour se préparer à l’arrivée des extraterrestres. Notre ami Miguel nous avoue avoir vu lui-même des lumières de vaisseaux spatiaux dans la nuit. Après avoir découvert le Nazca local, nous venons de tomber sur le Jean-Claude BOURRET local… Un pur moment surréaliste mais tellement sympathique car Miguel nous offre des plantes médicinales et une petite pierre dite « de la galaxie » dont on vous laisse imaginer son origine : soit d’une galaxie lointaine, très lointaine, soit du fin fond de son jardin…

Nous terminons notre voyage spatio-temporel par une toute autre ambiance : le cimetière de Cachi. Non pas que nous ayons pris goût aux momies, c’est tout simplement qu’il offre une belle vue sur le village et les alentours. Certaines tombes sont décorées de fleurs en plastique et on y laisse des boissons et un peu de nourriture pour les défunts.

Après le fromage et les saucissons, il manquait… le vin ! Pour finir cette journée à Cachi, nous dégotons un petit restaurant bien sympathique qui, pour accompagner un beau morceau de bœuf, nous propose un délicieux malbec très local, dont les vignes poussent à 2 570 m d’altitude. Décidément, Cachi nous aura réservé de belles surprises.

L’étape suivante de notre parcours nous fait emprunter la mythique route 40, l’équivalent argentin de la carretera australe chilienne, qui traverse le pays du nord au sud sur 5 121km (de Ushuaia à La Quiaca). Comme sa cousine chilienne, il ne faut pas l’imaginer asphaltée partout. Ça tombe bien, le Duster nous permet d’affronter la terre, le sable, les cailloux et les passages de gué.

Au final, sur la route 40, on ne roule pas à beaucoup plus que 40…Nous faisons un petit arrêt dans un refuge de vigognes à Los Molinos, un petit village bien perdu. Nous y apprenons que la laine de vigogne est LA plus fine et douce (et aussi la plus chère) qui existe. Plus que l’alpaga par exemple.

Dans ce petit village perdu, il y a tout de même une boulangerie. (parfait pour finir notre fromage et saucisson !) Au premier abord, elle semble fermée ; en fait il faut sonner et la boulangère vous vend son pain par la fenêtre…

Les paysages deviennent de plus en plus désertiques, passant de steppes aux roches de type ouest américain. Nous traversons le superbe canyon d’Angastaco aux énormes rochers plantés tels des vaisseaux de pierre ensablés dont la proue implore le ciel. D’autres roches ressemblent à des sculptures antiques érodées par le temps, voire à des visages difformes.

Nous nous posons ensuite à Cafayate (prononcer Cafachaté), une petite ville où nous allons rayonner un peu avant de nous rediriger vers le nord.

Le sud de la province de Salta fait partie des régions viticoles de l’Argentine. Cafayate possède plusieurs bodegas, des exploitations viticoles, que l’on peut visiter. Nous choisissons la bodega Las nubes située dans les hauteurs de la ville. 
Avant d’y accéder, il est possible d’aller voir quelques peintures rupestres près d’un village indigène. La visite est obligatoirement guidée car les peintures sont disséminées dans la montagne.

Gustavo, un habitant du village, nous accueille et nous accompagne. Les peintures sont malheureusement mal conservées, mais la petite randonnée dans la montagne est très agréable.

Bon, on va être honnête, on n’a pas tout compris aux explications de Gustavo sur la symbolique des gravures. Et on n’est pas non plus certains qu’il maitrisait le sujet…
Une autruche… des ronds pour les saisons… triangle, terre, mer… bref !

Au retour, nous faisons connaissance avec les enfants de Gustavo, Ian et Mélanie, dont les conditions de vie dans le village sont très sommaires.

La bodega Las nubes est une petite exploitation familiale qui produit environ 30.000 litres par an de vin rouge et de vin blanc. Essentiellement du Malbec, du Cabernet, du Sauvignon et du Tanate (un cépage fort venant de Toulouse). Ils récoltent à la main entre février et mars. Contrairement aux vins français, ils commencent à les vendre après seulement 4 mois de fermentation. Seuls les vins de réserve sont conservés 1 an en tonneau puis 1 an en bouteille avant d’être commercialisés. Il faut reconnaître que certains Malbec, notamment d’altitude, sont vraiment très bons.

Nous poursuivons la journée en allant vers les premières formations géologiques immanquables de la région.

Au cours d’un arrêt pause déjeuner dans le petit village de Santa Barbara, nous nous apercevons que la roue arrière gauche du Duster est dégonflée… Après toutes les mauvaises routes traversées depuis des semaines, il aurait été miraculeux de ne pas avoir au moins une crevaison un jour ou l’autre. Heureusement pour nous, une voiture s’arrête seulement quelques minutes à peine après avoir sorti le cric. Une famille d’argentins en vacances croisée auparavant à Cachi nous offre son aide. Le père, super efficace et bien équipé (gants, dégrippant) car il avait lui-même subi une crevaison 2 jours avant, nous aide à poser la roue de secours sans que nous n’ayons rien à faire… Notre bon samaritain nous a probablement évité une bonne petite  galère car certains écrous étaient bien grippés et nos connaissances en mécanique sont bien limitées !

Nous continuons donc notre programme quasiment comme prévu avec la visite de la Garganta del diablo, la gorge du diable. Un canyon étroit qui mène, après une petite séance d’escalade que les enfants ont adorée, à une gigantesque plateforme inclinée presque à 45 degrés par les mouvements tectoniques. L’effet est saisissant.

A quelques centaines de mètres de la gorge, on pénètre également dans un amphithéâtre naturel dont l’acoustique fait le bonheur des musiciens jouant pour les touristes.

Les paysages défilent le long de la route et ne finissent pas de nous surprendre. Le risque est de s’arrêter à tous les virages pour les graver dans nos mémoires (et aussi remplir notre disque dur !)

Il commence à se faire tard et nous envisageons de renter. Mais voila…la lumière est tellement belle que nous décidons de faire une dernière étape pour en profiter (notre nouvelle devise est de ne jamais reporter au lendemain… c’est vrai, il pourrait pleuvoir, qui sait ! ). Nous terminons donc par la formation de Los estratos. Après une petite marche d’une quarantaine de minutes, des reliefs aux couches superposées multicolores magnifiques se dressent devant nous.

La journée n’est pas encore tout à fait finie car il nous reste à faire réparer la roue crevée. Dans presque toutes les petites villes traversés au Chili et en Argentine, il y a au moins une gomería, un réparateur de pneus. Cafayate ne fait pas exception et nous tombons sur un jeune homme qui répare et change le pneu en une demi-heure top chrono pour une bouchée de pain…

Le lendemain, nous nous redirigeons vers Salta pour nous rapprocher du circuit nord. Il nous reste encore quelques sites à voir sur le chemin, comme Las ventanas, des rochers creusés comme des fenêtres, ou encore Los colorados, une jolie zone ocre où l’on s’amuse à deviner les formes des rochers et où se dressent de petits rochers du lion.

Nous faisons une dernière escale à l’amphithéâtre, déjà vu la veille, juste pour le plaisir des yeux. Là, nous rencontrons par hasard une famille de français, Eponine et Romain et leur petite fille Miline, également en route vers le nord. Nous les retrouverons par la suite autour d’un dîner au restaurant.

Nous poussons ensuite le plus loin possible après Salta, et nous arrêtons par hasard à une sympathique cabaña avec piscine pour passer la nuit.

Prochaine étape : rouille rouille

LES BONS PLANS DES 8 PIEDS :

Appartement pour 4 personnes à Salta, simple et propre, très bien situé à quelques blocs de la place principale et accessible à pied depuis la station de bus. « Delta house ». Sur booking ou sinon +54 9 387 684 8137

Location de voiture à Salta – Das rent a car
Agence dans le centre, pas loin de la place principale.
Tarif très attractif, possibilité de payer en CB pour avoir son assurance ou en cash (-10%)
Sergio : +54 9 387 440 3852
Fernandina : +54 9 387 444 2326
Agence très sympa et arrangeante. Nous avons restitué notre voiture à la frontière de La Quiaca (certes contre un petit supplément, mais toujours plus intéressant que de refaire toute la route jusqu’à Salta puis de prendre un bus pour remonter).

Restaurant à Cachi : Viracocha restaurant
Y aller les yeux fermés ! Bonnes viandes et bon vin

Logement à Cafayate : Hostal Suri Cafayate
Propre, bon petit déjeuner et un jardin agréable loin du bruit
+54 9 3868 45 4492

Restaurant à Cafayate
El Hornito – plats simples, très fréquenté par les locaux, économique (contrairement aux restos de la place principale)

2 réflexions sur “De Salta à Cafayate : paysages désertiques &vin

  1. damien dit :

    Organiser un tel périple et ne pas s’être préparé à devoir changer une roue, tu me déçois, cousin ! C’est un peu comme un participant de Koh Lanta qui ne saurait pas nager (et aurait une peur panique de l’eau). Ah ben tiens, justement il y en a un cette année ! 😉

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s